RSF a eu accès à un fichier détaillant les arrestations, détentions, et exécutions infligées par les autorités iraniennes pendant 30 ans. C'est une plongée vertigineuse dans trois décennies de justice en Iran... ou plutôt de répression implacable.

l'ayatollah Khomeini avec ses partisans pendant la révolution iranienne en février 1978
l'ayatollah Khomeini avec ses partisans pendant la révolution iranienne en février 1978 © AFP / Gabriel Duval

Ce fichier révélé par Reporters sans frontières (RSF) contient 1 700 000 procédures judiciaires pour Téhéran et sa région. Elles détaillent des arrestations, des détentions et des exécutions arbitraires. Ces "Iranleaks" couvrent la période de 1979 à 2009, année de la réélection controversée à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. 

Ça été un travail de fourmi pour dépouiller ces 1,7 million de fiches.

explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, "mais nous sommes parvenus à établir qu’au moins 62 000 d’entre elles correspondent à des cas arbitraires de détentions politiques, d’arrestations politiques, voire d’exécutions politiques. »

Shirin Ebadi, avocate iranienne, prix Nobel de la paix en 2003 aux côté de Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières
Shirin Ebadi, avocate iranienne, prix Nobel de la paix en 2003 aux côté de Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières © Radio France / Christian Chesnot

Selon les données extraites du fichier, 20 000 opposants ont été liquidés physiquement. Dans cette machine répressive implacable, au moins 860 journalistes et journalistes citoyens, ont été arrêtés, détenus ou exécutés par le régime iranien entre 1979 et 2009. RSF cite le nom de Simon Farsami, correspondant de l’AFP et rédacteur en chef du Journal de Téhéran. Arrêté en mai 1980, il a été arrêté, emprisonné à la prison d’Evin avant d’être exécuté.

Les données de ce fichier gigantesque sont toujours en cours d’examen et d’analyse

L’avocate, Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003, dont le nom figure dans ce fichier judiciaire, participe à l’étude de ces "Iranleaks", dans le cadre d’un Comité pour l’observation et l’utilisation des données sur la justice iranienne.

"Notre objectif, explique-t-elle, c'est d'abord de découvrir la vérité, puis ensuite de mettre ce fichier à la disposition des Nations unies et d'autres organisations concernées les informations que nous avons obtenu. Notre première analyse montre très bien que le contenu de ce fichier est véridique et crédible."

Shirin Ebadi au siège de Reporters Sans Frontières à Paris le 7 février 2019
Shirin Ebadi au siège de Reporters Sans Frontières à Paris le 7 février 2019 © Radio France / Christian Chesnot

Pour Shirin Ebadi, la révélation de ce méga fichier met à mal la version du régime iranien qui prétend ne pas emprisonner pour des raisons religieuses. Or, la minorité des Baha’i -secte abrahamique monothéiste- est depuis le début de la révolution islamique harcelée par les services de sécurité.

"Le pouvoir affirme que les Baha'i ne sont pas en prison à cause de leur religion, mais à cause de leur propagande ou des activités contre la sécurité nationale, constate Shirin Ebadi. Ce sont des chefs d’inculpation fallacieux."

La répression a touché tout le monde : hommes, femmes, mineurs, etc. Pour Shirin Ebadi, "les victimes et leurs familles ont le droit de savoir ce qui s’est passé. Ces révélations ne sont qu’une goutte d’eau dans l'océan de la situation répressive en Iran."

L'ayatollah Khomeini, guide de la révolution iranienne, au pouvoir entre 1979 et 1989
L'ayatollah Khomeini, guide de la révolution iranienne, au pouvoir entre 1979 et 1989 © Radio France / Gabriel Duval

Une fois achevée l’étude et la compilation de toutes les données, le fichier sera transmis à Michèle Bachelet, la haute commissaire pour les droits de l’homme à l’ONU.

Les révélations de RSF montrent que la répression de l’opposition est une constante depuis les débuts de la révolution islamique en 1979.

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