Il y a quelques semaines dansLe Monde (16 mars 2012), Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères avait eu cette affirmation péremptoire et définitive : "nous comprenons les craintes des chrétiens, mais leur avenir sera meilleur dans une Syrie démocratique." Est-ce vraiment certain ? Mrg Georges Casmoussa, ancien archevêque de Mossoul en Irak, de passage en France pour la parution de son livre ("Jusqu'au bout" , Editions Nouvelle Cité, collection vie des hommes), a dressé le bilan de la démocratie irakienne depuis la chute du régime de Saddam Hussein.

Pour les chrétiens, cette démocratie imposée par les chars américains a tourné au cauchemar. Ils ont disparu de nombreuses régions, fuyant les violences confessionnelles pour se réfugier dans le Nord et au Kurdistan. Sur le million de chrétiens irakiens avant l'invasion américaine, au moins un tiers a quitté le pays. Et c'est un chiffre optimiste, précise Mrg Casmoussa.

Mrg Georges Casmoussa, ancien archevêque de Mossoul

Est-ce à dire que les chrétiens d'Orient seraient hostiles à la démocratie et ne pourraient vivre en sécurité qu'à l'ombre d'une dictature ? Bien au contraire. A la fin du XIXème siècle, les chrétiens ont été les fers de lance de la "nahda" (la renaissance arabe), ils ont été les chantres du nationalisme arabe (Michel Aflak et le Baas), ils ont été au coeur du nationalisme palestinien (Georges Habbache, Nayef Hawatmeh), jusqu'au printemps arabe où les coptes égyptiens ont participé massivement aux manifestations place Tahrir.

Aujourd'hui, la tournure des événements en Libye, en Egypte et en Syrie ne les incitent guère à l'optimisme. Ce qu'ils redoutent par dessous tout, c'est une monopolisation du pouvoir par des courants islamistes rétrogrades. Une écrasante majorité qui aurait pour conséquence de les écraser!

Mrg Georges Casmoussa, ancien archevêque de Mossoul

Les chrétiens d'Orient ont le sentiment d'être les maillons faibles des bouleversements en cours. Sans état d'âme, l'Occident a clairement changé son fusil d'épaule : les islamistes, même les plus rétrogrades, sont désormais fréquentables. L'enfer (démocratique) est souvent pavé de bonnes intentions, comme en témoigne l'amère expérience des chrétiens d'Irak. N'en déplaise à Alain Juppé...

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