Le vote mardi soir d'une résolution sur les violences sexuelles lors des conflits a créé un énorme malaise. Le texte a été amputé d'une partie de sa substance sous la pression des États-Unis. L'administration Trump, très conservatrice, a fait rayer une mention liée au droit à l'avortement pour les victimes de viols.

Réunion du conseil de sécurité de l'ONU en février 2019
Réunion du conseil de sécurité de l'ONU en février 2019 © AFP / Atilgan Ozdil / ANADOLU AGENCY

Céline Bardet est juriste internationale. Avec l'ONG "We are not weapons of war" qu'elle a fondée, cette ancienne experte auprès des Nations Unies a travaillé dans plus de cinquante pays pour aider les victimes de viol de guerre dans les procès contre leurs agresseurs. Elle explique pourquoi le texte de cette résolution est un rendez-vous manqué.

FRANCE INTER : Comment réagissez-vous à l'adoption de cette résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU qui a été votée par 13 voix, avec deux abstentions (Russie et Chine) ?

CÉLINE BARDET : "C'est un énorme pas en arrière. Cette résolution n'aurait pas dû être adoptée. Les autres États auraient dû faire un geste symbolique en disant : on ne l'adopte pas, le contenu même de la résolution est vide de sens puisqu'il n'est fait aucune référence aux droits reproductifs et au droit à l'avortement. Or on sait (c'est d'ailleurs inscrit dans les statuts de la Cour Pénale Internationale) que la question des grossesses forcées est l'un des objectifs des viols de guerre. On enlève la possibilité du droit à l'avortement sur les victimes des viols de guerre, alors qu'il s'agit d'une question essentielle."

L'adoption de cette résolution a provoqué la colère de l'ambassadeur de France à l'ONU. Pour François Delattre, ce texte porte atteinte à la dignité des femmes. Vous êtes de son avis ?

"Bien sûr. Il a raison et je pense que c'est important que les États se positionnent car c'est honteux. Je n'arrive pas à réaliser qu'on soit à un stade où l'on est en train d'adopter une résolution sur la question des violences sexuelles dans les conflits, et qu'il y ait des États qui amputent totalement le droit de base des victimes, en l'occurrence des femmes. Bien sûr que la France a raison de hausser le ton ! Ce n'est pas la seule. Les Canadiens ont aussi été très virulents."

Quelle peut être aujourd'hui la réponse à apporter ?   

"Je pense que c'est important que les États européens prennent position, une position publique pour isoler les États-Unis sur cette question.  Ce que j'espère, c'est qu'il y aura une armée de poings levés au niveau politique. Cette armée existe déjà au niveau de la société civile. Tout le monde est vent debout, car tout le monde est choqué. En fait, c'est une question très politique. On l'a bien vu en 2018 : le prix Nobel de la Paix a été remis au congolais Denis Mukwege et la yazidie Nadia Murat [récompensés pour leur action dans ce domaine, NDLR]. Il faut bien que l'on comprenne une fois pour toutes que le viol de guerre, c'est une question de paix et de sécurité. C'est une question politique au niveau littéral du terme. Et le débat d'hier l'a révélé."

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