À 47 ans, c'était un homme jeune qui, fin 1999, prenait les rênes de la Russie. Mais derrière Vladimir Poutine, se cachait une armée d’anciens, camarades du KGB, qui l’ont aidé à faire "le ménage". Désormais, il contrôle toute la Russie au nom de "la stabilité", pour éviter "le chaos". Il est le chef et pour longtemps.

A Moscou, on vend des bustes de Vladimir Poutine (au premier plan). En arrière plan, celui de son prédécesseur historique, Boris Eltsine.
A Moscou, on vend des bustes de Vladimir Poutine (au premier plan). En arrière plan, celui de son prédécesseur historique, Boris Eltsine. © AFP / Dimitar Dilkoff

Un amendement à la loi fondamentale, ajouté mardi à la surprise générale à une réforme plus vaste, permettra à l'homme fort de la Russie, Vladmir Poutine, de "réinitialiser" son compteur de mandats présidentiels, afin de lui donner le droit de se représenter en 2024 et 2030. La Cour constitutionnelle doit valider la manœuvre. Mais ainsi, Poutine pourra continuer à régner, comme il le fait depuis plus de vingt ans, en alternant entre président de la Fédération de Russie et chef du gouvernement russe. 

Le 31 décembre 1999, quand Vladimir Poutine arrive au pouvoir, le clan Eltsine et avec en particulier Alexandre Volochine, le chef de l'administration présidentielle, pense pourtant avoir trouvé la solution pour préserver le Kremlin des affaires, des scandales. Un jeune, Vladimir Poutine, 47 ans, totalement inconnu et plutôt malléable.

Énorme erreur. Car les principaux "amis" de Poutine, ses anciens collègues, gravitent dans la structure de sécurité d'État soviétique. Ce sont des "kaguébistes", une façon de désigner ceux qui, membres de la Tchéka en 1917, du Guépéou en 1922, du NKVD en 1934, du MGB en 1946, du KGB en 1954 et du FSB dans la Russie de 1991, ont alimenté les services secrets. 

À partir de 2000, le président Vladimir Poutine remplace petit à petit les libéraux et les démocrates du temps d'Eltsine par des hommes sûrs : des anciens membres du KGB. Un "coup d'État" sécuritaire qui se fait en silence, dans la plus totale discrétion. Très vite, Poutine est solidement vissé au pouvoir, dans un contexte où le peuple russe, fatigué des changements et du chaos de l'époque Eltsine, désire souffler.

Au programme, la "stabilnost"

Ce que Vladimir Poutine offre alors à ses administrés, c’est une politique de "stabilnost". C’est cette stabilité qui a permis à Vladimir Poutine de ne pas compter les années au Kremlin. Si, en 2008, il donne la présidence à Dmitri Medvedev pendant quatre ans, c’est en gardant le pouvoir, au gouvernement comme Premier ministre. Depuis 2012, Vladimir Poutine a toujours trouvé les mots pour rester au pouvoir.

Et désormais, avec l’aval de la Douma, il n’aura plus de limite. Quitte à confondre stabilité et immobilisme. Avec le même homme au pouvoir depuis vingt ans et, peut-être, pour les vingt années suivantes, dans la tradition du pouvoir absolu héritée du tsarisme, du "vojd" de Staline (le "guide", "le chef unique", "le leader").

En Russie, les années de pouvoir ne comptent pas. Ce qui compte, en revanche, c'est que "le chef" soit là pour guider le peuple.
En Russie, les années de pouvoir ne comptent pas. Ce qui compte, en revanche, c'est que "le chef" soit là pour guider le peuple. © AFP / Dimitar Dilkoff

Ici, les années de pouvoir ne comptent pas. Ce qui compte, en revanche, c'est que "le chef" soit là pour guider le peuple. Une approche qui creuse un fossé entre la Russie et ses voisins qui, à l’exception de l’Azerbaïdjan, où Heydar Aliev, un ancien général du KGB de l'Union soviétique, a installé un régime similaire, les habitudes politiques sont totalement différentes.

Un cas presque isolé

Les Pays baltes, de culture protestante (pour l'Estonie et la Lettonie) ou catholique (pour les Lituaniens), sont tournés vers l'Ouest et vers l'Europe. Ils ne connaissent pas la tradition du "chef". Même chose en Ukraine, qui n’a jamais connu de "guide". Les chefs ukrainiens, cosaques, étaient tous élus, avant que les tsars russes n’arrivent, dans une partie du pays, au XVIIIe siècle.

Ce pouvoir très centralisé, dans les mains d'un seul homme, éloigne la Russie de ses voisins de l'Ouest, mais aussi de l’Europe. Du moins tant qu’elle n’a pas trouvé le "vojd" qui la guidera vers la démocratie européenne.

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