Pour l'expert en stratégie militaire Pierre Servent, détruire les groupes djihadistes qui agissent au Sahel reste l'une des priorités forces militaires engagées. Et en éliminant leurs chefs, c'est toute la structure que l'on désorganise, même s'il semble encore difficile de l'éradiquer.

La France a annoncé vendredi la "neutralisation" au Mali par sa force Barkhane d'un cadre opérationnel djihadiste de tout premier plan lié à Al-Qaïda.
La France a annoncé vendredi la "neutralisation" au Mali par sa force Barkhane d'un cadre opérationnel djihadiste de tout premier plan lié à Al-Qaïda. © AFP / Souleymane Ag Anara

C'est un "cadre historique de la mouvance djihadiste au Sahel" qui a été "neutralisé" par la force Barkhane au Mali, a déclaré vendredi la ministre des Armées Florence Parly. Bah Ag Moussa était considéré comme le responsable d'attaques majeures contre les forces maliennes, dont une en juillet 2016 et l'autre en mars 2019, qui avaient fait plus de 20 morts chacune. Et son nom revenait avec insistance dans plusieurs attaques en 2020.

Lors de la visite à Bamako fin octobre du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane, avait défendu "la nécessité d'une offre de dialogue avec les groupes armés" djihadistes au sein du "dialogue national inclusif", vaste concertation nationale tenue fin 2019. Mais l'opération menée contre Ag Moussa laisse penser que la position de la France diffère, explique Pierre Servent, expert en stratégie militaire. 

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FRANCE INTER : Avec l'élimination du Malien Bah Ag Moussa, un proche d'Iyad Ag Ghali, leader du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, quel message la France envoie-t-elle ? 

PIERRE SERVENT : "Le signal que la France envoie, c'est que le combat contre la nébuleuse djihadiste au Sahel se poursuit. Il est marqué ces derniers temps par trois mouvements importants : l'élimination d'Abdelmalek Droukdel, qui était le chef historique d'Al-Qaïda au printemps, l'opération de la fin octobre, beaucoup plus massive, où des dizaines de combattants djihadistes ont été mis hors de combat, c'est à dire tués et neutralisés ou blessés, et maintenant, c'est un des bras droits d'Iyad Ag Ghali – le représentant du canal historique Al-Qaïda, en quelque sorte –, Bah Ag Moussa, ancien officier de l'armée malienne, qui se trouve mis hors de combat."

"L'opération montre que malgré les troubles politiques, les tensions à Bamako pour arriver à sortir de la crise politique, Barkhane, les Forces spéciales, les Forces armées du Mali, du Niger, la Minusma [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, ndlr], font le boulot."

Peut-on vraiment espérer démanteler la nébuleuse djihadiste au Sahel en éliminant ses chefs ? 

"On dit souvent que les opérations de décapitation de ces groupes ne sont pas efficaces parce que la tête a tendance à se reconstituer. Ce n'est pas vrai. La nébuleuse djihadiste conserve ses métastases, mais l'objectif, c'est vraiment de désorganiser le mouvement. En fait, chaque fois que des figures importantes, historiques, comme Abdelmalek Droukdel ou Ag Mouss sont tuées au combat, ça désorganise les liens au sein de leurs réseaux."

Qu'il s'agisse d'opérations très pointues, à base de renseignements très fins, ou d'opérations plus larges de Barkhane, tout ceci contribue à désorganiser les différentes structures qui relèvent de l'État islamique ou d'Al-Qaïda. Et ce combat se poursuit et il désorganise la structure. Par exemple, cela fait parfois monter des jeunes chefs plus brutaux, plus radicaux, qui vont se trouver confrontés à des oppositions internes."

"Mais d'un autre côté, le mouvement djihadiste constitue une structure très décentralisée, une nébuleuse avec différents groupes de combat. La menace djihadiste terroriste ne peut donc pas disparaître complètement." 

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