Les Macédoniens sont appelés aux urnes ce dimanche pour se prononcer en faveur ou en défaveur d'un changement de nom qui leur ouvrirait les portes de l'Union européenne. Mais la participation s'annonce faible et pourrait compromettre un scrutin déjà douloureux.

Devant un bureau de vote dans le centre de Skopje, le jour du réferendum
Devant un bureau de vote dans le centre de Skopje, le jour du réferendum © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Il est assez rare qu’un pays se débaptise à la demande d’un autre… C’est pourtant ce qui arrive à la Macédoine. Les habitants de cette ancienne république yougoslave doivent se prononcer ce dimanche par référendum pour dire s’ils acceptent que leur pays prenne désormais le nom de Macédoine du Nord. 

Même si ce référendum est consultatif et devra être validé par le Parlement, son résultat pourrait être contesté par les opposants en cas de faible participation.

En début d'après-midi, selon la commission électorale, elle n'était que de 16 %, plus de deux fois moins que lors des législatives de 2016 à la même heure.

Un "oui" ouvrirait les portes de l'Union européenne

Derrière ce changement de nom, se cachent en fait de nombreux intérêts diplomatiques, économiques, géostratégiques.

La campagne pour le oui a vu défiler à Skopje, capitale de ce petit État des Balkans, un nombre impressionnant de personnalités : le secrétaire général de l’OTAN, le commissaire européen à l’élargissement, le secrétaire américain à la Défense, les plus hauts responsables de l’Union européenne, le Chancelier autrichien… Même Angela Merkel a fait le déplacement, elle qui n’avait jamais mis le pied en Macédoine ! Emmanuel Macron a quant à lui dit par vidéo "à ses amis macédoniens" toute sa foi dans les vertus du oui.

C’est que ce oui ouvre en fait au pays la porte de l’Union européenne et de l’OTAN. La Grèce a en effet systématiquement opposé son veto à toute accession de son voisin à l’Europe ou à l’Alliance atlantique, tant qu’il s’appellerait Macédoine, un nom qu’elle revendique uniquement pour sa province septentrionale éponyme. Il en va de l’héritage antique d’Alexandre le Grand que les Grecs ne veulent pas partager ; Athènes disait aussi redouter des visées territoriales du petit État des Balkans.

La querelle dure depuis plus d’un quart de siècle, 27 ans, depuis que la Macédoine a proclamé son indépendance de la Fédération yougoslave. C’est donc un vieux conflit qui pourrait trouver là sa résolution. 

Skopje attend la réparation d’une injustice de l’histoire

La République yougoslave de Macédoine était en effet parmi les premiers États des Balkans à adhérer au partenariat pour la paix de l’OTAN et obtenir le statut de candidat à l’Union européenne, elle était même l’État des Balkans le plus avancé mais, en raison du barrage grec, elle s’est vue dépasser par la Roumanie et la Bulgarie, ce qu’elle a toujours du mal à accepter.

Cette adhésion à l’Union européenne, beaucoup en rêvent en Macédoine. Un petit pays miné par la corruption, l’un des plus pauvres du continent, avec un taux de chômage de plus de 20 %, le double chez les jeunes, et un exode de sa population. La Banque mondiale estime qu’un demi million de Macédoniens se sont exilés ces 10 dernières années. Un quart de la population officielle.

Autant dire que les jeunes désireux de construire leur avenir ici, les générations fatiguées par la querelle du nom -qui a vu, lors du gouvernement de droite nationaliste, la capitale se couvrir de statues d’Alexandre le Grand et de bâtiments à colonnes antiques, un gouffre financier- n’attendent qu’une chose : enfin tourner la page des querelles du passé. Intégrer un ensemble plus grand, bénéficier de la protection de l’OTAN dans une région multiethnique qui redoute toujours de basculer dans la violence.

Mais cela suffira-t-il à convaincre les macédoniens de sortir voter ? On peine en effet à sentir l’euphorie dans les rues de Skopje. Il faut dire que l’appartenance à l’Union européenne sera encore un long chemin. 

L’UE a assorti de conditions l’ouverture de négociations d’adhésion en cas de changement de nom et repoussé le début des discussions à juin 2019. L’ambiance n’est pas à précipiter un nouvel élargissement alors que la défiance envers l’union fait redouter la montée des populismes lors des prochaines élections, mais elle voit d’un bon œil un règlement pacifique qui serait gage de stabilité dans une région déchirée par la guerre lors des conflits en ex-Yougoslavie et marquée par les affrontements, il y a moins de 20 ans, en Macédoine, entre la majorité macédonienne et la minorité albanaise. Une région toujours sensible. 

Réduire l'influence russe dans la région

La communauté internationale voit aussi dans ce référendum, puisque l’OTAN s’est engagé à ouvrir ses portes à la République de Macédoine du Nord, l’occasion de réduire l’influence, voire l’ingérence russe dans la région. Moscou a d’ailleurs critiqué vertement l’accord et le référendum. L’intégration de ce nouvel État dans l’Alliance ne laisserait comme allié au Kremlin dans la région que la Serbie et la république serbe de Bosnie.

Le Premier ministre social démocrate Zaev, qui a négocié cet accord avec son homologue grec Alexis Tsipras, au début de l’été, exhorte ses concitoyens à choisir l’avenir contre le repli.

Mais un oui ce dimanche ne lèvera pas toutes les hypothèques. Il faut d’abord que la participation atteigne les 50 %, faute de quoi, le scrutin sera invalide. Or, les listes électorales, qui n’ont pas été revues depuis 2002, comptent 1,8 million d’électeurs, le quorum est donc à 900 000, sans doute 300 000 de plus que le nombre réel d’électeurs. 

En outre, la population manque d’enthousiasme, lassée des promesses de l’UE. Les partisans du boycott accusent aussi de trahison le Premier ministre qui aurait vendu aux Grecs l’identité de la Macédoine. Le président, lui-même proche des nationalistes, a engagé les électeurs à faire comme lui : rester à la maison. 

Le changement de nom est aussi douloureux pour nombre de Macédoniens qui votent sans grand enthousiasme. La question posée ne porte d’ailleurs pas sur le nouveau nom de Macédoine du Nord. Pour rallier un maximum de suffrages, le gouvernement préfère demander à ses concitoyens s’ils sont "pour l’adhésion à l’UE et à l’OTAN en acceptant l’accord" signé avec la Grèce.

La participation reste la grande inconnue de ce vote puisque la victoire du oui semble largement acquise. Si les Macédoniens se mobilisent à plus de 50 %, le Premier ministre devra encore convaincre son parlement de ratifier le changement de nom à plus des deux tiers. Il lui faudra pour cela trouver des voix dans les rangs nationalistes.

Enfin, le Parlement grec lui aussi sera amené à se prononcer, ce sera en mars prochain. Là encore les partis nationalistes pourraient faire dérailler le processus.  Autant dire, que le chemin reste encore long et semé d’embûches.

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