Lors d'une audition à l'Assemblée nationale, le Secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale a annoncé la création d'une agence nationale de lutte contre les manipulations de l'information en provenance de l'étranger, en vue, notamment, de la présidentielle 2022.

Cette agence de lutte contre les manipulations numériques venues de l'étranger devrait voir le jour dès le mois de septembre.
Cette agence de lutte contre les manipulations numériques venues de l'étranger devrait voir le jour dès le mois de septembre. © Getty

Lutter contre les fausses nouvelles, les deepfakes et les manipulations numériques qui visent à "déstabiliser l'État". C'est la mission que devra mener la future Agence nationale de lutte contre les manipulations de l'information en provenance de l'étranger. Sa création, annoncée mercredi par le Secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) Stéphane Bouillon, devrait mobiliser jusqu'à 60 personnes à terme. Voici ce que l'on sait de cette nouvelle entité qui pourrait être très sollicitée en pleine année présidentielle. 

D'où vient l'idée de cette agence ? 

Sans aucun doute, l'approche de la prochaine élection présidentielle et le souvenir des "MacronLeaks" qui ont marqué les derniers jours de la campagne de 2017 (20 000 courriers électroniques liés à la campagne d'Emmanuel Macron qui avaient fuité). Les accusations d'ingérence russe lors de la présidentielle américaine de 2016 ou bien autour du Brexit ont aussi laissé des traces.

Une première expérimentation a eu lieu l'an dernier, après l'assassinat, en octobre, de Samuel Paty qui avait précédé une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux. Une "task force" avait alors été chargée de détecter et de caractériser ce bruit de fond qui s'avérera d'origine turque. Elle a servi de modèle pour la création de cette agence. 

Quand sera-t-elle créée ?

Ce service devrait voir le jour dès le mois de septembre, d'après les déclarations de Stéphane Bouillon mercredi devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale.

Quelles seront ses missions ? 

Avec cette agence de lutte contre les ingérences numériques, "il ne s'agit pas de corriger ou rétablir la vérité, mais d'arriver à détecter les attaques quand elles viennent de l'étranger, pouvoir les caractériser et d'une certaine manière les attribuer, pour pouvoir permettre aux hommes politiques, aux diplomates, à la justice et la presse de constater que sur 400.000 tweets de reprise de telle ou telle information, 200.000 viennent d'une ferme à bots (des comptes automatisés, ndlr) dans une région hors de notre pays ou que tel débat provient d'une ferme à trolls", a détaillé Stéphane Bouillon, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

Notre objectif est de détecter le plus rapidement possible quelque chose qui est en train de monter et de pouvoir signaler l'incendiaire. Une fois que la forêt a brûlé c'est triste mais c'est trop tard

"Il ne s'agit pas de faire du renseignement, ce qui nous intéresse c'est ce qui est en train de devenir pandémique sur le plan informationnel" et si cela émane d'"un pays étranger ou d'une organisation étrangère qui visent ainsi à déstabiliser l'Etat sur le plan politique", a-t-il insisté. 

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Et ses moyens ?

60 personnes devraient, à terme, constituer cette agence. Elles travailleront en "sources ouvertes", c'est-à-dire à partir d'éléments publics (OSINT, "open source intelligence" en anglais), que l'on peut trouver dans les médias, sur internet ou bien dans des publications professionnelles, gouvernementales, etc. 

On ne sait pas exactement de quel type d'emploi il s'agira. Le SGDSN compte actuellement 972 agents, notamment dédiés à la sécurité des systèmes d'information (environ 600 travaillent à l'ANSSI) ou bien à la gestion des systèmes d’information interministériels classifiés (OSIIC). 

Qu'est-ce que le SGDSN qui pilotera cette agence ?

Le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) est un organisme interministériel placé sous l'autorité du Premier ministre, pour l'assister sur les questions de défense et de sécurité nationale. Il est dirigé depuis bientôt un an par le préfet Stéphane Bouillon. Ses missions vont de la protection de l’Etat contre les cyber attaques à la prévention et la gestion des crises (attaques terroristes, épidémies…) en passant par la protection du secret de la défense nationale.

Quand commencera-t-elle son travail ?

Plusieurs échéances électorales feront l'objet d'une attention particulière au cours des mois à venir, a confié le SGDSN devant l'Assemblée nationale, comme les élections législatives en Allemagne fin septembre, "pour pouvoir en tirer des leçons". La France se préparant elle-même à la tenue dans un an d'une élection présidentielle, cette dernière sera sans doute au cœur des travaux de cette nouvelle agence. 

Le référendum d'autodétermination du 12 décembre prochain dans l'archipel français de Nouvelle-Calédonie aura aussi valeur de test dans ce domaine. Ce sera l'occasion de "regarder s'il n'y a pas des Etats qui ont intérêt à ce que le résultat du vote aille dans un sens qui ne serait pas forcément celui (pour lequel) les Calédoniens eux-mêmes voteraient", a expliqué Stéphane Bouillon face aux députés.

Y'a-t-il un risque que cette agence serve les intérêts de l'exécutif ?

Conscient du risque que cette nouvelle agence passe pour un outil d'influence en ligne au service de l'exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN a promis la "transparence totale" sur ses actions. 

Un comité d'éthique et scientifique est prévu pour veiller sur les activités de cette agence. Il serait composé d'un membre du Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative, d'un membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), d'un magistrat, d'un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs.

Y'a-t-il d'autre entités du même type ailleurs ?

D'autres pays ou groupes d'Etats se sont d'ores et déjà dotés de telles structures. L'Union européenne par exemple a créé en 2015 "East Strat Comm", spécifiquement consacrée à lutter contre les manipulations en provenance de Russie.  

Aux États-Unis, un organisme rattaché au département d'État, le GES, a la mission de "diriger, synchroniser, intégrer et coordonner les efforts du gouvernement fédéral pour détecter, comprendre, exposer et contrer la propagande étatique et non-étatique, les manœuvres de désinformations visant à saper ou influer sur la politique, la sécurité ou la stabilité des Etats-Unis, de leurs alliés et de leurs partenaires".

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