Aux Etats-Unis, des internautes appellent au boycott des produits latino-américains de la marque GoyaFoods depuis que son PDG a couvert d’éloges Donald Trump, jeudi 9 juillet. La question divise démocrates et républicains et au sein même de la communauté hispanophone.

GoyaFoods est la première marque de produits alimentaires chez les hispanophones américains
GoyaFoods est la première marque de produits alimentaires chez les hispanophones américains © Getty / SOPA Images

Jeudi 9 juillet, au pupitre dans le jardin de la Maison Blanche, Robert Unane déclare son admiration et sa reconnaissance au président des Etats-Unis :

Nous sommes tous bénis d’avoir un dirigeant comme Donald Trump. C’est un admirable bâtisseur.

Tollé immédiat sur les réseaux sociaux. Car Robert Unanue est le PDG de Goya Foods, première marque de produits alimentaires à destination de la communauté latino-américaine, très attachée à son héritage culinaire. Sur Twitter, les hashtags #BoycottGoya et #Goyaway (un jeu de mots avec "Go away",  "va-t’en" en anglais) essaiment, repris par des personnalités influentes. 

Des internautes latino-américains appellent au boycott

Parmi elles, la très populaire Alexandria Ocasio-Cortez, alias "AOC". L’élue démocrate, plus jeune membre du Congrès américain, annonce qu’elle cuisinera désormais elle-même son "adobo", marinade épicée au cœur de la cuisine portoricaine. 

Une manière de dire qu’elle n’achètera plus la préparation toute-faite de la marque Goya, au lendemain de la prise de position polémique de son PDG. 

Alexandria Ocasio-Cortez relaie ainsi l’appel au boycott lancé par des consommateurs latino-américains. Boîtes de conserve d’haricots rouges et noirs, paprika, poudre d’ail ou de piment…  des dizaines d’internautes vident leurs étagères des produits de la marque pour les jeter à la poubelle. 

Le même jour le chef cuisinier José Andrés, connu pour avoir importé les "tapas" espagnoles aux Etats-Unis, partage la photo de Robert Unanue aux côtés de Donald Trump. Il l’accompagne d’une légende amère. Pour lui la démonstration d’amitié entre les deux entrepreneurs est incohérente avec la politique menée par le président à l’égard de la communauté hispanophone :

Le président Trump laisse des Latinos et des Américains mourir de faim. En pleine pandémie, il a oublié le sort de la communauté. Il a dit que les Mexicains étaient des violeurs. Nous serions bénis ? Nous les Latinos nous sommes plutôt maltraités. 

Le cuisinier évoque le sort des enfants "enfermés dans des cages" à la frontière mexicaine, référence au décret signé par Trump en 2018 qui autorise la détention des mineurs pendant l’examen des demandes d’asile. 

Les Trump au secours de la marque

La riposte ne s’est pas fait attendre. Quelques heures après l’appel au boycott de la marque Goya lancé sur Twitter, le hashtag #BuyGoya, "achetez Goya", arrive lui-aussi en tête des tendances Twitter. Fidèle à lui-même, Trump s’est fendu d’un Tweet lapidaire : "J’aime les produits Goya" ("I LOVE Goya food"). 

Mercredi 15 juillet, c’est au tour d’Ivanka Trump, sa fille et conseillère, de se mettre en scène avec une conserve d'haricots de la marque Goya, en contradiction avec le code fédéral qui interdit aux conseillers du gouvernement de faire de la publicité pour un produit. Ivanka Trump reprend le slogan "Si c’est Goya, c’est forcément bon" ("si es Goya, tiene que ser bueno") qui a marqué toute une génération de consommateurs. 

Les défenseurs de la marque dénoncent une atteinte grave à la liberté d’expression, valeur sacrée aux Etats-Unis. Ted Cruz, sénateur républicain du Texas, met en avant ses origines cubaines et qualifie l’appel au boycott de "censure culturelle".

La communauté hispanophone divisée 

Pour Robert Unanue, Donald Trump appartient au peuple des "bâtisseurs", à l’instar de son propre grand-père. En 1936, Prudencio Unanue Ortiz quitte l’Espagne en guerre. Il immigre aux Etats-Unis et ouvre une épicerie à Manhattan. Son idée : permettre aux émigrés hispanophones d’acheter des produits qui leur sont familiers, venus du Porto Rico ou du Mexique. L’entreprise se développe, faisant des Unanue la deuxième famille hispano-américaine la plus riche du pays. Les produits Goya gagnent en popularité auprès des anglophones, qui prennent aujourd'hui leur défense sur les réseaux. Robert Unanue se voit comme le garant de l’héritage culinaire hispanique et de son expansion aux Etats-Unis. "Goya, c’est le rêve américain" peut-on lire sur Twitter. 

Interviewé par la chaîne Fox Business, Robert Unanue a refusé de s’excuser pour ses propos. "Cette campagne de boycott est représentative des divisions qui tuent notre nation" a-t-il estimé, avant de rappeler qu’il se trouvait à la Maison Blanche dans le cadre de la "Hispanic Prosperity Initiative" (Initiative pour la prospérité des Hispaniques). Ce plan, mené par Donald Trump, vise à favoriser les chances des hispanophones d’accéder aux classes supérieures à travers l’éducation et l’entrepreneuriat. Ses détracteurs y voient surtout une tentative de conquérir l’électorat hispanophone, à moins de cinq mois de l’élection présidentielle. 

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