Après le séisme qui a fait plus de 200 morts au Mexique, le 19 septembre, des questions se posent sur l'efficacité des alertes antisismiques mises en place dans les zones à risque.

Les habitants de Mexico évacuent les bâtiments après le séisme qui a frappé la ville et la région, le 19 septembre 2017.
Les habitants de Mexico évacuent les bâtiments après le séisme qui a frappé la ville et la région, le 19 septembre 2017. © Maxppp / Maxppp

Les recherches se poursuivent à Mexico pour tenter de retrouver les corps des victimes et d'éventuels survivants, après le séisme d'une magnitude de 7,1 qui a frappé le pays le 19 septembre dernier, tuant plus de 200 personnes. Certains témoins sur place pointent du doigt les ratés de la technologie antisismique déployée dans le pays. L'alerte sonore censée prévenir les habitants en cas de séisme n'a pas fonctionné ou a retenti trop tard. Mais pour Michel Campillo, sismologue et professeur à l'Université de Grenoble, on ne peut pas réellement parler de "ratés" dans la transmission de l'information.

  • Comment fonctionne le système d'alerte en cas de séisme au Mexique ?

Michel Campillo : Il faut d'abord bien comprendre le phénomène et le diviser en deux parties : le tremblement de terre et les ondes sismiques. D'abord, le tremblement de terre se produit, c'est la source. Puis ses ondes sismiques se propagent et ce sont ces ondes qui provoquent le déplacement des sols et les vibrations et qui détruisent les bâtiments. Dans le cas du Mexique, des capteurs ont été installés, surtout après le terrible tremblement de terre de 1985 (10.000 morts), le long de la côte Pacifique, la zone la plus à risques. Une fois qu'un tremblement de terre est détecté sur la côte, ces capteurs émet un signal radio jusqu'à Mexico, pour prévenir de l'arrivée imminente d'ondes sismiques. C'est ainsi que les alertes sonores se déclenchent via les mégaphones de la ville, pour avertir la population.

  • Pourquoi ça n'a pas fonctionné ou mal fonctionné, cette fois-ci ?

MC : Le tremblement de terre ne s'est pas du tout produit sur la côte, là où sont installés la plupart des capteurs. Il s'est produit à une centaine de kilomètres au sud de Mexico et en profondeur. Donc les capteurs n'ont pas eu le temps d'envoyer le signal radio, avant même la propagation des ondes sismiques. Mais il ne faut pas critiquer le système pour autant. Par rapport à 1985, d'énormes efforts ont été faits sur le plan de la prévention. Après, si la question est de savoir si l'on peut prévenir ou non un tremblement à l'avance, cela dépend. Si vous parlez d'un séisme à la source, celui qui s'est passé en profondeur et qui fait qu'il va y avoir un tremblement de terre demain, à 14 heures, la réponse est non. Mais si je suis à 300 km de la zone sismique, est-ce qu'un système automatique peut m'avertir qu'un tremblement de terre vient d'avoir lieu ou vient de commencer ? La réponse est oui. C'est l'intérêt de ces capteurs.

  • Quels sont les autres systèmes d'alerte existants ?

MC : Il y a des systèmes d'alerte par smartphone, au Japon, en Californie et même en Italie désormais. Mais il ne faut pas oublier que tout le monde n'a pas de smartphone et ça ne résoudrait pas tous les problèmes. L'intérêt de ces systèmes d'alerte c'est qu'ils sont censés entraîner des comportements immédiats. Par exemple, au Japon, dès que l'alerte est donnée, tous les trains s'arrêtent. On pourrait imaginer le même mécanisme pour les centrales nucléaires ou le lancement automatique d'un système électrique de secours dans les hôpitaux avant même les coupures. Au Mexique, c'est pareil, en une minute et demie, on peut faire beaucoup de choses. Il y a tout de même eu des progrès grâce à ces systèmes, ne serait-ce qu'en termes de prévention.

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