Les sportifs noirs américains sont de plus en plus nombreux à prendre parti contre les violences policières, dans les stades et en dehors.

Séréna Williams à Wimbledon en juillet 2016
Séréna Williams à Wimbledon en juillet 2016 © Reuters / Stefan Wermuth

"Je ne resterai pas silencieuse", déclarait mardi Serena Williams. L'ex-n°1 mondiale de tennis s'exprimait sur son compte Facebook, après la mort à Charlotte (Caroline du Nord) de Keith Lamont Scott, tué par un policier au cours de son interpellation. Depuis, la colère de la communauté afro-américaine s'exprime dans les rues de la ville de Charlotte, mais aussi de plus en plus dans les arènes sportives.

La championne de tennis y raconte que le jour-même, elle a confié le volant de sa voiture à son neveu de 18 ans, pour pouvoir travailler sur son smartphone pendant le tarjet. "Au loin, j'ai vu un policier sur le côté de la route. Je me suis immédiatement souvenue de cette horrible vidéo d'une femme, passagère à l'avant d'une voiture, dont le copain avait été abattu par un policier. Pourquoi ai-je du penser à cela en 2016?" s'interroge Séréna Williams. "Je me suis aussi demandé pourquoi je ne m'étais pas exprimée publiquement. je me suis regardé dans un miroir, j'ai pensé à mes neveux, à si j'avais un fils ou des filles"

Comme l'a dit Martin Luther King, "un moment arrive où le silence est une trahison". Je ne resterai plus silencieuse. Serena Williams.

Genou à terre pendant l'hymne national

Sortir du silence, c'est aussi le choix qu'a fait le quaterback des 49ers de San Francisco. Le joueur de football américain Colin Kaepernick est au coeur d'une tempête médiatique depuis la fin août, quand il a décidé de ne plus se lever quand résonne l'hymne américain dans les stades de NFL. Kaepernick, rapidement rejoint par des coéquipiers noirs, pose symboliquement un genou à terre quand résonnent les premières notes de "la bannière étoilée".

Colin Kaepernick et un coéquipier des 49ers, genou au sol pendant l'hymne national
Colin Kaepernick et un coéquipier des 49ers, genou au sol pendant l'hymne national © AFP / THEARON W. HENDERSON

Ces images, répêtées à chaque match depuis le début de la saison, ont fait le tour de l'Amérique, déclenchant des réactions très vives de supporters des 49ers et de vétérans des Marines qui y ont vu un acte d'anti-patriotisme.

Colin Kaepernick, lui, a confirmé qu'il refusera désormais "d'afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs". Il dénonce surtout l'impunité pour les policiers qui ont abattu des jeunes noirs ces dernières années.

Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s’en tirent avec leurs congés payés

La polémique a pris une telle importance que même Barack Obama s'en est mêlé, pendant sa conférence de presse du sommet du G20 en Chine.

Pour le Président américain, "Colin Kaepernick exerce son droit constitutionnel à exprimer son opinion. De nombreux sportifs l'ont fait avant lui. Quand ça concerne le drapeau et l'hymne national, cela prend un sens très lourd pour nos militaires et nos vétérans, ils ne peuvent pas laisser passer ça. Mais je ne doute pas de la sincérité (de Kaepernick), je pense que ses préoccupations sont réelles, légitimes, et que nous devons en débattre. Au moins son geste aura lancé ce débat nécessaire."

"I can't breathe" sur les parquets de NBA

Le basket professionnel américain a aussi vu des prises de positions fortes dans la lignée du mouvement Black Lives Matter. Dès décembre 2014, plusieurs joueurs du Miami Heat, dont la superstar Lebron James, avaient rendu hommage à Eric Garner, mort entre les mains de la police new-yorkaise pendant un contrôle d'identité. Les basketteurs avaient porté à l'échauffement des tee-shirts arborant la phrase "I can't breathe", soit "je ne peux pas respirer", les derniers mots prononcés par Garner avant de mourir. Une phrase qui symbolise bien l'atmosphère irrespirable autour des questions raciales aux Etats-Unis.

Ce simple geste symbolique leur a été reproché par la NBA qui interdit à ses joueurs d'afficher toute opinion politique. La fédération a finalement renoncé à leur faire payer des amendes contre un engagement qu'ils ne portent plus ces tee-shirts à l'avenir.

Dernier signe que le malaise social et racial pousse les sportifs noirs à sortir de leur silence, les déclarations de Michael Jordan, légende vivante du basket, qui en juillet dernier rejoignait la cohorte des défenseurs des droits civiques. "J'ai été profondément troublé par la mort d'Afro-Américains causée par les forces de l'ordre et irrité par les lâches et odieuses attaques qui ont entraîné la mort de policiers. Je pleure avec les familles qui ont perdu des êtres chers, je ne connais que trop bien leur douleur", déclarait l'ancien n°23 des Chicago Bulls.

Je sais que ce pays vaut mieux que ça, et je ne peux plus rester silencieux. Michael Jordan.

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