Le Russe Alexeï Navalny a été interpellé dimanche avec plusieurs centaines d'autres lors de manifestations contre la corruption.

Alexei Navalny, lors d'une manifestation en février 2016
Alexei Navalny, lors d'une manifestation en février 2016 © AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV

L'opposant russe Alexeï Navlany va être présenté à un juge, ce lundi à Moscou, après son arrestation dimanche lors d'une manifestation contre la corruption. Comme lui, plusieurs centaines de ses partisans ont été interpellés dans des manifestations à Moscou et dans plusieurs autres villes du pays, après une mobilisation qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes.

La police a annoncé au moins 500 arrestations à Moscou et 130 à Saint-Petersbourg. Selon l’organisation OVD-Info, "au moins 993 personnes ont été interpellées" au total. Lundi, le Kremlin a qualifié cette manifestation de "provocation", avançant que de l'argent avait été promis à des mineurs en cas d'arrestation.

Alexeï Navalny devrait comparaître pour appel à rassemblement donnant lieu à des troubles à l'ordre public. Il encourt jusqu'à 15 jours de rétention administrative. Mais depuis son lieu de détention, il s'est dit "fier" de tous ses partisans. "Les voleurs se défendent de cette manière. Mais on ne peut pas arrêter tous ceux qui sont contre la corruption : nous sommes des millions", a-t-il tweeté.

La lutte contre la corruption en Russie, c'est le cheval de bataille de ce juriste âgé de 40 ans, fondateur en 2011 de la Fondation anti-corruption, une organisation qui s’attelle à dénoncer la corruption qui touche les membres du gouvernement. Après avoir créé la surprise en 2013 aux élections municipales de Moscou en obtenant 27,2% des voix (un score qu'il a contesté, assurant avoir eu plus de voix), il s'est affirmé comme l'un des principaux opposants à Vladimir Poutine.

Candidat à la présidentielle de 2018

Une position d'opposant majeur qui l'a poussé à déclarer, en décembre dernier, sa candidature à l'élection présidentielle de 2018 en Russie, face à Poutine qui ne s'est pas encore présenté officiellement.

Il n'y a pas eu de véritables élections en Russie depuis 1996.

Une candidature compromise par la condamnation prononcée en février dernier : le militant a été condamné à cinq ans de prison avec sursis dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds. Une décision qui entraîne en théorie son intelligibilité mais que le principal intéressé dénonce comme une affaire fabriquée de toutes pièces.

La mobilisation qui a conduit aux manifestations de ce dimanche a été lancée après la diffusion, début mars, d'une longue vidéo sur sa chaîne YouTube : une enquête accusant le Premier ministre Dmitri Medvedev de se trouver à la tête d'un empire immobilier financé par l'oligarchie russe. En moins d'un mois, la vidéo (en Russe mais avec un sous-titrage disponible) a été vue près de 13 millions de fois.

Habitué des tribunaux et des controverses

Avocat en droit civil, Alexeï Navalny est un habitué des procès : avant sa condamnation à cinq ans avec sursis, il a été condamné sept fois à des peines administratives pour des participations à des manifestations, placé un an en résidence surveillée, et condamné à trois ans et demi avec sursis pour avoir détourné des fonds au détriment d'une filiale russe du groupe français Yves Rocher. En mars 2015, il a été empêché de participer aux obsèques de son ami, l'opposant Boris Nemtsov.

La personnalité et les positions politiques d'Alexeï Navalny font aussi parfois polémique : l'autre pendant de sa campagne à la mairie de Moscou en 2013, c'était la lutte contre l'immigration. "Je vois les statistiques et je constate que 50% des crimes graves sont commis par les migrants", avait-il déclaré. Il a également affirmé refuser que la Crimée soit rendue à l'Ukraine, s'il était élu. Enfin, il a surpris les observateurs en affirmant, juste après sa déclaration de candidature à la présidentielle, que si Vladimir Poutine acceptait une élection présidentielle démocratique, il faudrait lui accorder l'immunité.

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