À l’issue d’un congrès, pour la première fois virtuel en raison de la situation sanitaire, on connaîtra ce samedi 16 janvier le nom du prochain président de la CDU (Union chrétienne-démocrate). Trois hommes sont en lice avec l’espoir de devenir le prochain chancelier d’Allemagne, le 26 septembre.

Friedrich Merz, Armin Laschet et Norbert Röttgen le 8 janvier, lors d'un débat
Friedrich Merz, Armin Laschet et Norbert Röttgen le 8 janvier, lors d'un débat © AFP / dpa Picture-Alliance / Michael KAPPELER

Ils sont de la même génération, ils ont entre 55 et 65 ans. Ils sont entrés en politique en même temps, élus au Bundestag en 1994. Ils sont tous les trois catholiques, tous les 3 avocats, ils ont tous étudié à Bonn puisqu’ils viennent de la même région, la plus peuplée du pays, la très industrielle Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en ex-Allemagne de l’Ouest qui est aussi la fédération la plus puissante de la CDU, celle qui compte le plus de délégués au congrès. 

Dit comme ça, on dirait une photo en négatif d’Angela Merkel, femme, protestante et qui a grandi en ex-Allemagne de l’Est.

Friedrich Merz, le revenant fâché  

Ce millionnaire de 65 ans voyage en jet privé tout en se disant appartenir à la "classe moyenne supérieure". Il a connu les hautes responsabilités, élu au Bundestag, président de groupe, mais une brouille en 2002 avec Angela Merkel le pousse à quitter l’arène politique pour travailler dans le privé – il dirige alors la filiale allemande du fonds d’investissement Blackrock – avant de revenir tenter de s’emparer du parti lors du précédent congrès en décembre 2018 et battre la dauphine désignée de son ennemie Merkel qui vient d’annoncer son retrait programmé de la vie politique. Raté ! Il termine deuxième derrière l’élue Annegret Kramp-Karrenbauer. Friedrich Merz espère donc ce coup-ci prendre sa revanche. Il est, cette fois, encore plus favori qu’il y a deux ans, même si l’issue de cette élection, par vote électronique et dans un contexte très particulier, reste très incertaine.

Merz est un libéral conservateur que l’on pourrait définir plus droitier que les deux autres candidats, il est surtout aussi dur avec eux qu’il ne l’est avec ses adversaires politiques, les Verts en particulier. Il met l’accent sur l’homme fort et sa capacité à gouverner. Il vise clairement la chancellerie mais devra barrer la route d’un autre prétendant tout aussi conservateur mais plus jeune, Markus Söder, dirigeant de la Bavière et de la CSU, le parti-frère de la CDU, qui peut prétendre lui aussi être le candidat de "l’Union du centre" en septembre prochain.

Armin Laschet, le notable "élu de terrain" 

Après y avoir pensé il y a deux ans, cette fois-ci, c’est la bonne. Armin Laschet, bientôt 60 ans, est convaincu que son heure est arrivée. Considéré comme un libéral au sein de son parti, beaucoup plus jovial et consensuel que Merz et capable d’intégrer les différents courants de la CDU, celui qui dirige la grande région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie veut marcher dans les pas d’Angela Merkel même s’il s’en défend aujourd’hui, sans brusquer et en réconciliant, avec son expérience du terrain et du pouvoir. 

Face à la candidature puissante de Friedrich Merz, Armin Laschet est le seul pour ce congrès, à avoir fait le choix du ticket. Il s’allie avec le quadragénaire Jens Spahn, ministre de la santé très exposé depuis bientôt un an. Ce dernier avait tenté sa chance lors du dernier congrès, France Inter vous l’avait alors présenté comme un "jeune loup". 

Il a depuis beaucoup lissé son image d’arrogant et il démontre son sérieux dans cette crise sanitaire. Il est non seulement celui qui pourrait compenser les quelques erreurs commises par Laschet dans cette campagne et, en cas de victoire, il pourrait ensuite se positionner pour être le candidat à la chancellerie. 

Norbert Röttgen, l’étonnant challenger   

Beaucoup moquaient ce député de 55 ans au début de sa campagne : "Mais que vient-il faire là ? Pourquoi fixe-t-il un anneau de lumière sur sa tablette pour ses interventions sur les réseaux sociaux ?"

Norbert Röttgen voulait jouer la surprise lors de ce congrès et ça pourrait fonctionner. Au mieux, ce samedi, il dépasse Laschet et peut alors se retrouver élu, grâce à ceux qui ne veulent pas entendre parler de Merz. A minima, il sera courtisé si Merz et Laschet doivent s’affronter lors d’un probable second tour de scrutin. Avec une campagne très économe, il a occupé l’espace en faisant un usage sans limite des réseaux sociaux, un choix plutôt pertinent en période de pandémie et quand on prétend, comme lui, vouloir "moderniser" la CDU. Expert en politique étrangère, très à l’aise en anglais, cet intellectuel éloquent est aussi le plus jeune des trois candidats. Il partage une chose en commun avec Friedrich Merz, celle de s’être fâché en 2012 avec la chancelière Angela Merkel quand il était son ministre de l’environnement. Elle lui avait demandé de démissionner suite à un échec électoral dans sa région, ce qu’il a refusé. Elle l’avait donc viré !

>> POUR ALLER PLUS LOIN : Cette note du CERFA (Comité d’études des relations franco-allemandes - IFRI), signée Frank Decker, vient de paraître : "La CDU à la fin de l’ère Merkel"