Le président américain l’a de nouveau sous-entendu lors du débat mardi soir face à Joe Biden : il pourrait ne pas accepter de quitter la Maison-Blanche en cas de défaite électorale. C’est loin d’être sa première déclaration en ce sens : on trouve des indices de cette stratégie dans des discours remontant à 2016…

Donald Trump le 29 septembre lors du premier débat de la campagne présidentielle
Donald Trump le 29 septembre lors du premier débat de la campagne présidentielle © AFP / Saul Loeb

Donald Trump va-t-il accepter le verdict des urnes au soir du 3 novembre prochain si les résultats lui sont défavorables ? Le président en place prend soin d'instiller le doute sur la question depuis plusieurs semaines. La possibilité de ne pas accepter le verdict des urnes est même une thématique récurrente dans son discours. En voici quelques exemples.

29 septembre 2020 : "On pourrait ne pas connaître le résultat avant des mois"

Même face à Joe Biden, lors du débat entre les deux candidats, Donald Trump a refusé de dévoiler ce qu’il ferait en cas de défaite. Là où son adversaire démocrate a assuré "Si ce n’est pas moi, je reconnaitrai le résultat", le président sortant a lui esquivé la question. Il préfère rediriger l’attention sur le risque de fraudes, important selon lui. "On pourrait ne pas connaître (les résultats) avant des mois", assure-t-il. Tout en concluant, comme une menace : "Ça va mal finir."

23 septembre 2020 : "Débarrassons-nous de ces bulletins et ce sera très pacifique"

Une position qu’il a de nouveau rappelée lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, le 23 septembre dernier. À nouveau pressé de dire s’il accepterait le résultat de l’élection en cas de défaite, Donald Trump botte en touche : "Il va falloir que nous voyions ce qui se passe."

Assurera-t-il, comme le veut la tradition politique américaine, un "transfert sans violence du pouvoir" ? Le président américain sous-entend alors que tout dépendra du résultat du vote par correspondance, appelant même à annuler tous les bulletins obtenus par ce biais : "Débarrassons-nous de ces bulletins et ce sera très pacifique, il n’y aura pas de transfert vraiment, ce sera une continuation."

Une réaction qui indigne jusque dans son camp : le républicain Mitt Romney a taclé le président, rappelant que "la transition pacifique du pouvoir est fondamentale à la démocratie, sinon c’est la Biélorussie. Qu’un président sous-entende qu’il pourrait ne pas respecter la Constitution est impensable et inacceptable."

17 août 2020 : "La seule manière dont on peut perdre cette élection, c’est si elle est truquée"

Devant des supporters dans le Wisconsin, au même moment que l’ouverture de la Convention nationale démocrate, Donald Trump appelle à être "très vigilant". "La seule manière dont on peut perdre cette élection, c’est si elle est truquée. Souvenez-vous de ça ! C’est la seule manière, ils ne gagneront que comme ça. Et on ne peut pas le permettre."

Quelques jours plus tard, au Comité national républicain le 24 août, le candidat républicain enfonce le clou et s’inquiète à nouveau d’un risque de fraude électorale à son détriment. Il promet à demi-mot des contestations du scrutin jusqu’au niveau local : "Il y a des tribunaux dans tout le pays, et j’espère que nous avons aussi des juges qui agiront de manière impartiale. S’ils agissent de manière impartiale, nous allons gagner cette élection."

21 août 2020 : "On n'aura jamais le résultat de l'élection le 3 novembre"

L’un des arguments favoris de Donald Trump pour justifier ses doutes sur la bonne tenue de l’élection, c’est donc le vote par correspondance. Il estime qu’il favorise les démocrates, et fait donc tout pour jeter le discrédit sur cette méthode. Pour lui, a minima, le vote par correspondance va considérablement retarder les résultats.

"On n’aura jamais un résultat de l’élection le 3 novembre. On ne va selon moi pas pouvoir savoir comment se termine cette élection pendant des semaines, des mois, peut-être jamais !", assène le président américain, lors d’un discours près de Washington. Il estime que ce délai servira aux démocrates pour fausser le résultat. "Nous n'y sommes pas préparés, 51 millions de bulletins. Cela va être extrêmement humiliant pour notre pays."

19 juillet 2020 : "Il faudra que je voie"

À quatre mois d'un scrutin qui s'annonce difficile pour lui, Donald Trump décide déjà de laisser planer le doute. Acceptera-t-il le verdict des urnes ? Lors d’une interview accordée à Fox News, alors que le journaliste lui demande "une réponse directe", il surjoue l’hésitation. "Il faudra que je voie."

"Je ne suis pas un bon perdant, je n’aime pas perdre", reconnaît Donald Trump. "Il faudra que je voie. Je ne vais pas vous répondre oui, et je ne vais pas vous répondre non, et je ne l’avais pas fait non plus la dernière fois."

20 octobre 2016 : "J’accepterai totalement les résultats… Si je gagne !"

Cette attitude est tout sauf nouvelle : dans les derniers jours de la campagne de 2016, lors de la présidentielle précédente, celui qui était alors candidat à la plus haute fonction américaine laissait déjà planer le doute sur sa capacité à contester un éventuel échec. Lors d’un meeting dans l’Ohio, il lance ainsi à la foule une petite blague qui, depuis, laisse songeur. "Je souhaite promettre à tous mes électeurs et supporters, et à tout le peuple des États-Unis, que j’accepterai totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle", assurait-il, avant d’ajouter sarcastiquement après une petite pause : "… Si je gagne !"

D’ailleurs, malgré sa victoire au scrutin indirect, le nouveau président avait rapidement contesté le résultat "populaire", le décompte des voix qui démontrait que plus d’Américains avaient voté pour Hillary Clinton que pour lui. Donald Trump avait alors évoqué "3 millions d’’immigrants illégaux" qui auraient voté frauduleusement pour la candidate démocrate.

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