Les soldats de l'armée burundaise, loyaux au président essayent de reprendre le contrôle des radios privées.
Les soldats de l'armée burundaise, loyaux au président essayent de reprendre le contrôle des radios privées. © Reuters / Goran Tomasevic

Les putschistes et les fidèles du président se disputent le contrôle des radios privées et de la capitale du Burundi. Au moins trois militaires ont été tués. Impossible toujours ce jeudi de dire qui dirige le pays.

De violents combats font rage à Bujumbura, la capitale du Burundi. Des affrontements ont lieu entre les militaires loyalistes et les putschistes au lendemain d’une tentative de coup d’Etat contre le président Pierre Nkurunziza en déplacement à l’étranger. Trois soldats ont été tués, sans qu'on puisse dire à quel camp ils appartenaient. C'est la première fois que des morts sont constatés depuis le début de la tentative de coup d'Etat lancée mercredi par le général Godefroid Niyombare, un ex-compagnon d'armes de Pierre Nkurunziza.

Sur place, Charles Emptaz, journaliste pour Arte Reportage >

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Charles Emptaz au Burundi

Les radios, principales cibles des violences

Les fidèles ont essayé de faire taire les radios indépendantes diffusant les messages des généraux putschistes . Dans l'après-midi, la radio nationale burundaise a cessé d'émettre plusieurs fois, mais serait toujours sous le contrôle des loyalistes. "Il y a eu des tirs de mortiers nourris, de mitrailleuses, raconte Charles Emptaz, journaliste pour Arte Reportage sur place. Les combats ont fait un blessé dans une des radios. La situation est extrêmement tendue, on assiste à des batailles, près des radios, à l'aéroport, dont les issues sont encore incertaines."

Burundi infographie
Burundi infographie © idé

Ce matin, les putschistes affirment contrôler une grande majorité de la capitale, mais les partisans du président résistent a constaté une journaliste de RFI, Sonia Rolley.

Un président toujours absent

Dans les rues de la capitale Bujumbura, c'est un changement total d'ambiance. "Alors qu’hier, il y avait des explosions de joie à travers toute la capitale, les habitants pensaient avoir renversé le président , aujourd’hui les visages sont fermés , tout le monde est dans l'attente, tout le monde se calfeutre, continue le journaliste. Le sentiment des habitants est plutôt la peur désormais, l’insécurité . C'est le moment de vérité aujourd'hui, le moment de confrontation entre les opposants et les partisans du président toujours absent." Pierre Nkurunziza est en Tanzanie où il assistait à un sommet sur la crise au Burundi justement. Après sa tentative ratée de rentrer, mercredi, il a été hébergé dans un camp militaire à l'extérieur de Dar es-Salaam , mais devient un hôte encombrant pour le pays voisin qui ne sait pas quel attitude adopter.

La Tanzanie comme intermédiaire ?

"Si les autorités tanzaniennes laisse le président Nkurunziza rentrer, explique Bruno Minas, correspondant de RFI en Afrique, cela pourrait aggraver la violence en galvanisant ses partisans dans leur offensive contre les putschistes. S'il reste, cela favorisera au contraire les opposants au régime que la Tanzanie n'a aucun raison de soutenir. Reste l'option négociation, continue le journaliste. La Tanzanie, pôle de stabilité dans la région est en mesure de prendre l'initiative de remettre le président nkurunziza et ses opposants autour d'une table ".

Bruno Minas : "Nkurunziza est un hôte encombrant pour la Tanzanie." >

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L'analyse de Bruno Minas en Tanzanie

Une situation très inquiétante pour toute la région

La crise dans ce petit pays d’Afrique, coincé entre le Rwanda, la Tanzanie et la République Démocratique du Congo rappelle de mauvais souvenir. Le génocide et les guerres fratricides entre Hutus et Tutsis dans la région des Grands Lacs restent dans tous les esprits, même vingt ans après. "C’est une période très dangereuse pour le Burundi comme pour l’ensemble de la zone", explique ainsiJean-François Dupaquier, spécialiste de la région des Grands Lacs , ancien expert auprès du tribunal pénal internationale pour le Rwanda et l’un des meilleurs connaisseurs du Burundi.

Jean-François Dupaquier : "on craignait l’explosion d’une guerre civile au Burundi depuis plusieurs semaines déjà" >

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Jean-François Dupaquier, expert du Burundi

"Le président Nkurunziza brigue un troisième mandat que la constitution et les accords de paix lui refusent. On savait que la société civile est bien décidée, cette fois-ci, à faire entendre sa voix pour l’en empêcher, mais on voit bien que pour l’instant, le coup d’Etat n’a pas réussi. Si la situation doit durer ainsi, avec une confrontation au cœur de l’armée, malheureusement tout est possible ", s’inquiète le spécialiste. "Il paraît difficile que l’armée entende la voix de la raison et se résigne à abandonner Pierre Nkurunziza, à laisser le coup d’Etat se faire. Seule une intervention internationale, du conseil de sécurité ou de l’union africaine peut encore convaincre le président de laisser les rênes de son pays ."

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