[scald=103323:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Un document semblant étayer la thèse d'un financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 par le défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi figure depuis octobre au dossier d'une enquête judiciaire, a-t-on appris lundi, mais aucune preuve ne l'authentifie.

Publié par le site internet Mediapart, cette note a été rédigée par un témoin devenu enquêteur privé, Jean-Charles Brisard, qui rapporte les supposés propos d'un deuxième homme, lui-même censé avoir eu connaissance d'un versement de 50 millions d'euros par le régime Kadhafi.

Interrogé sur TF1 lundi soir, Nicolas Sarkozy a qualifié l'accusation de "grotesque" et s'est emporté contre la journaliste Laurence Ferrari qui lui rappelait que le fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al Islam, avait lui-même parlé en 2011 de ce supposé financement occulte.

"Je suis désolé pour vous que vous soyez la porte-parole du fils de Kadhafi, franchement, je vous ai connue dans un meilleur rôle", a-t-il dit.

"Quand on cite M. Kadhafi qui est mort, son fils qui a du sang sur les mains, qui est un régime de dictateurs, d'assassins, dont la crédibilité est zéro, et quand on reprend à son compte les questions qu'ils posaient, franchement je pense qu'on est assez bas dans le débat politique", a-t-il conclu.

L'équipe du candidat socialiste François Hollande n'a pas souhaité commenter l'affaire, mais un porte-parole, Bernard Cazeneuve, a rappelé que Mouammar Kadhafi avait été reçu à Paris en grande pompe en 2007 après l'élection de Nicolas Sarkozy.

"Chacun a pu légitimement s'étonner des conditions dans lesquelles Kadhafi avait été reçu par l'actuel pouvoir il y a de cela encore peu de temps", a-t-il dit aux journalistes.

UNE INTERVENTION DE TAKIEDDINE ?

Le document en question a été versé en octobre au dossier de l'enquête sur un attentat ayant tué onze Français à Karachi, au Pakistan en 2002, affaire derrière laquelle se profile une supposée corruption en marge de la présidentielle de 1995.

Mis en examen dans ce dossier, pour son rôle dans la supposée corruption, l'homme d'affaires libanais Ziad Takieddine a joué par la suite un rôle d'intermédiaire économique entre la Libye et la France à l'époque où Kadhafi était en place, jusqu'à l'insurrection qui devait conduire à sa mort le 20 octobre.

La note publiée par Mediapart, datée du 20 décembre 2006, rapporte de supposés propos de Didier Grosskopf, l'ancien médecin personnel de Ziad Takieddine, qui l'a accompagné à plusieurs reprises en Libye et l'accuserait d'avoir fait financer la campagne de Nicolas Sarkozy.

Il y est question, en style télégraphique, de Brice Hortefeux, du fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al Islam, et de comptes off-shore, mais rien n'authentifie cette note.

Ziad Takieddine, qui a revendiqué cette semaine un rôle d'intermédiaire en Libye dans un livre intitulé "L'ami encombrant", dément tout financement de la campagne Sarkozy.

"(Mediapart) est le site le plus menteur qui puisse exister dans toutes les civilisations. Jamais, au grand jamais, je peux dire qu'il y ait quelque chose dans ce style qui se soit passé, même pour le moindre centime", a-t-il dit sur France 24.

En mars 2011, au début de l'intervention militaire pilotée par la France et le Royaume-Uni en Libye, Saïf al Islam avait mis en cause Nicolas Sarkozy dans un entretien à Euronews.

"Il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. C'est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler", avait-il dit.

"Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, et les opérations de transfert. Nous révélerons tout prochainement", avait-il ajouté.

Il n'en a rien fait à ce jour. Il est aujourd'hui prisonnier du nouveau régime libyen et devrait être prochainement jugé pour meurtres notamment. Il encourt la peine de mort.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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