Aux États-Unis, après huit jours d'auditions publiques, les élus de la Chambre des représentants doivent décider s'ils réclament une mise en accusation du président républicain devant le Sénat.

Les auditions dans le cadre de la procédure d'impeachment de Trump se sont terminées jeudi soir
Les auditions dans le cadre de la procédure d'impeachment de Trump se sont terminées jeudi soir © AFP / Andrew Harrer / POOL

Dix témoins, qui avaient déjà été entendus à huis clos par les élus de la Chambre des représentants, se sont succédé depuis mercredi 13 novembre pour témoigner de nouveau lors des audiences publiques dans le cadre de la procédure d'impeachment à l'encontre du président Donald Trump. Des auditions marathon retransmises intégralement par plusieurs chaines de télévision américaines. Objectif des élus démocrates, majoritaires à la Chambre : prouver que Donald Trump utilisé sa position à la Maison Blanche à des fins personnelles afin de faire une proposition de "donnant-donnant" au président ukrainien. 

Que doit-on retenir de ces entretiens menés par le démocrate Adam Schiff, président de la commission avec, à ses cotés, le républicain Devin Nunes ?  

La chef des démocrates à la Chambre des représentants Nancy Pelosi s'est en tout cas déjà fait une opinion à l'issue des auditions : 

Les preuves sont claires : le président a utilisé sa fonction à des fins personnelles.

Le coup de fil qui dérange

L'enquête est partie d'un coup de téléphone de Donald Trump le 25 juillet, au cours duquel il a demandé à son homologue ukrainien d'enquêter sur son potentiel adversaire à la présidentielle de 2020, Joe Biden. Le fils de Joe Biden, Hunter, a travaillé en Ukraine. Or, Hunter est soupçonné par les républicains d'être impliqué dans une affaire de blanchiment d'argent entachant une compagnie gazière ukrainienne. À ce jour, aucune preuve de blanchiment n'a été apportée, et Hunter Biden a nié toute action délictueuse

Un proche de Trump devenu témoin à charge contre le président

L'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, témoin clé de l'enquête, a déclaré mercredi avoir collaboré avec Rudy Giuliani, avocat personnel de Donald Trump, sur les ordres de ce dernier, dans l'"affaire ukrainienne". 

Gordon Sondland, diplomate proche de Donald Trump, donateur de sa campagne, a donc directement impliqué le président, renforçant encore un peu les soupçons qui lui valent cette procédure explosive de destitution. Les démocrates estiment que ce témoignage était à ce jour le plus accablant dans leur enquête pour mettre en accusation le locataire de la Maison Blanche. 

Gordon Sondland a en effet déclaré que Donald Trump avait bien conditionné une rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky au lancement, par Kiev, d'enquêtes contre Joe Biden et son fils. Et il a assuré avoir acquis la conviction qu'une aide militaire cruciale de 400 millions de dollars à l'Ukraine dépendait également de ces enquêtes. Mais les républicains, eux, n'ont retenu qu'un bref passage de ce témoignage très attendu : quand Gordon Sondland a reconnu que Donald Trump ne lui avait "jamais" dit personnellement que l'aide était liée aux investigations. 

"C'était fantastique", a lancé le président américain, après avoir dans un premier temps tenté de minimiser sa proximité avec l'ambassadeur. 

Je pense qu'ils doivent mettre fin maintenant à cette chasse aux sorcières.

Le rôle joué par la Russie 

Une ex-conseillère à la Maison Blanche, Fiona Hill a elle démonté les arguments du clan Trump : "Certains d'entre vous semblent croire que la Russie et ses services de sécurité pourraient ne pas avoir mené de campagne contre notre pays, et que peut-être, l'Ukraine l'a fait. S'il vous plaît, ne propagez pas pour des raisons politiques des mensonges qui servent clairement les intérêts russes".  

Des faits reprochés "bien plus graves" que le Watergate

L'élu démocrate Adam Schiff, qui supervise l'enquête en destitution, a estimé jeudi que les faits reprochés au locataire de la Maison Blanche étaient "bien plus graves" que ceux commis par l'ancien président Richard Nixon. Ce dernier avait démissionné en 1974 pour éviter une destitution certaine dans le cadre du scandale d'espionnage politique dit du Watergate. En clôturant une série d'auditions marathon au Congrès, Adam Schiff a déclaré :

"Ce que nous avons ici est bien plus grave qu'un cambriolage de troisième rang d'un QG de campagne démocrate, nous parlons (...) du gel d'une aide militaire à un allié en guerre : cela va bien au-delà de ce que Nixon a fait !"

Donald Trump "espère" un procès au Sénat

Pendant ce temps, le président américain s'est exprimé via un communiqué de la Maison Blanche à la fin des auditions. Il a dit "souhaiter qu'un procès en destitution ait lieu au Sénat". Il faut préciser ici que les républicains sont majoritaires au Sénat. 

Donald Trump se dit sûr de bénéficier "d'une procédure régulière" et "s'attend à ce que le candidat à l'investiture démocrate Joe Biden figure parmi les témoins"

Dans le communiqué, un porte-parole de la présidence américaine indique que Donald Trump veut la tenue d'un procès au Sénat "parce que c'est clairement la seule chambre (du Congrès) où il peut compter sur l'équité et bénéficier d'une procédure régulière en vertu de la Constitution".

Nous nous attendrions à entendre enfin des témoins qui ont réellement été témoins et ont peut-être pris part à la corruption - comme Adam Schiff, Joe Biden, son fils Hunter Biden et le soi-disant lanceur d'alerte, entre autres.

La Maison Blanche refuse de coopérer avec l'enquête, qu'elle a par le passé décrite comme "illégitime" et anticonstitutionnelle, dénonçant une manœuvre politique des démocrates en vue du scrutin de l'an prochain.  

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