Le Président américain a enjoint quatre membres démocrates du Congrès "à partir si elles ne sont pas contentes d'être aux États-Unis", sous-entendu à "rentrer dans leurs pays", car ces quatre élues sont issues des minorités. Le scandale provoqué agite le pays, y compris au parti républicain.

Donald Trump ravive les divisions communautaires aux États-Unis
Donald Trump ravive les divisions communautaires aux États-Unis © AFP / RON SACHS / Consolidated News Photos / dpa Picture-Alliance

La chambre basse du Congrès américain a adopté mardi soir une motion condamnant des propos jugés  "racistes" du président Donald Trump. La Chambre des représentants, à majorité démocrate, "condamne fermement les commentaires racistes du président Donald Trump légitimant et accentuant la peur et la haine des nouveaux Américains et des personnes de couleur", déclare le texte.

Depuis deux jours, c'est à la une de toute la presse quotidienne nationale américaine, à la une de tous les journaux télé et radio : les propos de Donald Trump jugés racistes à l'encontre de quatre élues démocrates.

Le président américain a lancé une première salve lundi, à la suite notamment de vives critiques émises par les jeunes élues au Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib sur la manière dont l'administration Trump traite les migrants à la frontière avec le Mexique.

"Si vous n'êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir !", a-t-il lancé aux jeunes femmes depuis les jardins de la Maison Blanche lors d'un point presse, avant de tweeter la même phrase en majuscules :

Il s'adresse ainsi à Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, toutes quatre symboles du renouveau du Congrès américain depuis les élections de mi-mandat de novembre dernier. Il les appelle désormais "the squad", la "bande"

Ce mardi, il tweete de nouveau et assume totalement ses propos : 

"Ces tweets n'étaient PAS racistes. Je n'ai pas une once de racisme en moi !"

Et il en remet une couche :

Le 45e président des États-Unis a appelé ces élues démocrates à retourner dans "ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent". Or, trois d'entre elles sont nées aux États-Unis. Le président américain a intensifié lundi ses attaques, à travers une longue série de tweets, accusant les mêmes quatre élues de "haïr" l'Amérique.

Les personnes visées répliquent

"On ne nous fera pas taire", a affirmé l'élue noire Ayanna Pressley, tout en appelant les Américains à "ne pas mordre à l'hameçon" et se laisser prendre par cette surenchère visant d'abord selon elle à détourner l'attention des problèmes touchant la population. Les quatre élues ont tenu une conférence de presse lundi pour répondre à Donald Trump :

De son coté, le Représentante Alexandria Occasio-Cortez a décidé de jouer sur l'appellation "the squad" dont Trump a affublé les quatre femmes politiques. "Qui veut faire partie de la bande ? Inscrivez-vous ! " tweete-t-elle :

Il soigne sa base électorale

La stratégie Trump est la même depuis des mois : s'assurer les voix de sa base qui l'a élu en 2016, une base à majorité blanche, masculine, classe moyenne-basse, facilement perméable aux discours xénophobes. Il a besoin de cette base, il a besoin de la galvaniser, de la rassurer, en cette période de campagne électorale pour la présidentielle de novembre 2020.

Une stratégie de division assumée

Dans le camp démocrate, les messages présidentiels ont suscité une avalanche de réactions outrées. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a dénoncé des commentaires "xénophobes" et appelé les élus à soutenir une motion devant la Chambre les condamnant explicitement. Le député démocrate Al Green a de son côté déclaré qu'il proposerait un vote en vue d'une procédure de destitution du président.

Le locataire de la Maison Blanche veut créer des tensions au sein du parti démocrate, qui ne s'est toujours pas relevé de la défaite d'Hillary Clinton en 2016. En effet, il cible les quatre jeunes élues du Congrès qui représentent l'aile gauche du parti. Leurs désaccords avec la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi sont légion. Selon David Axelrod, ancien proche conseiller de Barack Obama :

"Avec cette sortie délibérément raciste, Donald Trump cherche à rendre les personnes ciblées plus visibles, à pousser les démocrates à les défendre et à en faire des emblèmes du parti tout entier."

Donald Trump a confirmé lui même cette analyse en expliquant dans un tweet que les démocrates avaient essayé de prendre leurs distances avec les quatre élues, mais étaient "désormais contraints de les défendre".

Pour Joe Biden, vice-président de Barack Obama pendant huit ans et candidat à l'investiture démocrate pour 2020 :

"Aucun président dans l'Histoire américaine n'a été aussi ouvertement raciste que cet homme (...) C'est écœurant !"

Le parti républicain gêné aux entournures

La sénatrice républicaine Susan Collins a appelé le président milliardaire à revenir sur ses propos. Peu après, le sénateur noir républicain de Caroline du Sud Tim Scott lui a emboîté le pas, dénonçant des propos à "connotation raciste (...) inacceptables".

L'élu de l'Ohio Mike Turner a appelé le président à "s'excuser" pour ces tweets "racistes". Mitt Romney, ancien candidat républicain à la Maison Blanche, a qualifié les propos du président de "destructeurs et dégradants".

Mais de manière plus globale, le parti républicain reste plutôt discret sur l'affaire. Comme le souligne le New York Times, "la plupart des leaders du parti à la Chambre des représentants et au Sénat sont restés silencieux". Trump est bien plus populaire chez les républicains que les membres républicains du Congrès, la plupart ne veulent pas risquer contrecarrer le président et risquer des représailles au sein même de leur parti et dans les urnes.

D'autant que les quatre élues du Congrès visées par Trump sont également leurs cibles privilégiées : le parti tente de les faire apparaître par tous les moyens comme "des socialistes". Sur ce point, les républicains sont sur la même ligne que Trump. Difficile donc de se désolidariser du président.

Sur Fox News, le Sénateur Lindsey Graham les appelle même “un tas de communistes”, ce qui va encore plus loin que Trump qui les qualifie de "socialistes".

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