Le "Vladivostok", commandé par la Russie aux chantiers navals français
Le "Vladivostok", commandé par la Russie aux chantiers navals français © Radio France / Olivier Bénis

INFOGRAPHIE - Le bras de fer entre la France et la Russie continue au sujet de la livraison du navire de guerre Mistral. L'Elysée affirme que les conditions de cette livraison "ne sont pas à ce jour réunies". À Saint-Nazaire, on s'inquiète.

Ukrainiens et Russes ont beau annoncer qu'ils sont proches d'un accord, la France durcit le ton. A la veille d'un sommet de l'Otan au Pays de Galles, l'Elysée suspend la livraison du premier navire de guerre Mistral vendu à la Russie et produit par les chantiers STX de Saint-Nazaire. La Russie en a commandé deux. Le contrat est suspendu jusqu'au mois de novembre selon une source diplomatique française. Le premier porte-hélicoptères devait être livré en octobre. Cette décision a été annoncée par un communiquée de la Présidence :

Le Président de la République a constaté que malgré la perspective d'un cessez-le-feu qui reste à confirmer et à être mis en oeuvre, les conditions pour que la France autorise la livraison du premier BPC (Bâtiment de projection et de commandement) ne sont pas à ce jour réunies

Selon l'Elysée, les actions menées par la Russie dans l'Est de l'Ukraine "contreviennent aux fondements de la sécurité en Europe". Jusqu'à présent, François Hollande estimait que le niveau des sanctions contre Moscou ne permettait pas de suspendre un contrat d'1,2 milliard d'euros.

La France suspend la livraison du Mistral à la Russie
La France suspend la livraison du Mistral à la Russie © IDÉ

Sous la pression américaine ?

La France change donc de doctrine. Une décision qui intervient alors que Washington a, comme en mai dernier, dénoncé la vente par la France de navires de guerre à la Russie. Moscou est accusée de participer directement aux combats dans l'Est de l'Ukraine.

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D'ailleurs les Etats-Unis ont salué mercredi "la sage décision" prise par la France de suspendre cette livraison. Ce contrat ulcérait Washington depuis des mois en raison de la crise en Ukraine. La porte-parole du département d'Etat Jennifer Psaki a repris les termes du communiqué de la présidence française annonçant la suspension du contrat.Barack Obama a exprimé "le soutien" de Washington à la décision française (au micro de Frédéric Carbonne)

Cette suspension pourrait avoir des répercussions commerciales et diplomatiques. Les experts craignent que d'autres contrats de matériel militaire soient menacés, les acquéreurs potentiels pourraient douter de la fiabilité des engagements de la France.Quelle crédibilité pour la signature de la France ? C'est la question que pose le député UMP Thierry Mariani

Les conséquences économiques pour la France pourraient aussi être lourdes, surtout si la livraison est finalement annulée. Car tout était prêt, 400 marins russes s'entraînent depuis le mois de juin à Saint-Nazaire, et le navire était en phase de finalisation. C'est aussi un contrat majeur pour les chantiers STX de Saint-Nazaire, qui ont maintenu leur activité, parfois difficile, à flots pendant des mois.Sur place les ouvriers sont stupéfaits de cette décision : le reportage d'Anne Patinec

Pour Christophe Morel, délégué CFDT, c'est "un coup de tonnerre"

Le premier navire est terminé, pour le second il reste encore beaucoup de travail... Et l'emploi local pourrait être directement menacé si l'on interrompt totalement la construction.

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