Nommé à la surprise générale par le président Vladimir Poutine en remplacement de Dmitri Medvedev, cet inconnu a su moderniser la collecte des impôts et faire rentrer l’argent public dans les caisses fédérales russes.

A la tête du fisc russe depuis dix ans, Mikhail Michoustine, le nouveau Premier ministre russe, a œuvré en toute discrétion au redressement des recettes fiscales.
A la tête du fisc russe depuis dix ans, Mikhail Michoustine, le nouveau Premier ministre russe, a œuvré en toute discrétion au redressement des recettes fiscales. © AFP / Kirill Kudryavtsev

Lorsqu’il prend la tête des services fiscaux russes il y a dix ans, Mikhail Michoustine sait que l’institution pâtit d’une très mauvaise réputation. En cause, le très fort niveau de corruption qui règne dans certains services, comme ceux destinés à la collecte de la TVA. Des détournements de fonds valent à cette administration de figurer, à l’époque, d’après le Comité national anticorruption, au neuvième rang des structures les plus corrompues de Russie. 

Nous sommes alors quelques mois seulement après l’affaire Magnitski, du nom de cet avocat russe retrouvé mort en prison dans des conditions jamais élucidées, alors qu’il avait découvert une vaste fraude fiscale impliquant notamment des fonctionnaires. Un contexte d’autant moins favorable pour Michoustine que l’autre tare principale de la fiscalité fédérale, directement corollaire de la première, c’est son incapacité évidemment à faire rentrer l’argent dans les caisses de l’État.

En dix ans, le futur Premier ministre de Vladimir Poutine, à force de modernisations, va pourtant en partie inverser la tendance. Tout au moins pour ce qui est de la collecte des impôts, accessible par carte de crédit directement et par virement depuis un téléphone portable aujourd’hui en Russie.

Fin 2018, Michoustine déclare au quotidien Vedomosti que sur cinq années, soit de 2013 à 2018, _"les recettes fiscales ont progressé de près de 70 % dans tout le pays !"_. Une efficacité remarquée jusqu’en Chine, où le successeur de Dmitri Medvedev a pu se rendre pour exposer son savoir-faire.

Profil atypique pour successeur potentiel

À peine désigné hier par Vladimir Poutine, le nouveau premier ministre russe est passé au scanner par les analystes chargés aujourd’hui de le projeter dans le processus de succession enclenché par le maître du Kremlin.

Seul point commun avec le président russe, sa passion pour le hockey sur glace. Mikhail Michoustine supporte le CSKA Moscou. Il en a même intégré son conseil de surveillance. De fil en aiguille, il taquine le palet avec Vladimir Poutine à l’occasion : assurément, les deux hommes ne parlent pas que des performances des hockeyeurs russes, champions olympiques en titre…

Mikhail Michoustine peut-il succéder à Vladimir Poutine ? De la réussite des chantiers qui lui sont confiés dépend la réponse.
Mikhail Michoustine peut-il succéder à Vladimir Poutine ? De la réussite des chantiers qui lui sont confiés dépend la réponse. © AFP / Kremlin Press Office/Handout /Anadolou Agency

On le dit à l’écart des milieux politiques. Pourtant certains spécialistes de politique intérieure s’accordent sur sa proximité avec Alexeï Koudrine, l’un des leaders de la mouvance libérale dans les sphères du Kremlin. A l’occasion de sa rencontre avec les différents partis politiques, le nouveau chef du gouvernement russe a déclaré aux représentants du parti présidentiel Russie unie, qu’il allait faire en sorte de réduire les charges des entreprises.

Dans la foulée, face aux membres du parti communiste russe, Mikhail Michoustine a d’ores et déjà prévenu qu’il ne modifierait pas la très critiquée réforme des retraites, et qu’il ne réduirait pas non plus le taux d’imposition des plus faibles revenus. Une façon claire d’assumer le récent héritage de celui qui l’a nommé.

Programme ardu et chargé

Mais la feuille de route imposée par Vladimir Poutine est autrement plus ardue. Le nouveau chef du gouvernement doit mettre en œuvre une série de réformes surtout structurelles, comme la lutte contre la pauvreté (22 millions de russes vivent avec moins de 150 euros par mois) ou encore l’endiguement de la crise démographique (1,5 enfant par femme en 2019, le seuil de remplacement des générations étant de 2,05 enfants par femme) le tout sur fond de nécessaire redressement économique.

De la réussite dans son entreprise dépendra évidemment son avenir politique à l’horizon 2024. A moins que son appétit pour le pouvoir, semble-t-il aujourd’hui assez relatif, ne le cantonne finalement à la tâche de celui qui collecte les éventuels succès, au bénéfice de son estimé bienfaiteur.

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