Après quatre ans passés comme correspondant de presse à l’Organisation des Nations Unies, Karim Lebhour a appris à comprendre et à apprivoiser cette tentaculaire institution mondiale. Il en raconte les coulisses dans une bande dessinée. "Une saison à l’ONU", publiée le 3 octobre dernier.

La dessinatrice Aude Massot (à gauche) et Karim Lebhour (à droite) auteur de la bande-dessinée "Une saison à l'ONU"
La dessinatrice Aude Massot (à gauche) et Karim Lebhour (à droite) auteur de la bande-dessinée "Une saison à l'ONU" © Radio France / Lavenne Laura

"C’est un théâtre, mais c’est un théâtre qui permet de faire baisser les tensions internationales." Karim Lebhour donne le ton. A travers les dessins d’Aude Massot, l'ancien correspondant de presse à l'ONU décrit avec simplicité, humour, pédagogie et optimisme l’état de cette institution gigantesque. Le lecteur marche dans les pas du journaliste, à l’intérieur des Nations Unies, comme s’il y était. L’histoire de l’auteur croise ainsi la grande histoire de l’ONU, sa naissance, ses principes, son organisation et ses centaines de diplomates.

Si Karim Lebhour a choisi de le faire en dessins, c’est parce que "cela permet d’aborder une matière, parfois lourde, trop sérieuse, de façon légère et accessible"

"Anecdotes édifiantes"

En effet, il faut une bonne dose de légèreté et d’humour pour raconter certaines anecdotes vécues par l’ancien correspondant. "Des anecdotes édifiantes" selon les termes d’Aude Massot. "Il y a un côté ubuesque, qui est propre à l’ONU",  surenchérit Karim Lebhour. 

Pour preuve, la bande dessinée s’ouvre sur le discours du ministre indien des affaires étrangères. Pendant cinq minutes, le diplomate lit un discours au Conseil de Sécurité sans s’apercevoir qu’il s’agit en réalité du discours de son homologue portugais qu’il a lu par erreur. "Lui ne s’en est pas rendu compte, personne ne s’en est rendu compte parce que personne n’écoute les discours à l’ONU", ironise l’auteur. 

Casques bleus, aide humanitaire et tribune internationale

Ce genre de scènes, totalement surréalistes, font partie du décor, mais pour Karim Lebhour l’ONU ne se résume pas à cela. "On dit aussi que les Nations unies servent à quelque chose. C’est vrai que c’est un théâtre, mais c’est aussi un théâtre qui permet de faire baisser les tensions internationales". Karim en veut pour preuve les casques bleus, malgré les critiques, les aides humanitaires et la tribune qu’offre l’ONU à certains petits pays "Pour ces pays, c’est souvent le seul espace de dialogue". Autant d'exemples célébrés par Jean-Pierre Lacroix, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, pour la Journée des Nations Unies fêtée chaque année le 24 octobre.

Ainsi, Karim Lebhour raconte comment l’ambassadeur de la Centrafrique aux Nations Unis est allé frapper aux portes, carte du monde à la main, pour sensibiliser sur le coup d’Etat que venait de vivre son pays. Il raconte également ce qu’il décrit comme l’événement le plus marquant de ses 4 ans à l’ONU, comment l’ambassadeur libyen, au moment où le conseil de sécurité est sur le point de décider ou non une intervention en Libye, a fondu en larme en implorant l’ONU d’acter l’intervention contre celui qu’il appelait son "ami Kadhafi". Il ajoute : 

"L’impuissance de l’ONU c’est d’abord les réticences des grandes puissances à vouloir agir".

Aujourd’hui, Karim Lebhour a tourné la page du journalisme mais reste convaincu de l’utilité publique de cette institution qui pour lui permet avant tout d’éviter les moyens militaires. _"_Si l'ONU n’existait pas, on serait dans une loi de la jungle encore plus prononcée avec des grandes puissances qui imposeraient encore plus leurs volontés." Un discours à contre-courant de toutes les critiques dont fait l’objet l’ONU, souvent décrite comme impuissante et inutile. 

C’est contre cette pensée que Karim Lebhour argumente. "On oublie souvent que l’impuissance de l’ONU c’est d’abord les réticences de certaines puissances, des membres permanents, à vouloir agir". Et la citation qui ouvre le livre, en résume bien l’essence. Il s’agit de la citation de l’ancien Secrétaire général Dag Hammarskjöld : "L'ONU n'a pas créé le paradis, mais elle a évité l'enfer."

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