Au Royaume Uni, alors que le Parlement s’apprête à rouvrir le débat sur le Brexit, la chaîne télé Channel 4 diffuse ce lundi soir un film choc. "Brexit, the uncivil war" promet de révéler les coulisses de la campagne de 2016, en montrant comment l’opinion britannique a été manipulée, notamment grâce aux réseaux sociaux

Benedict Cumberbatch à l'affiche de Brexit, the uncivil war
Benedict Cumberbatch à l'affiche de Brexit, the uncivil war © Radio France / .

Un téléfilm haletant, avec en vedette Benedict Cumberbatch dans le rôle du cerveau de la campagne en faveur du départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, arrive sur les écrans britanniques, quelques jours avant un vote crucial sur le Brexit au Parlement.  

"Brexit : The Uncivil War", qui sera diffusé ce lundi sur Channel 4, met en scène les personnages clés et les stratégies à l'oeuvre au cours de la campagne du référendum de 2016, avec un slogan : "Tout le monde sait qui a gagné. Mais peu de gens savent comment".

Benedict Cumberbatch, connu pour son interprétation de Sherlock Holmes dans une série de la BBC, incarne Dominic Cummings, le directeur de "Vote Leave", le groupe qui menait la campagne officielle en faveur du Brexit et a gagné le référendum malgré le soutien des grands partis politiques au maintien dans l'UE.

Dominic Cummings est totalement inconnu du grand public. Pas vraiment charismatique, loin d’avoir la prestance de Nigel Farage, ou Boris Johnson, les visages officiels de la campagne des eurosceptiques.  Pourtant Cummings apparaît, dans ce film, comme le véritable chef d’orchestre, avec une scène dans laquelle il donne aux militants des consignes pour convaincre : "Quand vous trouvez un électeur potentiel, vous le travaillez au corps. Une fois qu’il commence à plier, vous ne le lâchez pas ! Vous lui dites qu’on fera des 380 millions d’euros d’économies, et vous parlez de la Turquie ! 380 millions, et la Turquie ! Allez, encore ! (La foule répète) Encore et encore ! Soyez sans pitié !! "

Incarné a l’écran par Bénédic Cumberbatch, l’ancien conseiller du gouvernement, semble tour à tour totalement fou, ou complètement génial.  Il était donc temps de le mettre sous les projecteurs, explique le réalisateur, James Graham : "C’est Dominic Cummings et son équipe qui ont inventé le slogan sur les 380 millions d’euros qu’on récupérerait chaque semaine, et le slogan 'Reprenez le contrôle'. Il a utilisé les plates formes Internet, en dépensant la majorité de son budget pour des publicités numériques."

Et c’est probablement là le cœur du sujet. Au delà de la xénophobie, ou des mensonges, "The uncivil war" raconte l’émergence d’un nouveau combat politique, sur les réseaux sociaux. Il reprend brillamment les dernières révélations sur l’utilisation des données personnelles.  Carole Cadwalladr, est journaliste à The Observer, et c’est elle qui a enquêté sur Cambridge Analytica. "Le débat est devenu beaucoup plus polarisé, on a vu sur Internet se développer des débats bien plus toxiques , qui s’insinuent petit à petit dans le monde réel. Et j’ai l’impression que ça ne se passe pas seulement ici, mais partout dans le monde. C’est une manière de discréditer la vérité. C’est ce que fait Donald Trump, et il y a des gens ici qui utilisent les mêmes tactiques, pour aboutir exactement aux mêmes résultats."

Le film ne s’arrête pas sur tous les détails, sur la condamnation des organisations Vote Leave et Leave EU pour avoir dépassé les plafonds de campagne. Mais il brosse le portrait atroce et à peine exagéré d’une nation gouvernée par des charlatans et manipulée par des algorithmes.

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