Plus de 500 migrants ont été recueillis en mer Méditerranée à bord des navires "Open Arms" et "Ocean Viking". Les deux bateaux vont tenter de rejoindre la terre ferme pour le débarquement des réfugiés. Mais où ? La bataille entre les ONG et les États européens est engagée.

L'Ocean Viking, à quai, avant de prendre la mer le 4 août. La navire est parti de Marseille.
L'Ocean Viking, à quai, avant de prendre la mer le 4 août. La navire est parti de Marseille. © AFP / Clément Mahoudeau

Depuis près de deux semaines, le navire humanitaire "Open Arms" fait des ronds dans l'eau entre Malte et Lampedusa. Le bateau affrété par une ONG catalane attend un port pour le débarquement des 150 migrants sauvés, dont 30 enfants et deux bébés. 

L'embarcation reste indésirable. La seule proposition reçue vient de Malte, mais seulement pour une trentaine de migrants. L'ONG a refusé cette offre partielle et a repris sa navigation sans destination. 

L'"Ocean Viking", parti en mer le 4 août, est confronté à la même situation. Le rythme des sauvetages effectués par MSF et SOS Méditerranée est soutenu : 356 migrants sauvés en moins de 10 jours. La météo a été bonne ces derniers jours, la mer calme. Dans ces conditions, les départs dans des embarcations de fortune ont été fréquents depuis la Libye. 

C'est désormais l'étape la plus diplomatique du périple qui commence : trouver un port sûr pour gérer l'arrivée de ces migrants africains. "Nous souhaitons aller au plus proche pour ensuite retourner dans les zones de détresse car il n'y aura plus de navires dans les secteurs où les migrants ont besoin d'aide", explique Fabienne Lassalle, directrice adjointe de SOS Méditerranée France.

Quelles villes pour le débarquement ? 

  • Italie : le non définitif de Salvini

Les ports italiens ne sont plus une option. Le ministre de l'Intérieur a fait fermer les eaux territoriales aux navires humanitaires. Matteo Salvini s'est dit prêt à confisquer les bateaux. "Au boulot au Ministère depuis ce matin, pour éviter le débarquement de plus de 500 immigrés qui se trouvent à bord des deux navires de deux ONG, une française et une espagnole" écrit-il ce mardi sur Twitter.

Le ministre d'extrême droite a fait voter par le Parlement un durcissement de la loi, pour criminaliser les actions humanitaires en faveur des migrants. Ce nouveau texte, appelé "Decreto Sicurezza bis", prévoit que les navires privés de secours en mer, qui entrent dans les eaux territoriales italiennes sans autorisation, peuvent se voir infliger une amende allant jusqu’à un million d’euros et être placés sous séquestre.

  • La France : Sète et la Corse candidats par le passé 

L'été dernier, l'"Aquarius", prédécesseur de l'"Ocean Viking", était déjà en errance à la recherche d'un port de débarquement. L'Italie refusait fermement. Les autorités françaises étaient mutiques. Les propositions étaient alors venus de personnalités, comme le communiste Jean-Claude Gayssot, qui proposait de leur ouvrir le port de Sète (Hérault) "si la France l'autorisait"

Une autre proposition, plus politique, avait émergé. Elle venait de Corse, par la voix du président du conseil exécutif de Corse, le nationaliste Gilles Simeoni. 

Même si elle refuse de voir un bateau accoster dans l'un de ses ports, la France accueille un certain nombre de ses migrants sauvés en mer. Quand les pays de l'Europe se mettent d'accord, ils se "répartissent" les arrivées sur leur territoire. 

  • L'Espagne : pas les ports les plus proches mais option envisageable

Lors d'une précédente crise de l'"Aquarius" en juin 2018, c'est à Valence en Espagne que les 630 migrants secourus lors de cette rotation avaient touché le sol européen. Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, fraîchement élu, avait permis cette arrivée. Un geste "humanitaire" mais aussi "politique" pour Madrid, destiné à impulser une réponse européenne commune face à la crise migratoire. Plus d'un an plus tard, l'Europe continue de bricoler à l'arrivée de chaque bateau, incapable d'harmoniser une politique. 

  • Malte : passez votre chemin 

Par le passé, des débarquements ont déjà eu lieu à Malte. La Valette n'accueille pas pour autant des migrants en leur donnant l'asile, mais c'est sur le sol maltais que la "répartition" se fait entre le différents pays européens. 

Cette fois, Malte a durci le ton et a même refusé le ravitaillement de l'"Ocean Viking", au début début de sa rotation. 

Une course contre la montre selon l'ONU

En vertu du droit international, les navires de secours doivent pouvoir gagner le port le plus proche. L'Italie devrait en être naturellement la destination, mais le contexte politique en décide autrement. 

C'est l'ONU, et son agence dédiée aux réfugiés qui s'en émeut désormais. Le représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Méditerranée centrale, estime qu'"une course contre la montre est maintenant engagée". Dans un communiqué, le HCR précise que les conditions météo vont empirer, des tempêtes sont prévues, la mer s'annonce mauvaise. "Ces personnes doivent être immédiatement autorisées à débarquer et à recevoir l'aide humanitaire dont elles ont tant besoin", écrit le HCR. Un énième communiqué qui ne trouve pas écho auprès des pays européens, toujours dans l'incapacité de s'entendre sur l'accueil des réfugiés. 

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