Petit abri de 9 mètres carrés pour 39 500 dollars, ou bunker de luxe avec jacuzzi et salle de billard à 8 millions ? Face à l'épidémie de Covid-19 qui sévit aux États-Unis, le marché du bunker a de beaux jours devant lui. Visite guidée.

Le marché des bunkers connaît un nouveau souffle grâce à l'épidémie de Covid-19.
Le marché des bunkers connaît un nouveau souffle grâce à l'épidémie de Covid-19. © Captures d'écran

Sous terre, personne ne pourra vous contaminer. C'est sans doute le mantra de certains citoyens aux États-Unis, notamment les plus aisés, qui face à la progression de l'épidémie de coronavirus choisissent d'investir dans un bunker. En témoigne la forte hausse de la demande sur des sites spécialisés.

Loin des abris austères de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre froide, certaines entreprises de construction de bunkers proposent désormais des options luxueuses à prix fort : piscine, sauna, salle de cinéma... Des modèles destinés aux ultra-riches qui côtoient des formules plus accessibles. Aperçu d'un business fleurissant.

Bunkers de luxe avec option jacuzzi et salle de billard

Gary Lynch, le patron de l’entreprise Rising S Bunker, basée au Texas, confie au Los Angeles Times que le téléphone n’arrête pas de sonner depuis la semaine dernière. Sa société, l'un des leaders du marché, enregistre vingt fois plus de demandes qu'en temps normal. L'entreprise a d'ailleurs mis sa page d'accueil aux couleurs du coronavirus histoire de donner le ton, message à l'appui : "Nous construisons des abris et ne cesserons pas de le faire ! Nous faisons tout notre possible pour bâtir les abris le plus vite possible !" 

La page d'accueil de l'entreprise Rising S Bunkers surfe sur l'épidémie de coronavirus.
La page d'accueil de l'entreprise Rising S Bunkers surfe sur l'épidémie de coronavirus. / Capture d'écran

En tout, l’entreprise propose vingt-quatre modèles. Le plus petit bunker fait 2m50 sur 3m60, et une fois toutes les options ajoutées (petit lit, système de filtration d’air, kitchenette et toilettes), il coûte déjà 39 500 dollars, soit 36 000 euros.

Mais les prix peuvent grimper bien plus haut. Comptez 539 000 dollars (490 000 euros) si vous souhaitez acquérir le modèle "Eagle" (l’Aigle), un modeste 220 mètres carrés. Encore plus luxueux, le bien nommé "Aristocrat" : salle de gym, sauna, piscine, jacuzzi, serre, garage et salle de billard. Modeste somme à débourser : 8,35 millions de dollars (7,6 millions d’euros).

"Il n’est pas rare d’avoir des salles de cinéma dans les bunkers. Nous en avons aussi construit un en Californie qui comporte un stand de tir, une piscine et une allée de bowling", Gary Lynch

Il faut entre six et huit ouvriers pour construire un bunker de 3 mètres sur 15, indique Gary Lynch, le patron de "Rising S Bunker", qui est obligé d'engager une deuxième équipe pour faire face à l'afflux de commandes.  

Petit aperçu en vidéo d’un bunker de luxe : 

Des millionnaires prévoyants

Certains ont pris les devants, comme Terry, 45 ans. Ce père de trois enfants, qui vit dans l'État de l'Ohio, possède son propre bunker depuis trois ans. 140 mètres carrés sous terre, non loin de de sa propriété : "Je n’ai pas bâti mon bunker par peur d'une guerre nucléaire mais plutôt pour nous protéger de possibles troubles civils. Et aujourd’hui, nous voyons nos pires peurs se concrétiser", témoigne-t-il. "La situation est grave si la population se bat pour des aliments et du papier toilette. Je ne pense pas que ce soit le coronavirus qui va détruire le monde : c’est ce qui viendra ensuite."

Dans le Kansas, un ancien silo nucléaire a carrément été transformé en abri de luxe en 2012, relate Vanity Fair. Les huit villas du complexe, qui s'étend sur 53 mètres de profondeur, ont toutes trouvé - riche - preneur, à 3 millions de dollars l'unité. L'abri haut de gamme, qui permet de vivre en autonomie durant cinq ans avec piscine, cinéma et même parc pour les animaux de compagnie, est sous bonne garde : petite armée privée, caméras de sécurité et pas moins de 15 tonnes de portes blindées. Larry Hall, le créateur du complexe, vous fait la visite :

De son côté, le co-fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, dans une interview au New Yorker, estimait en 2017 que la moitié des milliardaires de la Silicon Valley avaient déjà investi en cas "d'apocalypse", que ce soit en se faisant construire un abri, un bunker, ou en ayant prévu un moyen de s'échapper à l'étranger.  

Camp et bunkers pour "classe moyenne"

Nous sommes à deux heures de Washington, la capitale américaine. Dans l'État de Virginie, au "Fortitude Ranch" (littéralement le "ranch du courage"), un groupe de survivalistes se préparait bien avant l'arrivée de l'épidémie, relate l'Agence France Presse. Slogan éloquent : _"Préparez-vous au pire, profitez du moment."  _Et les appels et mails sont de plus en plus nombreux à mesure que se propage le coronavirus, signale à l'AFP le fondateur du camp, Drew Miller.

Le camp de Fortitude Ranch, dans l'État de Virginie.
Le camp de Fortitude Ranch, dans l'État de Virginie. / Capture d'écran fortituderanch.com

Face aux "bunkers de luxe" tout confort et multi-équipés, Drew Miller s'adresse aux classes moyennes, avec un prix d'entrée à 1 000 dollars par an et par personne pour l'option low cost, c'est à dire une place dans un dortoir sommaire sous terre. Jusqu'à 500 personnes peuvent loger dans les différents bâtiments du site, rapporte le New York Post

Le site, équipé d'abris souterrains, pourrait accueillir jusqu'à 500 personnes.
Le site, équipé d'abris souterrains, pourrait accueillir jusqu'à 500 personnes. © AFP / Nicholas Kamm

Un autre camp similaire existe dans le Colorado. Drew Miller, diplômé de Harvard et ex-spécialiste du renseignement militaire, a franchisé "Fortitude Ranch", et espère compter à terme une douzaine de camps semblables à travers tous les États-Unis.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.