La Première ministre britannique Theresa May a rencontré ce mardi la chef du parti unioniste DUP en vue d'une potentielle alliance. L'accord fait grincer des dents outre-Manche.

Arlene Foster, leader du DUP, et Theresa May, Premier ministre
Arlene Foster, leader du DUP, et Theresa May, Premier ministre © AFP / Justin TALLIS, Paul FAITH

La Première ministre britannique, Theresa May, n'a fait aucun commentaire à la presse mardi à l'issue de sa rencontre avec la présidente du Parti unioniste démocratique (DUP), Arlene Foster. Cette dernière, en revanche, a confié sur Twitter que les discussions s'étaient bien passées et qu'elle avait l'espoir de parvenir "rapidement" à un accord.

L'enjeu d'un pareil accord est colossal pour le parti travailliste et pour l'actuelle Première ministre : à l'issue des élections législatives anticipées de la semaine dernière, Theresa May a perdu la majorité absolue.

La dizaine de députés du DUP permettrait aux Tories, qui comptent actuellement 318 députés, d'atteindre le seuil de la majorité absolue de la Chambre des communes, à 326 sièges.

Passé anti-catholique

Seulement, cette potentielle alliance est loin de faire l'unanimité dans l'opinion publique britannique, et même dans les rangs du parti conservateur. Car le DUP, premier parti d'Irlande du Nord, a une réputation pour le moins sulfureuse. Accusé d'avoir collaboré avec des groupes paramilitaires anti-catholiques pendant les "Troubles" nord-irlandais qui ont commencé à la fin des années 60, ce mouvement créé en 1971 par l'évangéliste fondamentaliste Ian Presley est ultra-conservateur.

Souvent accusé de conspirationnisme, Ian Presley voyait l'Union européenne comme un complot catholique pour diriger l'Europe, et considérait que Jean-Paul II était l'antéchrist.

Anti-mariage gay, anti-avortement

Aujourd'hui, même si l'anti-catholiocisme s'est quelque peu dissipé, le DUP est notamment farouchement opposé à l'avortement. "Je ne veux pas que l’avortement soit aussi librement consenti comme il l’est en Angleterre", avait déclaré en 2016 Arlene Foster. Car aujourd'hui, en Irlande du Nord, pratiquer un avortement est puni par la loi (sauf s'il y a danger pour la mère). Même position radicale par rapport au mariage homosexuel, que le parti refuse catégoriquement.

L'idée d'une entrée de ce parti dans une coalition gouvernementale pose donc problème pour une partie de l'opinion. Une manifestation était organisée samedi 10 juin, près du 10 Downing Street, résidence du Premier ministre, pour demander que cette alliance n'ait pas lieu. Sur Internet, une pétition contre la "tentative désespérée et choquante de rester au pouvoir" de Theresa May a recueilli plus de 725.000 signatures. Et au sein même du parti conservateur, la chef de la section écossaise du parti a dit espérer des garanties pour la communauté LGBT en cas d'alliance.

Contre un "hard Brexit"

Pour passer outre ces prises de position radicales, le ministre de la Défense Michael Fallon a affirmé que "ce n'est pas parce que le DUP accepte de nous soutenir sur les questions économiques ou sécuritaires que nous sommes d'accord avec tout leur programme". Il a également affirmé qu'il ne s'agirait pas d'une véritable coalition, mais d'un accord pour s'assurer leur vote lors des mesures les plus importantes.

Mais il reste un problème : les Tories et le DUP ne sont pas non plus d'accord sur le Brexit, du moins sur la forme qu'il doit prendre. Car si le DUP, historiquement anti-européen, est favorable à une sortie de l'UE (contrairement à l'Irlande du Nord dans son ensemble qui avait voté "non" à 55,8% lors du référendum sur le Brexit), il refuse un "hard Brexit" qui reviendrait à fermer radicalement la frontière avec le reste de l'Irlande, pour ce qui est de la libre circulation des personnes, des marchandises ou des capitaux. Une question particulièrement au coeur des négociations pour un accord.

La question de la neutralité en jeu

Un éventuel accord entre les Tories et le DUP poserait également problème au niveau de l'Irlande du Nord : depuis les accords du Vendredi Saint qui ont mis fin aux "Troubles" en 1998, la région est dotée d'une assemblée indépendante, qui gère toutes les questions qui ne dépendent pas directement du Parlement britannique.

Le gouvernement se doit donc de faire preuve de neutralité envers les différentes forces de cette assemblée (essentiellement partagée entre unionistes, dont le DUP, et nationalistes ou indépendantistes) pour ne pas donner l'impression d'en favoriser l'une par rapport aux autres. L'entente avec le DUP pourrait remettre en question cette neutralité, à tel point que le Premier ministre nord-irlandais Enda Kenny a fait part de sa "préoccupation", la semaine dernière, face à ce projet.

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