De très nombreuses personnalités, y compris le Pape François, critiquent ouvertement la politique de Donald Trump de séparer les familles sans-papiers et d'envoyer les enfants dans des centres d'hébergement sommaires. Le président américain, lui, reste droit dans ses bottes.

Manifestation le 14 juin à Washington contre la politique de séparation des familles sans-papiers
Manifestation le 14 juin à Washington contre la politique de séparation des familles sans-papiers © AFP / RUSS R. SCOTT / CROWDSPARK

Depuis l'annonce de la politique américaine de "tolérance zéro" envers l'immigration clandestine début mai, 2 342 enfants et jeunes migrants ont été séparés de leurs familles (entre le 5 mai et le 9 juin). 

Donald Trump a en effet décidé que pour lutter contre l'immigration illégale, tous les clandestins franchissant la frontière sont désormais poursuivis au pénal. Puisque selon la loi, les mineurs ne peuvent pas être incarcérés avec leurs proches, il faut donc "séparer les enfants" jusqu'à ce qu'on change la loi, a-t-il encore martelé mardi. Les enfants sont envoyés dans des centres d'hébergement. 

1 min

Le reportage de Gregory Philipps au Texas, à la frontière avec le Mexique

Par Gregory Philipps

De nombreux politiques, y compris républicains, ont exprimé leur dégoût face à cette pratique. A l'image du sénateur républicain John McCain qui a dénoncé "un affront" aux valeurs américaines. 

De leur coté, deux gouverneurs républicains et deux gouverneurs démocrates ont refusé d'envoyer leur Garde nationale pour contrôler la frontière avec le Mexique, tandis que sept autres gouverneurs ont démobilisé leurs troupes déjà déployées.  

De nombreuses manifestations ont été organisées depuis début mai pour protester. Mais le débat dépasse largement le cadre politique.

- Le pape François 

Dans une interview à l'agence de presse Reuters ce mercredi, le Saint-Père critique l'administration Trump pour sa politique de séparation des parents migrants de leurs enfants.  Il apporte son soutien aux évêques américains, qui ont condamné la politique du président des Etats-Unis. 

- Le chanteur de U2 Bono

Le chanteur et militant irlandais Bono a exhorté mardi des élus du Congrès américain à pousser Donald Trump à abandonner 

une  politique complètement contraire aux valeurs américaines 

Le leader du groupe U2 a évoqué avec des parlementaires républicains et démocrates au Capitole la détresse de plus des enfants séparés de leurs parents après avoir traversé illégalement la frontière américano-mexicaine.  

J'ai parlé à de nombreux républicains. Ils disent qu'ils veulent trouver une solution mais ça doit tout simplement s'arrêter (...). C'est complètement contraire aux valeurs américaines

- Stephen King

L'écrivain a twitté en faisant le parallèle avec la série inquiétante "La servante écarlate"

- Arnold Schwarzenegger

L'acteur, ancien gouverneur républicain de Californie, qui s'est souvent opposé à Donald Trump, a réagi sur Twitter : 

- Mark Zuckerberg

Le PDG de Facebook, a déclaré qu’il donnait de l’argent à des ONG qui aident les familles à obtenir des conseils juridiques et des services de traduction à la frontière. 

- Le PDG de Google

Sundar Pichai a tweeté que les images sur la séparation de la famille étaient "déchirantes" :

- Le PDG d’Apple 

Tim Cook déclare dans une interview à l'Irish Times : 

Cette politique est inhumaine. Il faut que ça s’arrête.

- Les fondateurs d’Airbnb 

Ils déclarent que la séparation des enfants de leur famille est 

Sans cœur, cruelle, immorale et contraire aux valeurs américaines

- Les PDG de Walmart, General Motors, Boeing, JPMorgan Chase, Mastercard, la Chambre de commerce des Etats-Unis etc.

Ils demandent la fin immédiate de l’opération

- New-York

Nous avons maintenant connaissance de plus de 70 enfants placés dans des centres fédéraux de l'Etat de New York et l'on s'attend à ce que ce nombre augmente puisque d'autres centres ont été contactés

a indiqué le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, dans un communiqué . 

New York va agir et assigner en justice pour mettre fin à cette attaque impitoyable et délibérée contre les communautés immigrées, et mettre fin à cette cruelle politique une fois pour toutes

- Le Canada 

Le ministre de l'Immigration Ahmed Hussen,  a affirmé que son pays surveillait le respect du droit d'asile par les autorités américaines.  

La vie des enfants est très, très précieuse et leur sécurité ainsi que leur bien-être doivent être notre préoccupation première

Le ministre des Transports a quant à lui déclaré :

Ce qui se passe aux États-Unis est tout simplement inacceptable

- Theresa May

La Première ministre britannique a déclaré ce mercredi devant les députés

Les images d'enfants détenus dans ce qui semble être des cages sont profondément choquantes. C'est une erreur, nous ne sommes pas d'accord avec cela, ce n'est pas l'approche britannique 

- Les Premières dames 

L'image est suffisamment rare pour être signalée : les trois premières dames, Laura Bush, Michelle Obama et même Melania Trump ont rompu avec leur traditionnelle discrétion, qualifiant cette séparation des familles de "cruelle". 

Trump droit dans ses bottes

Donald Trump a revendiqué ce mardi sa politique de "tolérance zéro" aux frontières, appelant les républicains à avancer sur une vaste réforme de l'immigration qui mettrait fin aux séparations des familles de sans-papiers tout en finançant son mur. 

Vous avez pourtant des enfants M. le président. Est-ce que vous aimeriez qu'on sépare vos enfants?

lui a crié un élu démocrate dans les couloirs du Capitole. 

L'élu californien démocrate Juan Vargasa interpellé très vivement Donald trump au Congrès sur la question des enfants séparés de leurs parents sans-papiers
L'élu californien démocrate Juan Vargasa interpellé très vivement Donald trump au Congrès sur la question des enfants séparés de leurs parents sans-papiers © Maxppp / AL DRAGO

Sans répondre, le président a salué les caméras puis a déclaré que les lois sur l'immigration en vigueur étaient "violées depuis des années, des décennies". 

Et la France que fait-elle des enfants sans-papiers ? 

Le Sénat se penche depuis mardi en séance plénière sur le projet de loi asile et immigration. Un texte très controversé qui anime le débat au sein même de la majorité, et rejeté par bon nombre d'associations d'aide aux demandeurs d'asile. Quinze d'entre elles, dont la Cimade, RESF, la LDH, alertent d'ailleurs sur la question du placement des enfants en Centre de Rétention Administrative. Elles ont lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 105 000 signatures pour demander aux sénateurs d'inscrire dans la loi l'interdiction de placer des mineurs en CRA. Car ce nombre est en augmentation constante ces dernières années.

► Ecoutez | Les détails avec Delphine Evenou 

1 min

Plus de 300 enfants passés en France par un centre de rétention en 2017 contre une quarantaine en 2013

Par Delphine Evenou
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.