[scald=99831:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Sauf situation d'urgence, Nicolas Sarkozy a sans doute vécu jeudi et vendredi sa dernière réunion au sommet des Vingt-Sept avant l'élection présidentielle française des 22 avril et 6 mai, et a livré à cette occasion une sorte de testament européen.

Le président français, qui a joué avec la chancelière allemande Angela Merkel un rôle moteur dans la gestion des tourmentes financières qui ont ébranlé l'Europe depuis 2008, s'est réjoui de ce que ce soit le premier sommet, depuis août 2011, qui ne soit pas qualifié "de crise".

"Nous ne sommes pas sortis de la crise économique mais nous sommes en train de tourner la page de la crise financière, a-t-il dit à la presse. C'est donc un immense soulagement."

"Maintenant, il nous faut mettre toutes nos forces sur la résorption de la crise économique", a ajouté Nicolas Sarkozy, pour qui la solution n'est pas simplement dans la discipline budgétaire mais aussi dans l'amélioration de la compétitivité.

Une façon de tracer un bilan et une feuille de route à l'issue d'un quinquennat marqué par un nouveau traité institutionnel européen sous l'impulsion de Paris, une présidence française de l'Union européenne (UE) généralement saluée comme un succès mais, surtout, trois ans et demi de violents soubresauts financiers et économiques.

Nicolas Sarkozy, à la traîne dans les sondages derrière le candidat socialiste François Hollande, a refusé de considérer que ce pouvait être son tout dernier Conseil européen.

Il a également écarté l'idée de briguer la succession de José Manuel Barroso ou de Herman Van Rompuy à la présidence de la Commission européenne ou du Conseil européen en cas de défaite dans les urnes, le 6 mai prochain.

DE QUOI S'OCCUPER CINQ ANS

"J'ai encore de quoi m'occuper cinq ans de l'Europe sans être à la place de M. Barroso ou de M. Van Rompuy", a-t-il dit.

"Clairement se mettent en place ce qu'il faut bien appeler deux Europe dans une seule, l'Europe de la monnaie unique et l'Europe de l'union politique, a-t-il ajouté. On a mis en place des outils. Il faut maintenant les utiliser à plein."

Il a énuméré les chantiers qui doivent, selon lui, être poursuivis ou ouverts au sein de l'UE.

Il a ainsi prôné la définition d'une nouvelle politique commerciale de l'Europe et souhaité que soit "clairement posée" la question des pays d'Asie qui ne veulent pas ouvrir leurs marchés publics aux entreprises européennes.

Il a plaidé pour une politique anti-dumping, notamment pour l'acier, et estimé que la politique de concurrence de l'UE était "complètement à repenser".

Il a aussi cité le chantier de l'harmonisation fiscale, la politique industrielle, la construction d'une défense européenne et d'une politique commune de l'immigration, la réforme du fonctionnement de l'espace de Schengen et les relations de l'Union avec les autres pays méditerranéens.

"Est-ce que l'Europe doit porter des valeurs ? Je le crois. Montrer l'exemple ? Je le pense, a-t-il ajouté. C'est la mise en place d'une taxe sur les transactions financières, c'est la défense de la démocratie et des droits de l'homme, hier en Libye aujourd'hui en Syrie."

Il est convenu à ce propos qu'il avait une "vraie différence de sensibilité" avec le chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton: "Il y a ceux, dont Mme Ashton, qui pensent que le rôle de l'UE est essentiellement humanitaire, et ceux, dont je suis, qui pensent que le rôle de l'UE est essentiellement politique."

"À LA PROCHAINE FOIS"

Il a réaffirmé que, s'il était réélu, il n'entendait pas faire ratifier par référendum le traité sur un nouveau pacte budgétaire que les pays de l'UE, à l'exception de la Grande-Bretagne et de la République tchèque, ont signé vendredi.

Ce texte "relève à l'évidence de la compétence du Parlement et donc je le soumettrai au vote du Parlement", a-t-il dit, répétant ainsi qu'il ne suivrait pas l'exemple de l'Irlande.

François Hollande a pour sa part dit vouloir renégocier ce traité pour y introduire une dimension croissance économique.

La majorité sénatoriale française a par ailleurs basculé à gauche l'automne dernier, tandis que les députés socialistes se sont abstenus lors d'un récent vote à l'Assemblée nationale sur le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Nicolas Sarkozy a cependant dit ne pas croire que "les européens qui se trouvent sur tous les bancs de l'Assemblée comme du Sénat prendraient la responsabilité d'empêcher la mise en place du gouvernement économique de l'Europe".

Une fois "les exaltations de la campagne" passées, "chacun reviendra à une plus juste appréciation des enjeux, je l'espère en tout cas", a ajouté le chef de l'Etat, pour qui il n'y aura pas de renégociation du traité, quoiqu'il arrive.

Bien qu'il ait été à Bruxelles avec sa casquette de chef de l'Etat, le candidat en campagne n'était pas loin.

"Si les Français me confient un second mandat je l'exercerais avec la même passion et le même engagement", a-t-il dit, avant de saluer un peu plus tard les journalistes d'un sonore "à la prochaine fois !" à la fin de sa conférence de presse.

Edité par Yves Clarisse

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