L'attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, est considéré comme le déclencheur du génocide qui a fait 800 000 morts au Rwanda, principalement dans la minorité tutsi. Mais faute de "charges suffisantes", les juges d'instruction ont rendu une ordonnance de non-lieu.

Un soldat du Front patriotique rwandais inspecte le site sur lequel s'est crashé l'avion du président rwandais quelques jours plus tôt.
Un soldat du Front patriotique rwandais inspecte le site sur lequel s'est crashé l'avion du président rwandais quelques jours plus tôt. © Getty / Scott Peterson

Qui a tiré un missile sur l'avion du président Habyarimana ? On ne le saura peut-être jamais. Dans cette affaire, la justice française, saisie en 1998 par la famille d'un pilote de l'avion, est d'abord partie sur la piste des rebelles du FPR, le Front patriotique rwandais (à majorité tutsi). Des témoignages désignent des proches de Paul Kagame, le chef de la rébellion. 

En 2006, le juge Bruguière ordonne des mandats d'arrêts, ce qui tend fortement les relations entre Paris et Kigali car, entretemps, Paul Kagame est devenu président du Rwanda.

En 2007, l'instruction est reprise par Marc Trévidic. Le magistrat revient à la base : l'expertise des restes de l'avion. Les constatations prouvent que les témoins ont menti. Le missile qui a abattu le Falcon 50 transportant le président Habyarimana (et son homologue burundais) alors qu'il était en phase d'atterrissage à Kigali, pourrait avoir été tiré depuis le camp du président Habyarimana.

Le président a-t-il été tué par les rebelles tutsis ou par des extrémistes hutus qui le trouvaient trop modéré ? La justice française n'a pas pu rassembler assez d'éléments solides, dans un sens ou dans un autre.

Sur fond de rivalités politiques exacerbées, avec des témoins qui mentent, refusent de parler, voire disparaissent, le non-lieu était inéluctable, commente un bon connaisseur du dossier, pour qui il est faux de faire de cet attentat la cause du génocide des Tutsis. Selon lui, le génocide était programmé : l'assassinat du président Habyarimana n'a été que l'étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Les parties civiles vont faire appel de cette ordonnance

MePhilippe Meilhac, avocat de la veuve de l'ex-président, affirme que sa cliente "n'entend pas baisser les bras" et qu'il va fait appel de cette décision. Pour Me Meilhac _"Ce dossier n'est plus prioritaire pour la justice française, c'est comme ça que mes clients peuvent le ressentir. En plus de ça il y a naturellement un contexte politico-diplomatique qui est particulièrement lourd. Les autorités rwandaises auxquelles appartiennent les personnes mises en examen, ont tout fait depuis 25 ans, pour que la vérité ne jaillisse pas."  Pour l'avocat d'Agathe Habyarimana : "Il faut que la justice française soit capable de dépasser tout ça et d'organiser un procès."_

Le génocide au Rwanda
Le génocide au Rwanda © AFP / Alain BOMMENEL, Paz PIZARRO
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