11 février 2011: Hosni Moubarak quitte le pouvoir, chassé par la colère des égyptiens. Dix ans plus tard, un anniversaire au goût amer pour la jeunesse de la place Tahrir, réduite au silence, parfois arrêtée, tuée, ou contrainte à l'exil, comme Ramy Essam, une des icônes de la révolution, aujourd'hui réfugié en Suède.

Ramy Issam, dans son clip "Balaha"
Ramy Issam, dans son clip "Balaha" © capture écran

Lorsqu'il grimpe sur l'estrade de la place Tahrir, poussé par des amis, aux premiers jours de la révolution égyptienne, il y a pile dix ans, Ramy Essam a 23 ans. Originaire de Menoufiya, le jeune musicien n'a quasiment jamais joué en public.  Personne ne le connaît. 

Armé du courage inconscient de cette jeunesse égyptienne qui n'a plus grand chose à perdre dans ce pays dirigé depuis 30 ans par l'autocrate Hosni Moubarak, cette jeunesse privée d'avenir, de liberté, il n'a en main qu'une guitare.  "A ce moment-là, on ne pouvait plus faire marche arrière. On était dans la rue, tout le monde avait été filmé, repéré Si on perdait ce combat, la majorité d’entre nous allait finir en prison." 

"Dégage!"

Dix ans plus tard, il se souvient :  "J’ai rassemblé les slogans les plus importants qu’on entendait dans les manifestations : 'À bas Hosni Moubarak', 'les gens demandent la fin du régime','il s’en va, on reste', et j’ai rajouté : 'On ne fait qu’un, on n’a qu’une demande : Erhal! Dégage!' Et immédiatement, tout le monde s’est mis à chanter à l’unisson… Et voir ça, en Egypte, où les gens ne pouvaient pas jusqu’alors être ensemble, ou avoir même une vraie conversation, et les voir tous chanter pour leur liberté, je n’oublierai jamais…  C’était l’émotion la plus forte de ma vie"

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L'hymne des révoltes arabes

"Erhal, dégage" : la chanson devient un hymne universel, entonné encore aujourd'hui en Irak, au Soudan, au Liban, dans toutes les colères du Proche Orient. Ramy Essam, lui, devient une icône, l'incarnation de la jeunesse révolutionnaire.  

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Du 11 février 2011, date de la chute de Moubarak, il se rappelle d'une joie intense teintée d'incrédulité : "Mais en même temps, nous avons fait notre plus grande erreur en quittant la rue immédiatement après son départ. On a perdu le pouvoir à ce moment. Car tout le pouvoir était dans les mains du peuple, et si on était restés plus longtemps, si on avait poussé à ce moment-là pour des changements majeurs dans le système, on n’en serait pas là où on en est aujourd’hui.

La reprise en main de la situation par les militaires, après la chute de Moubarak, sonne le glas pour cette jeunesse, qui ne veut pas de l'armée au pouvoir, pas plus que des islamistes qui dans les coulisses négocient avec l'armée une existence légale, pour participer aux élections parlementaires, en échange de leur départ de la place Tahrir et du retour à la stabilité.  

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Retour de bâton pour les jeunes révolutionnaires

Les jeunes, eux, s'obstinent sur la place Tahrir, dont ils sont chassés, le 9 mars 2011, arrêtés, torturés pour certains. Les filles sont soumises à des tests de virginité forcés par les militaires. Ramy Essam est parmi les jeunes arrêtés.  Tabassé, il exhibe ses blessures sur les réseaux sociaux, et devient une bête noire des nouvelles autorités.  A l'invitation d'une ONG, il part pour la Suède. 

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Alors que la situation se tend en Egypte, il note que ses chansons ne passent plus à la radio, que les invitations à des festivals sont annulées. Son passeport n'est plus renouvelé.  Lui, continue à chanter dénonçant la corruption du régime.  

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Mort, pour un clip.

Mais en  2018, sa chanson Balaha provoque la fureur du régime qui fait arrêter son parolier, le poète Galal el Beheiry, l'administrateur de la page Facebook, Moustafa Gamal, et le réalisateur du clip, Shady Abash, qui meurt en prison à 24 ans, faute de soins médicaux. 

"Le prix à payer est terriblement lourd", souffle-t-il depuis son exil suédois, la voix hachée par l'émotion.  

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À ceux qui dix ans plus tard lui disent que les printemps arabes ont échoué, Ramy Essam pourtant, continue de répondre: "Si je pouvais revenir en arrière, j’essaierai de faire mieux, pour que ça termine mieux. Si je pouvais revenir en arrière, j’essaierai d’apprendre des autres révolutions pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Nous étions trop naïfs et inexpérimentés, incapables de proposer aux gens une alternative construite pour le projet de société que nous voulions. On était très doués pour être dans la rue , prêts à tout sacrifier pour mettre en l’air le système, mais sans fournir de plan B, et les autres en ont profité"

Les autres? Ce sont les islamistes et les militaires, dont la jeunesse de Tahrir ne voulait pas. 

10 ans après, la révolution de la place Tahrir a laissé place aux islamistes, avec l’élection du Frère musulman Mohamed Morsi, puis au retour à l'autoritarisme sous la présidence de l'ancien militaire Abdel Fattah al Sissi. Un anniversaire au goût très amer pour la jeunesse égyptienne, si active sur la place Tahrir.

"La prochaine fois, dans un an, cinq ans, dix ans, il faudra qu’on soit prêts"

Une leçon, dit Ramy Essam, qui porte ses fruits jusque dans les colères actuelles portées par les sociétés au Soudan, en Irak, ou au Liban, qui toutes reprennent, dix ans plus tard, les slogans égyptiens de justice, de citoyenneté et de bonne gouvernance.

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