Un satellite espion américain porté par un lanceur Falcon 9 de la société SpaceX n'a pas réussi à atteindre son orbite et est considéré comme perdu. Cet engin devait remplir une mission secrète.

Le 7 janvier 2018, le lancement par Space X de la mission Zuma pour le compte de l'agence de renseignements américaine National Reconnaissance Office
Le 7 janvier 2018, le lancement par Space X de la mission Zuma pour le compte de l'agence de renseignements américaine National Reconnaissance Office © AFP / Julian Leek / CrowdSpark

Le 7 janvier, la société californienne SpaceX, dirigée par Elon Musk, a lancé "un engin spatial". La fusée Falcon 9 a décollé de Cap Canaveral en Floride à 20h heure locale (1h GMT), comme en témoignent les images en direct retransmises par SpaceX. Ce lancement – la mission Zuma – était annoncé depuis plusieurs mois.

Le satellite n’a pas réussi à atteindre son orbite. L'engin fabriqué par Northrop Grumman, qui devait être placé en orbite basse, soit moins de 1400 km, est considéré comme perdu.

Qui commande cette mission ? 

C'est le National Reconnaissance Office (NRO), l'une des 17 agences de renseignements des États-Unis, a démenti être à la manœuvre. Selon Theverge.com il est à peu près certain que c'est bien une agence gouvernementale américaine. 

Certaines sources évoquent pourtant cette hypothèse. ArsTechnica a rapporté en novembre que Zuma est commandité en réalité par le National Reconnaissance Office. SpaceX a déjà opéré un lancement secret pour le NRO en mai dernier. L'agence n'avait  pas hésité à revendiquer sa participation.

Le NRO  crée, construit, et met en opération les nombreux satellites espions du gouvernement américain. Le NRO coordonne la récupération et l'analyse des informations des engins espions des services militaires et de la Central Intelligence Agency. Le NRO, qui fait partie du département de la Défense, reçoit ses fonds du National Reconnaissance Program et compte 3 000 collaborateurs.

Quel est cet engin ? 

La charge utile de la mission Zuma, commandé à Northrop Grumman, reste mystérieuse. Les communiqués officiels parlent d'engin plutôt que de satellite. Ils parlent de "vaisseau spatial" qui devait effectuer une orbite terrestre basse.

Une mission secrète (mais pas trop) ? 

Aux États-Unis, les missions secrètes sont connues et publiques. En tout cas pour ce qui concerne leur existence et leur nom de code. Les détails et leur raison d’être, eux, sont tus.  Donc le National Reconnaissance Office communique toujours quand il lance un satellite et engage une mission. Simplement il ne dit pas pour quoi il le fait. 

La mission Zuma présente des similitudes avec deux autres lancements dans le passé, Pan et Clio, en 2009 et 2014 respectivement. Ces missions étaient également secrètes et non revendiquées par une entité gouvernementale.

Le satellite Pan a été utilisé par l'Agence de sécurité nationale (NSA) pour espionner les conversations acheminées par les satellites de télécommunications au-dessus du Moyen-Orient, selon des révélations publiées par The Intercept l'année dernière. Le programme Clio aurait eu une mission d'écoute similaire.

Lancement et récupération du lanceur : la routine

SpaceX, créée et dirigée par le milliardaire Elon Musk, a déjà effectué deux lancements de missions secrètes, dont un satellite espion du National Reconnaissance Office et l'avion spatial non-habité X-37B de l'US Air Force. 

La procédure veut que  SpaceX fasse revenir avec succès dans l'atmosphère le premier étage de Falcon 9, qui, cette fois encore, est revenu se poser sans dommages sur le sol près de Cap Canaveral huit minutes après son lancement. 

Vaisseau disparu ? 

Personne ne dit officiellement ce qu'il est réellement advenu du mystérieux "vaisseau". Le flou subsiste sur son devenir. Certaines sources, le Wall Street Journal et Bloomberg par exemple, rapportent prétendent que le vaisseau spatial ne s'est pas séparé de la fusée.

Gwynne Shotwell, présidente et chef de l'exploitation de SpaceX, a assuré que "Falcon 9 a fonctionné tout à fait correctement dimanche soir. Les informations publiées qui vont à l'encontre de cette affirmation sont catégoriquement fausses". Elle a ajouté que la société ne pouvait pas commenter davantage en raison de la nature confidentielle de la mission.

Une nouvelle entrée a été faite dans le catalogue sur Space-Track.org pour un satellite américain nommé USA 280. Cela signifie probablement que quelqu'un a ajouté Zuma à la liste des objets orbitaux après que le satellite ait terminé une orbite.

Jonathan McDowell, astrophysicien à Harvard et expert en vols spatiaux, confirme :

Le fait qu'une entrée soit dans ce catalogue devrait impliquer qu'un engin est entrée en orbite et a accompli au moins une révolution autour de la Terre.

Le Commandement stratégique, chargé de tracer les satellites, affirme de son côté qu'il n'a "rien à ajouter au catalogue de satellites pour le moment". 

La faute à qui ? 

Pour ce qui est des causes et responsabilités d'une éventuelle perte, les experts se perdent en conjectures. 

Est-ce que l'adaptateur qui permet de détacher le satellite de la fusée a failli ? Exceptionnellement, ce n'est pas Space X qui l'a fourni mais Northrop Grumman. L'industriel de l'aéronautique et de l'espace se refuse lui aussi à tout commentaire en raison du caractère confidentiel de la mission. 

Autre hypothèse : le satellite a été déployé sur une orbite plus basse que prévu et a été entraîné vers la Terre. Ou un dysfonctionnement l'a accidentellement mis en route vers la planète bleue. Ou encore le vaisseau spatial est toujours là-haut, mais ne répond pas. Les astronomes retrouveront peut-être un jour sa trace en scrutant le ciel. 

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