Lors d'une rencontre en préambule d'un Conseil des ministres franco-allemand, Angela Merkel et Emmanuel Macron s'entretiennent sur les solutions éventuelles à la crise migratoire et identitaire que traverse l'Europe. Objectif : préparer au mieux la ratification d'un accord pour un front commun de la zone Euro en juin.

La chancelière  allemande et le président français devraient particulièrement s'entretenir sur la question de la crise migratoire qui traverse l'Europe.
La chancelière allemande et le président français devraient particulièrement s'entretenir sur la question de la crise migratoire qui traverse l'Europe. © AFP / Ludovic Marin

Quatre heures. C'est le temps dont disposent Angela Merkel et Emmanuel Macron pour débattre des points cruciaux qui concernent l'Europe, avant une rencontre au sommet entre les ministres de la Défense, des Finances et des Affaires étrangères franco-allemand. Les deux dirigeants doivent aboutir à une "feuille de route" sur la réforme de la zone euro en vue du sommet européen prévu pour la fin juin. 

La question devrait cependant être largement éclipsée par la gestion de la crise migratoire, à son apogée depuis l'élection d'une coalition populiste en Italie. De son côté, la chancelière allemande doit faire face aux critiques issues des franges droitistes et gauchistes de son gouvernement. Mise devant le fait accompli par son propre ministre de l'Intérieur sur la question migratoire, Merkel doit-elle craindre de perdre sa place ou lutter au péril du maintien de la coalition au pouvoir ? Franceinter.fr fait le point sur les enjeux ce Conseil franco-allemand.

Vers une réforme économique de la zone euro ?

La discussion autour des problématiques économiques de la zone euro devrait être un point de détail de cette rencontre. Largement étudiée par les ministres des deux pays, la feuille de route du prochain sommet fait déjà quasiment consensus de part et d'autre du Rhin. Samedi soir, Bruno Le Maire, ministre des Finances, à l'issue d'une ultime réunion avec son homologue allemand, Olaf Scholz, a d'ailleurs déclaré que les deux parties étaient "proches d'un accord". 

Parmi les mesures phares proposées, l'élaboration d'un budget autonome devrait faire l'objet d'un compromis dès mardi entre Paris et Berlin. Cette disposition va permettre à la zone euro d'avoir son budget propre à des fins d'investissement et de soutien financier aux pays les plus fragilisés. Seul point tangent des discussions : la somme investie. Plus audacieux, Emmanuel Macron planche sur plusieurs centaines de milliards d'euros de participation, tandis que son homologue allemande, mise sous pression par la frange conservatrice de son gouvernement, penche vers un dizaine de milliards. 

Prudente, la chancelière cherche à éviter toute mutualisation des dettes nationales et exige un rééquilibrage des comptes publics de l'ensemble des pays de l'Union avant un quelconque investissement commun. Parallèlement, de nouveaux pas seront fait vers une base commune pour l'impôt sur les sociétés et une garantie commune des dépôts bancaires. 

Outre ces questionnements économiques qui pèseront lors du sommet européen des 28 et 29 juin, les deux chefs d'Etat ne pourront échapper aux préoccupations autour de l'afflux de migrants dans une Europe divisée où la voix des populistes porte chaque jour un peu plus.

Une gestion commune de la crise migratoire est-elle possible ?

Le climat actuel tendrait à ne fonder aucun espoir dans cette supposition. Pourtant, le duo franco-allemand, Emmanuel Macron en tête, veut croit en une "décision collégiale et européenne" autour de la question migratoire. Le but serait alors de trouver un accord assez raisonnable pour que chacun accepte d'assumer sa part dans l'accueil d’exilés sur son territoire. 

Bien des obstacles semblent néanmoins se poser à ce projet un peu fou, et pourtant indispensable. En premier lieu, Rome a mis en balance le fragile statu quo au sein de l'Union en refusant d'accueillir des navires de migrants venus d'Afrique. Après l'Aquarius dimanche, accueilli finalement par l'Espagne, Matteo Salvini, son ministre de l'Intérieur, a interdit ses ports à deux autres bateaux d'une ONG. Autre motif de doute, la Pologne et la Hongrie ont d'ors-et-déjà refusé toute éventualité d'ouverture de leurs frontières. Quant au ministre de l'intérieur allemand, Horst Seehofer, issu de la CSU, un parti de droite bavarois, la solution réside dans la création d'un "axe des volontaires" pour contrer l'immigration clandestine, en accord avec des ministres autrichiens et italiens. 

Si un accord des Européens sur une réforme du règlement de Dublin, qui indique que les demandeurs d'asile seront renvoyés du territoire, semble peu probable, la France espère obtenir des garantie sur un renforcement de Frontex. L'agence chargée du contrôle des frontières à l'échelle européenne pourrait bien voir son rôle s'élargie avec la création de "centres de tri" sur le territoire africain et l'harmonisation du droit d'asile.

En accord sur la plupart des points présentés par Emmanuel Macron, Angela Merkel essaye de son côté de souffler le chaud et le froid. Après le chantage exercé par son ministre de l'Intérieur qui l'exhorte à trouver une solution à la crise migratoire dans les deux semaines à venir, la chancelière doit aussi faire face aux remontrances de la frange gauchiste de son gouvernement. Entre les sociaux-démocrates qui la presse d'accepter les propositions françaises et la CSU qui exige un durcissement de sa politique migratoire, la chancelière a de quoi être quelque peu perturbée. 

Malgré les obstacles qui se muent sur la route du duo franco-allemand, nul doute que les deux dirigeants afficheront au sortir du Conseil des ministres mardi, une unité sans failles. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.