[scald=27991:sdl_editor_representation]par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Les chars de l'armée syrienne ont donné l'assaut dimanche à la ville de Hama, l'un des principaux foyers du mouvement de révolte contre le régime du président Bachar al Assad, tuant 80 civils selon des militants des droits de l'homme.

L'attaque de Hama, théâtre d'un massacre en 1982 durant la répression d'un soulèvement islamiste ordonnée par Hafez al Assad, père de Bachar, a débuté aux premières heures, la veille du mois de jeûne du ramadan, après un siège de près d'un mois.

Des habitants de la ville ont déclaré par téléphone à Reuters que des chars et des tireurs d'élite avaient ouvert le feu dans des secteurs où une population non armée avait érigé des barrages pour tenter de s'opposer à leur progression.

Selon l'agence officielle Sana, l'armée est entrée dans Hama pour y neutraliser des groupes armés se livrant à "des tirs intensifs pour terroriser les citoyens". Un responsable de l'ambassade de Washington à Damas a rejeté cette version des faits en la qualifiant d'"absurde".

Barack Obama s'est dit choqué par le recours des autorités à la violence contre leurs concitoyens à Hama et a promis de s'employer avec d'autres pays à isoler Bachar Assad.

CONDAMNATIONS, APPELS À L'ONU

"La Syrie sera un endroit meilleur lorsqu'une transition démocratique se mettra en place", dit le président américain dans un communiqué.

"Dans les jours qui viennent, les Etats-Unis continueront d'accentuer la pression sur le régime syrien et coopéreront avec d'autres à travers le monde pour isoler le gouvernement d'Assad et soutenir le peuple syrien", ajoute-t-il.

La France, la Grande-Bretagne et l'Italie ont aussi condamné l'assaut sur Hama. Paris et Rome engagent le Conseil de sécurité de l'Onu à s'exprimer avec force sur la situation en Syrie.

Les gouvernements de l'Union européenne prévoient de durcir les sanctions contre le gouvernement de Damas en imposant des restrictions à cinq autres personnalités. L'UE a déjà infligé des sanctions à Bachar Assad et à une vingtaine d'autres responsables ainsi qu'à des firmes liées à l'armée en Syrie.

L'organisation syrienne de défense des droits de l'homme Saouassiah a annoncé que le bilan des victimes civiles était passé à 80 morts à Hama. Ce groupe indépendant cite des médecins et des témoins à l'appui de son information.

Damas a expulsé la plupart des journalistes indépendants depuis le début du mouvement de révolte en mars, ce qui rend difficile de vérifier les informations sur les violences.

Située dans le centre du pays, Hama a connu certaines des plus grandes manifestations des derniers mois.

La ville est un symbole pour le mouvement de contestation en raison des milliers de morts qu'avait faits en 1982 l'écrasement d'une rébellion islamiste par l'armée. Certaines estimations avancent un bilan de 30.000 morts.

Des observateurs voient dans l'attaque de Hama une tentative de Bachar Assad pour mater la révolte avant le mois de jeûne du ramadan, qui débute lundi. "Assad cherche à régler la question avant le ramadan, où les prières de chaque jour risquent de se transformer en nouveaux vendredis (de manifestations après les prières). Mais il jette de l'huile sur un brasier", dit Yasser Saadeldine, islamiste syrien en exil au Qatar.

ARRESTATION D'UN CHEF TRIBAL INFLUENT

Les ambassadeurs de France et des Etats-Unis en Syrie se sont rendus à Hama ce mois-ci en signe de soutien à ce qu'ils qualifiaient de manifestations pacifiques pour la démocratie.

Citant des responsables d'hôpitaux, l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme a fait état dans la journée de dizaines de personnes grièvement blessées à Hama, en prévenant que le bilan allait sans doute s'alourdir.

Un médecin, qui a souhaité préserver son anonymat par crainte de représailles, a fait savoir que la majorité des corps avaient été transportés à Badr, Horani et Hikmeh, les trois hôpitaux de la ville, ajoutant que les poches de sang destinées aux transfusions venaient à manquer dans ces établissements.

"Les chars nous attaquent en provenance de quatre directions différentes. Leurs mitrailleuses tirent à l'aveuglette et les chars détruisent les barricades érigées dans les rues par des habitants", a témoigné ce médecin.

De sources proches de l'opposition, on rapporte que le cheikh Naouaf al Bachir, chef de l'importante tribu des Baqqara et l'une des figures de proue de la contestation, a été arrêté samedi après-midi par la police secrète à son domicile de Damas.

Ce chef tribal a autorité sur environ 1,2 million de Baqqara, qui habitent la province de Daïr az Zour.

La Turquie, naguère proche alliée de Bachar Assad, a fait savoir qu'elle était, comme le reste du monde musulman, "profondément déçue" par l'escalade de la violence en Syrie, soulignant que cela réduisait à néant les promesses de réformes qu'avait faites le président.

"De telles opérations (...) auront un impact très négatif sur le processus nécessaire des réformes. Ces opérations et la violence sont un facteur de blocage et non de règlement. Le gouvernement syrien doit reconnaître cette réalité", dit un communiqué publié par le ministère turc des Affaires étrangères en réaction à l'attaque de Hama.

Dans le sud du pays, trois civils ont été tués lors d'une attaque de l'armée à Hirak, à 35km au nord-est de Deraa, berceau du mouvement de contestation, selon des militants locaux

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, une centaine de personnes ont été arrêtées à Mouadamiyah, dans la banlieue de Damas, où un diplomate occidental a vu entrer plusieurs chars de l'armée. Dans l'Est, selon des habitants, au moins onze civils ont été tués à Daïr az Zour depuis samedi et le début des bombardements de chars de l'armée syrienne contre cette ville de 130.000 habitants de la vallée de l'Euphrate.

Henri-Pierre André, Marine Pennetier et Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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