Leur signature n'apparaît jamais, mais sans eux, il n'y aurait pas de reportage en zones de conflit : les fixeurs guident les journalistes au plus près de l'info. Hommage à Bayeux.

La ville de Mossoul, en Irak, dévastée après des années d'occupation des islamistes de Daesh.
La ville de Mossoul, en Irak, dévastée après des années d'occupation des islamistes de Daesh. © Maxppp / Marc-Antoine Pelaez

"Un fixeur c'est un arrangeur, un maître du système D, un guide, un traducteur." Le fixeur est l'ange-gardien du reporter de guerre, comme le rappelle le film-hommage à Bakthiyar Haddad, réalisé par Jean-Pierre Canet (voir ci-dessous), ancien rédacteur en chef d'Envoyé spécial . Sa mission est de préparer le terrain pour les journalistes étrangers, d'identifier les zones de danger et les interlocuteurs. Son carnet d'adresses est la boussole qui va permettre à toute une équipe de travailler.

Ce métier de l'ombre, pièce essentielle du reportage en zones de conflit, est mis à l'honneur ces jours-ci dans le cadre du Prix Bayeux-Calvados 2017 des correspondants de guerre.

►VOIR | "Bakhtiyar Haddad, 15 ans de guerre en Irak", le film-hommage de Caroline Darroquy et Jean-Pierre Cannet à l'un des fixeurs les plus important de la profession

"Pièce maîtresse"

Le 19 juin dernier, Stephan Villeneuve et Véronique Robert, deux journalistes qui préparaient un reportage pour Envoyé spécial, ont perdu la vie à Mossoul aux côtés de leur fixeur, Bakhtiyar Haddad, Kurde irakien de 41 ans. Tous les journalistes qui ont travaillé en Irak depuis 2002 le connaissaient. Si l'exposition lui est directement consacrée, c'est surtout le travail de fixeur que le journaliste Etienne Huver, à l'origine de cet hommage, souhaitait mettre en exergue : "Sur une photo de Christophe Petit-Tesson, au début de la bataille de Mossoul, on voit Bakhtiyar derrière un muret. Ça tire assez fort, il se protège et on sent qu'il est toujours vigilant. On était en confiance avec lui parce qu'on savait qu'il ne nous aurait pas lâché."

"Le grand enseignement depuis qu'Internet a déboulé dans nos vies de reporters, c'est que nous sommes moins bêtes à plusieurs que seuls, poursuit Jean-Pierre Canet. Le nom de Bakhtiyar était peu cité dans les reportages, mais il était derrière toutes les images. Sans cette pièce maîtresse, il n'y a pas de travail derrière de récolte et de vérification de l'information."

"Les journalistes rentrent, les fixeurs restent"

Sur le terrain, les fixeurs prennent des risques énormes, au même titre que les reporters de guerre. Car ces "guides-traducteurs-logisticiens" sont aussi des "locaux" : en Afghanistan, en 2007 puis 2009, comme le souligne Reporters sans frontières, des journalistes étrangers enlevés ont été libérés, mais leurs fixeurs Ajmal Nashqbandi et Sultan Munadi ont été tués. "Les journalistes rentrent, les fixeurs restent", rappelle RSF. Ainsi, Saïd Chitour, fixeur pour la BBC, France 24 et le Washington Post en Algérie, est accusé d’avoir livré à des interlocuteurs étrangers “des informations classées confidentielles”. Il est emprisonné depuis le 5 juin dernier.

L'ONG Reporters sans frontières annonce qu’elle recensera désormais distinctement les fixeurs, qui ne bénéficient d'aucun statut officiel. L'exposition en hommage à Bakhtiyar Haddad est à découvrir à Bayeux, jusqu'au 29 octobre.

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