Il avait 22 ans lors de la prise de pouvoir des Mollahs à Téhéran. Une révolution à laquelle il a participé, comme, d'ailleurs, à toutes les guerres que l'Iran a menées. Ouvertes, contre l'Irak, mais surtout souterraines, partout au Moyen-Orient, à la tête de la force Al-Quds des Gardiens de la révolution.

Qassem Soleimani était à la tête de la force al-Qods, entité en charge des opérations extérieures au sein des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne.
Qassem Soleimani était à la tête de la force al-Qods, entité en charge des opérations extérieures au sein des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne. © AFP PHOTO / HO / KHAMENEI.IR

À l’été 2007, la tête des Gardiens de la révolution se désignait volontiers comme le caillou dans la chaussure américaine au Moyen-Orient, le seul responsable des actions iraniennes dans la région. 

Le commandant en chef des forces américaines en Irak, qui devait devenir patron de la CIA, recevait ce message sur son téléphone, rapportait le Guardian en 2011 :

"General Petraeus, vous devez savoir que moi, Qassem Soleimani, suis aux commandes de la politique [étrangère] iranienne pour l’Irak, le Liban, Gaza et l’Afghanistan."

En Syrie, "il dirige la guerre tout seul", confirmait un membre des forces militaires américaines dans le New Yorker en 2013. Pour le magazine américain, Qassem Soleimani était déjà "L’homme qui a remodelé le Moyen-Orient".

Commandant de l'ombre

À l’opposé du turbulent président Mahmoud Ahmadinejad, le discret protégé de l’Ayatollah Ali Khamenei a effectivement conduit, plus d’une décennie durant, la politique étrangère de Téhéran au moins sur deux fronts : au sud, en Irak – pour lui, la guerre Iran-Irak, dans laquelle il a combattu à la tête de la 41e division des Gardiens de la révolution, n’a jamais pris fin –, et à l’ouest, en Syrie et au Liban – "Nous ne sommes pas comme les Américains, aurait-il affirmé. Nous n’abandonnons pas nos amis".

_"Chez les chiites du Moyen-Orient, on voit en lui un assemblage de James Bond, Erwin Rommel et Lady Gaga"_, écrivait un ancien analyste de la CIA dans un article consacré au militaire iranien dans la liste 100 personnes les plus influentes de 2017. Le vétéran de la guerre Iran-Irak est souvent célébré comme un héros.

Sa spécialité ? Les opérations de l’ombre, souvent indirectes. Si l’unité d’élite Al-Qods des Gardiens de la révolution est toujours impliquée, ce sont souvent les milices pro-iraniennes qui vont au feu. Voire, comme à Téhéran, lors de l’attaque de l’ambassade britannique, le 29 novembre 2011, les Basij, une milice étudiante, des hommes en noir chevauchant des scooters armés de bâtons.

Un modus operandi que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui à Beyrouth, lorsque le Hezbollah veut agir dans la rue sans s’afficher officiellement.

Influenceur en chef 

Car Qassem Soleimani peut revendiquer la paternité de nombreux essaimages "révolutionnaires" iraniens. Du Hezbollah libanais, apparu au tournant des années 1980, il sait tout. Ainsi peut-il raconter, dans une interview fleuve (doublée en anglais) la guerre qui opposa Israël à la milice libanaise en 2006… comme s’il y était. 

Depuis 2006 au moins, l’Iran forme, avec l’aide des miliciens du Hezbollah libanais notamment (eux-mêmes formés par les Pasdarans en leur temps), des groupes armés irakiens à sa solde

Les mêmes mouvances qui, sous la bannière de Hachd al-Chaabi, une coalition de milices chiites pro-iraniennes, ont attaqué l’ambassade des États-Unis à Bagdad cette semaine en réponse à des raids aériens contre des positions des Kataeb Hezbollah, réveillant chez les Américains de douloureux souvenirs.

Le 4 novembre 1979, des partisans de l'ayatollah Khomeini, tout juste arrivé au pouvoir, avaient envahi l’ambassade américaine à Téhéran pour dénoncer le soutien des États-Unis au shah d'Iran. Cinquante diplomates avaient été pris en otage et détenus 444 jours.

Pour le Guide suprême iranien, Qassem Soleimani disparaît "au terme des années de dévouement et de lutte courageuse contre des forces méchants et maléfiques du monde". Mais, affirme l’Ayatollah Ali Khamenei, qui perd son fidèle bras armé, la lutte n’est pas finie :

"Que tous ses amis – ainsi que tous ses ennemis – sachent que l’axe de la Résistance [les forces chiites, du Liban à l’Iran] se perpétuera"

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