l'extradition vers la suède de julian assange confirmée par la cour suprême britannique
l'extradition vers la suède de julian assange confirmée par la cour suprême britannique © reuters

Quatre ans après avoir révélé plus de 90.000 documents militaires confidentiels relatifs à la guerre en Afghanistan, Wikileaks a perdu de son influence mais son héritage reste vivace.

Le 25 juillet 2010, Wikileaks, en collaboration avec The Guardian, The New York Times et Der Spiegel, publiaient 91.000 documents militaires américains sur la guerre en Afghanistan. Ces documents confidentiels, collectés par le site et analysés par ces organes de presse prestigieux, donnaient un éclairage inédit sur la stratégie menée par l'armée américaine sur place. Les "War Logs" (c'est le nom de cette série de documents) prouvaient notamment l'importance des pertes civiles dans le conflit, l'impuissance des forces américaines et l'inefficacité des drones.

Quelques mois plus tard, en décembre 2010, Wikileaks confiait plus de 250.000 documents diplomatiques à plusieurs publications prestigieuses dont Le Monde et le site spécialisé dans le datajournalisme Owni.fr (fermé en 2012).

Visibilité médiatique moindre

Si depuis, l'organisation continue de publier des documents sur la prison de Guantanamo, sur le régime syrien ou encore récemment sur le projet d'accord commercial entre l'Union européenne et les Etats-Unis (TAFTA), l'intérêt pour Wikileaks semble avoir diminué. Pour preuve, les recherches sur Google au sujet de Wikileaks ont considérablement chuté :

Si Wikileaks paraît être moins visible, c'est que l'organisation a changé de méthode. Finis les grands déballages de milliers de documents via des médias reconnus, désormais, Wikileaks publie au compte-gouttes. C'est aussi que les relations entre Julian Assange et ces grands médias se sont tendues selon le journaliste Jean-Marc Manach, auteur du blog "Bug Brother" :

Julian Assange a une forte personnalité, susceptible de s'engueuler. Certains journalistes n'ont pas supporté. Certains médias n'ont pas apprécié que Julian Assange leur demande de signer des contrats avec de nombreuses clauses, des contrats qu'ils n'ont pas respecté, ce qui n'a pas plu à Julian Assange.

Le fonctionnement de Wikileaks est aussi perturbé par les difficultés que traverse l'équipe de l'organisation. Julian Assange vit depuis deux ans, reclus dans l'ambassade d'Equateur à Londres. Le tribunal de Stockholm a maintenu le 16 juillet 2014 le mandat d'arrêt européen contre Assange, accusé d'agressions sexuelles en 2010 en Suède. La britannique Sarah Harrison, sa plus proche conseillère, est contrainte à l'exil à Berlin, craignant d'être interpellée dans son pays.

Quant aux sources potentielles de Wikileaks, les lanceurs d'alerte, plusieurs ont été incarcérés. C'est le cas de Bradley Manning (devenu Chelsea Manning), ex-analyste militaire, condamné à 35 ans de prison pour avoir transmis des documents à Wikileaks. C'est également le cas de John Kiriakou, un ancien analyste de la CIA qui avait révélé des informations sur le recours à la torture par l'administration Bush et qui a lui aussi été condamné à 30 années de prison.

La boîte de Pandore est ouverte

Wikileaks a donné ses lettres d'or au journalisme sur Internet, c'est ce que pense Jean-Marc Manach, qui a traité les documents de l'organisation dès juillet 2010 sur le site owni.fr :

Pendant longtemps, on nous a dit qu'Internet allait tuer le journalisme d'investigation. Au contraire, ça l'a relancé. Aujourd'hui, on peut être journaliste sur Internet et donner une conférence inaugurale en école de journalisme.

Pour lui, c'est grâce à ces documents complexes et publiés en grande quantité que le data-journalisme a pu prouver son intérêt.

Edward Snowden
Edward Snowden © REUTERS/Ueslei Marcelino / REUTERS/Ueslei Marcelino

Wikileaks a aussi inspiré les lanceurs d'alerte pour Jérémie Zimmermann, co-fondateur de la Quadrature du net :

Ce qu'il reste, c'est une inspiration, cela a montré le courage de ces citoyens qui font fuiter des informations. Ça montre que l'on a le pouvoir de réparer des injustices.

Y-aurait-il eu un Edward Snowden sans Wikileaks ? Ces deux spécialistes en doutent. Wikileaks a fait des émules comme Snowden qui a révélé le système de surveillance des télécommunications mené par la NSA américaine (National Security Agency). D'autres ont suivi, les Offshore Leaks, ont révélé la présence de grandes banques françaises dans des paradis fiscaux. Le site Mediapart a quant à lui mis en place sa propre plate-forme Frenchleaks.

Le monde changé ?

Il y a un après-Wikileaks. De nombreux pays se sont dotés d'une législation relative aux lanceurs d'alerte, soit pour les protéger, soit pour les poursuivre en justice. En France, une loi de décembre 2013, prévoit qu'aucune sanction ne peut être infligée à un salarié du public ou du privé qui dénonce un délit ou un crime, même par voie de presse. Un projet de loi australien prévoit, au contraire, jusqu'à 10 ans de prison pour les lanceurs d'alertes, mais aussi pour les journalistes qui utiliseraient leurs révélations.

"La NSA va devoir changer son fonctionnement", estime Jean-Marc Manach, journaliste d'investigation, après les révélations d'Edward Snowden. Microsoft, Yahoo et bientôt Google, permettent de crypter les contenus des courriels que les internautes s'envoient pour éviter qu'ils puissent être interceptés par les services de renseignements.

S'il faudra sûrement attendre encore plusieurs années pour mesurer la réelle influence de Wikileaks à l'échelle historique, Julian Assange, son fondateur a atteint l'un des objectifs qu'il s'était fixé lors du lancement du site en 2006. Sur son blog, il estimait que les fuites avaient pour conséquence "de susciter la peur et la paranoïa" chez les organisations les plus opaques et les plus secrètes.

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