L’arrestation de Roland Marchal se retrouve au cœur des relations franco-iranniennes. En juin, lorsque le chercheur a été interpellé à Téhéran, la France a décidé de ne pas divulguer l’information. Mercredi matin, un média a brisé le silence.

Roland Marchal, sociologue spécialiste des guerres civiles, est détenu depuis le mois de juin. Il a été arrêté en même temps que sa compagne, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah.
Roland Marchal, sociologue spécialiste des guerres civiles, est détenu depuis le mois de juin. Il a été arrêté en même temps que sa compagne, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah. © Capture d'écran Youtube / Vidéo France 24

Sa captivité devait rester secrète pour ne pas compliquer les négociations, mais un média, le quotidien Le Figaro, dévoile ce mercredi matin l’identité d’un second otage en Iran, provoquant d'ailleurs la colère de ses proches. Sociologue réputé et spécialiste des guerres civiles, Roland Marchal est détenu depuis le mois de juin. Il a été arrêté en même temps que sa compagne, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah. 

En pleine tractations, la France avait décidé en juillet de ne pas révéler toute l’histoire. Seul le nom de Fariba Adelkhah, divulguée par l’Iran, avait été confirmé par le Quai d’Orsay le 15 juillet. Experts et journalistes ont respecté le silence jusqu’à ce mercredi. France Inter fait le choix de donner ici plus de détails sur cette arrestation, en accord avec les proches de Roland Marchal. Le Quai d'Orsay a également communiqué dans la journée : "Nous avons eu l'occasion d'exprimer notre ferme condamnation et notre volonté de clarification auprès des autorités iraniennes". 

Nous souhaitons que les autorités iraniennes se montrent transparentes dans ce dossier, et agissent sans délai pour mettre fin à cette situation inacceptable. Les autorités françaises sont pleinement mobilisées, et le demeureront jusqu'à la libération de nos deux compatriotes" (Quai d'Orsay)

Deux arrestations, sans doute simultanées

Retour sur les événements. Lorsque Fariba Adelkhah est arrêtée à Téhéran début juin, elle est installée depuis plusieurs mois en Iran pour son travail. Cette anthropologue, spécialiste de l’Iran, âgée de 60 ans, est directrice de recherche au Centre de recherches internationales, le CERI-Sciences Po.

Le 5 juin, Jean-François Bayart, ex-directeur du CERI, un ami proche, s'inquiète du silence de Fariba Adelkhah sur WhatsApp, leur canal de communication habituel. Quelques jours plus tard, il reçoit un e-mail de la chercheuse, bizarrement formulé : elle n'en est manifestement pas l'auteure.

L’universitaire doit revenir à Paris le 25 juin. Là encore, silence. Et ce n’est pas dans ses habitudes, selon son entourage : Fariba Adelkhah contacte toujours Jean-François Bayart dès son retour en France. C'est à ce moment là que ses proches décident de contacter les autorités françaises. Fin juin, ils ont confirmation de la disparition de son compagnon, Roland Marchal, également chercheur au CERI, spécialiste des guerres civiles en Afrique subsaharienne, venu lui rendre visite au début du mois.

"Les activités de ces deux chercheurs sont strictement scientifiques. Aucun des deux ne se livre à des activités politiques en Iran"  

Les deux chercheurs sont en fait arrêtés presque au même moment, sans doute le 5 juin. Roland Marchal est interpellé à son arrivée à l’aéroport de Téhéran, pour, semble-t-il, suspicions d’atteinte à la sécurité de l’Etat. "Cette allégation n’a absolument aucun fondement", estime Jean-François Bayart : "Les activités de ces deux chercheurs sont strictement scientifiques". 

"Soumis à des interrogatoires intensifs"

Voilà donc plus de quatre mois que les deux Français sont détenus dans la célèbre prison d’Evin, à Téhéran. Roland Marchal est retenu dans l’aile des Gardiens de la révolution dans des conditions rudes. Toutefois, un avocat qui lui a rendu visite le 9 octobre a pu constater une amélioration de ses conditions de détention. Le chercheur a été transféré dans une cellule avec deux autres détenus parlant anglais. "Rien ne permet de penser qu’ils sont maltraités, néanmoins, avertit Jean-François Bayart, ils sont soumis à des interrogatoires intensifs".

Depuis le début de l’été, cette affaire est au cœur des relations franco-iraniennes. Emmanuel Macron l’évoque régulièrement lors de ses échanges avec les responsables iraniens, dont le président Hassan Rohani. Roland Marchal a droit à des visites consulaires, mais pas Fariba Adelkhah. En raison de sa double nationalité franco-iranienne, elle est considérée comme Iranienne par Téhéran et ne peut donc obtenir les mêmes droits.

Suspension des coopérations scientifiques

De leur côté, les chercheurs sont également mobilisés. Ils tentent de faire jouer des réseaux scientifiques de pays "amis" de l’Iran, en Afrique, en Russie, en Amérique latine.

Une des hypothèses est que ces détentions sont utilisées comme moyen de pression sur la France qui essaye de jouer les médiateurs dans la crise entre les Etats-Unis et l’Iran.

Pour le Fonds d’analyse des sociétés politiques (FASOPO), une association de chercheurs, Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont des "prisonniers scientifiques". Ils ont été "placés en détention pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur activité professionnelle et tout à faire avec des objectifs extra-scientifiques d’ordre politique ou 'géopolitique' auxquels ils sont complètement étrangers. (…) Ils sont les victimes d’une prise de gage cynique qui n’a rien à voir avec quelque action politique que ce soit de leur part".

La triste réalité est que les Gardiens de la Révolution les ont pris en gage pour on ne sait quel marchandage qui ne les concerne en rien, et selon un jeu de pouvoir tributaire du contexte régional qu’a créé l’administration Trump dans son bras de fer avec l’Iran (FASOPO)

Le FASOPO écrit dans un communiqué que la discrétion sur cette affaire aurait été préférable, "elle nous le semblait aussi au vu des expériences des collègues étrangers s’étant trouvés dans la même situation, qui soulignaient combien la mobilisation médiatique 'occidentale' avait été soit inutile, soit pire, contre-productive en risquant d’aggraver les conditions de détention des prisonniers scientifiques et les perspectives de libération". L'association, dont Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont membres fondateurs, demande la "libération immédiate" des deux Français, "et dans cette attente la suspension de toute coopération scientifique et culturelle avec l'Iran". 

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