Depuis les débats lancés notamment en 2020 par le mouvement Black Lives Matter, des statues d'anciennes personnalités esclavagistes sont déboulonnées aux États-Unis. À San Francisco, le conseil scolaire va plus loin en décidant de débaptiser 44 écoles.

Le lycée Abraham Lincoln de San Francisco devra être rebaptisé
Le lycée Abraham Lincoln de San Francisco devra être rebaptisé © AFP / JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Le conseil scolaire de San Francisco donne son feu vert pour débaptiser 44 établissements qui portant des noms de personnalités au passé esclavagiste, ou ayant pris des décisions allant à l'encontre des droits des Amérindiens ou des femmes. Le conseil scolaire a voté à une très large majorité pour ce bouleversement. 

Pères fondateurs, conquistadors, auteurs et personnalités toujours vivantes sont concernées

Finis George Washington, James Madison. Même Abraham Lincoln, qui a pourtant aboli l'esclavage, sera effacé du fronton d'un lycée. C'est la manière dont il a traité les Amérindiens qui lui vaut aujourd'hui cette "répudiation". Durant son mandat, l'armée s'est engagée dans des batailles très dures contre les Amérindiens. Il a donné son aval à la pendaison de 38 Sioux en 1862. Il s'agit de la plus grande exécution publique de l'histoire des États-Unis.

De leur coté, Thomas Jefferson et l'auteur de l'hymne national “Star Spangled Banner” Francis Scott Key, tous deux ayant possédé des esclaves, et le missionnaire espagnol Junipero Serra qui a soutenu l'oppression des Amérindiens, font également partie de la liste .

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Le nom de la sénatrice démocrate de San Francisco Dianne Feinstein, maire de San Francisco de 1978 à 1988, toujours en vie, sera supprimé de l'école primaire où il apparaît. La raison ? Il y a quarante ans, un drapeau des États confédérés flottait devant l'hôtel de ville alors que Dianne Feinstein était maire. Les États confédérés étaient les  États esclavagistes au temps de la ségrégation raciale. Le drapeau avait été arraché par un groupe de manifestants, mais Dianne Feinstein l'avait fait remplacer. 

"On ne devrait pas donner des noms de personnalités aux écoles", selon l'un des conseillers. "C’est faire des héros de simples mortels. Il faut que la manière dont nous décidons des noms de nos écoles reflète nos véritables valeurs."

Officiels, parents, élèves et même anciens élèves ont débattu pour décider si les établissements scolaires de la ville devaient désormais porter des noms n'ayant aucun lien avec l'esclavage, l'oppression de minorités, le racisme etc.

Un groupe de travail composé de 12 membres (élèves, parents, enseignants) a émis ses recommandations proposant de supprimer les noms de personnalités ayant "pratiqué l’esclavage, opprimé les femmes, empêché le progrès social, mené des actions ayant conduit à un génocide".

C'est sur les recommandations de ce groupe de travail que le conseil scolaire s'est finalement exprimé par 6 voix contre 1. 

Une décision loin de faire l'unanimité

Cette décision du conseil scolaire intervient après deux ans de controverse. “Il s'agit d'un message pour nos familles, nos élèves et notre communauté”, explique un membre dans le quotidien San Francisco Chronicle. "Ce n'est pas qu'un symbole. C'est un message moral.”

Mais les critiques pleuvent. De nombreux habitants se plaignent du fait qu'aucun historien n'ait été impliqué dans cette décision, et reprochent un manque d'information du conseil scolaire. Par exemple, le conseil aurait eu du mal à savoir si la Roosevelt Elementary School porte son nom en hommage au président Theodore Roosevelt (1901-1909) ou au président Franklin Delano Roosevelt (1933-1945).

La maire actuelle de San Francisco, London Breed, a elle même publié un communiqué à la suite du vote du Conseil scolaire, estimant que l'urgence actuelle n'est pas de renommer les écoles, même s'il s'agit d'un vrai sujet :

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London Breed s'était déjà exprimée il y a quelques mois sur le sujet, estimant “offensant pour quelqu'un comme moi qui est allée à l'école publique, qui adore nos écoles publiques, et qui sait à quel point ces années dans ces classes m'ont arrachée à la pauvreté et m'ont conduite à l'université. C'est également offensant envers nos enfants scotchés actuellement devant des écrans jour après jour au lieu d'apprendre et de grandir avec leurs copains."

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Donald Trump avait attisé la polémique et l'avait mise sur le devant de la scène nationale lorsqu'il était président, jugeant l'intention de renommer les établissements scolaires "ridicule et injuste".

La presse évalue le coût de la mesure de changement de nom à un million de dollars. Or, le district scolaire de San Francisco est déjà lourdement endetté.

Les représentants des familles et du personnel de chaque établissement concerné ont jusqu'au 19 avril pour suggérer un nouveau nom qui sera alors soumis à un vote du Conseil scolaire.

Un mouvement initié dans tout le pays

Les nombreuses manifestations contre les brutalités policières et pour l'égalité entre les noirs et les blancs ont rassemblé aux États-Unis plus de manifestants que lors des mouvements des droits civiques dans les années 1950 et 1960.

À Boston, une statue d'Abraham Lincoln, un esclave à ses pieds (dont l'interprétation est sujette à controverse) a été déboulonnée en décembre 2020 sur décision du conseil municipal après une pétition. Il s'agissait de la copie d'une autre statue dans la capitale, Washington, qui, elle, est toujours en place.

D'ailleurs San Francisco a déjà ôté le nom de personnalités pour raisons politiques. En 2019, une peinture représentant George Washington et datant de 1936 représentant des noirs et des Amérindiens de manière "déshumanisante".  Une aire de jeu s'est également vue renommer après avoir été débaptisée du nom d'un politicien anti-Chinois. La ville a également fait déboulonner une statue érigée en son temps à la gloire de l'oppression des Amérindiens.