Le Premier ministre libyen rencontre ce mercredi à la mi-journée Emmanuel Macron après un détour par Rome et Berlin. Cette offensive diplomatique de Fayez El Sarraj vise à rallier le maximum de soutiens en Europe face à son rival Khalifa Haftar qui a lancé le 4 avril une offensive pour conquérir la capitale Tripoli.

En venant à Paris, Fayez Al Sarraj espère obtenir des éclaircissements de la part de la France
En venant à Paris, Fayez Al Sarraj espère obtenir des éclaircissements de la part de la France © AFP / Newscom//EFE/Etienne LAURENT

Lorsqu'il débarque en mars 2016 dans le port de Tripoli, Fayez El Sarraj a pour ambition de pacifier son pays. Trois ans plus tard, il se retrouve assiégé et isolé dans la capitale libyenne. 

Issu d'une grande famille tripolitaine, conservatrice et aisée, cet ancien architecte de formation, né en 1960, se lance sur le tard en politique. Il est élu au Parlement en 2014 et perpétue ainsi la tradition familiale. Son père Mostafa El Sarraj a été l'un des fondateurs de l'Etat libyen au lendemain de l'indépendance en 1951. Mais deux mois après son élection, une coalition de milices Fajr Libya (Aube de Libye) prend le contrôle de la capitale libyenne. Le gouvernement et le Parlement élus prennent la fuite dans l'est du pays. Fayez El Sarraj s'exile à Tobrouk.  Pour éviter que la Libye ne replonge davantage dans le chaos, la communauté internationale pousse à la formation d'un cabinet d'union nationale. Fayez El Sarraj en prendra la tête en décembre 2015. 

Nommé Premier ministre, il tire donc sa légitimité de la communauté internationale qui l'a adoubé. Mais sur le terrain, Sarraj ne peut pas rivaliser avec l'homme fort de l'est libyen, le Maréchal Haftar, qui bénéficie du soutien des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite et de l'Égypte. Ce dernier a lancé début avril une offensive militaire pour reconquérir la capitale Tripoli dont il dit qu'elle est contrôlée par des "gangs terroristes". En l'absence d'une armée forte, Fayez al Sarraj s'appuie, quant à lui, sur des milices qui lui sont restées loyales. Sur le plan international, il ne peut compter que sur quelques rares soutiens : la Turquie, le Qatar, et l'Italie qui a gardé des liens forts avec la Tripolitaine depuis la colonisation.  

En venant aujourd'hui à Paris, Fayez Al Sarraj espère obtenir des éclaircissements de la part de la France dont il n'a eu de cesse de dénoncer la position ambiguë. 

La France est en effet tiraillée entre la lutte contre le terrorisme dans une région très instable et la volonté de rétablir la paix dans un pays où elle est intervenue militairement en 2011 pour chasser Mouammar Khadafi. La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a dit clairement dans une interview au Figaro que le Maréchal Haftar faisait partie de la solution. Et le chef de la diplomatie française d'expliquer que Khalifa Haftar a lutté contre le terrorisme à Benghazi et dans le sud de la Libye, en repoussant des groupes djihadistes, quand ses détracteurs le soupçonnent de fomenter, depuis plusieurs années, un coup d'État. À l'Elysée, on répète en revanche que la France soutient le Premier ministre libyen et qu'elle était opposée à l'offensive militaire du maréchal Haftar contre Tripoli. De quoi alimenter les critiques qui évoquent un double discours....

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