Le Président élu Joe Biden a désigné Lloyd Austin, un militaire afro-américain de 67 ans, pour diriger le Pentagone, selon plusieurs sources. Si le Congrès valide ce choix, Lloyd Austin sera le premier homme noir ministre de la Défense.

États-Unis : L'ancien commandant des forces américaines en Irak, Lloyd Austin, pourrait devenir le premier homme noir ministre de la Défense
États-Unis : L'ancien commandant des forces américaines en Irak, Lloyd Austin, pourrait devenir le premier homme noir ministre de la Défense © AFP / Brendan Smialowski

Ce sera finalement l'ancien général Lloyd Austin. Le Président élu Joe Biden, qui prendra ses fonctions le 20 janvier 2021, a choisi ce militaire à la retraite comme ministre de la Défense, et donc comme patron du Pentagone. Joe Biden et sa future vice-présidente Kamala Harris ont promis un gouvernement qui "ressemble le plus possible à l'Amérique", dans toute sa diversité.

Alors que les rumeurs donnaient une femme, Michele Flournoy, favorite pour le poste, Joe Biden a donc choisi Lloyd Austin, selon Politico et le New York Times. Ce général quatre étoiles (on ne fait pas mieux dans l'armée américaine) de l'armée de Terre a pris sa retraite en 2016. Âgé de 67 ans, il a combattu en Irak et en Afghanistan. 

Premier noir chef du commandement de l'armée américaine

Lloyd Austin a été le premier homme noir à avoir commandé une division militaire au combat et le premier homme noir à avoir supervisé tout un théâtre d’opérations (en l'occurrence en Afghanistan). En 2012, il devient le premier secrétaire général adjoint noir de l'Armée américaine. Un an plus tard, il endosse le poste de chef du commandement central, où il façonne la stratégie américaine contre le groupe état islamique en Irak et en Syrie.

Première fois qu'un ministre de la Défense est noir

S'il est confirmé par le Congrès, il sera le premier homme noir à diriger l'armée la plus puissante du monde. Il est d'ailleurs à noter qu'aucune personne de couleur n'ait jamais dirigé cette armée, alors que la communauté afro-américaine est sur-représentée dans ses rangs. 

Il a grandi dans des États du sud des États-Unis

Né en 1953 en Alabama puis élevé en Géorgie, autre état du sud ségrégationniste à l'époque, il sort diplômé de la célèbre académie militaire de West Point dans l'Etat de New York en 1975 (où il est retourné enseigner plus tard dans sa carrière). Il est tout d'abord affecté en Allemagne, en tant que chef de peloton d'infanterie. Il a derrière lui 41 ans de service durant lesquels il a gravi tous les échelons. 

Il a fait l'Irak et l'Afghanistan

Il a participé à l'opération d'invasion de l'Irak dès mars 2003 en étant à la tête de la troisième division d'infanterie de Fort Stewart envoyée sur le front irakien parmi les premières unités (après la 101 e Airborne de Fort Campbell).  

Puis il a servi durant la Guerre d'Afghanistan, de septembre 2003 à août 2005 comme Commandant général de la dixième division de montagnards. Il commandait les Américains au sein de la Force Commune 180 (à laquelle ont participé les forces spéciales françaises) durant la phase de sécurisation et de stabilisation en vue d'installer un gouvernement afghan. Les opérations visaient notamment à rechercher des centaines de rebelles talibans dans les montagnes afghanes. Opérations de recherche, patrouilles, raids ont été menés, aboutissant à la mort de plusieurs combattants rebelles et à la découverte de nombreuses caches de munitions et d'armes dans les montagnes.  

Avant de repartir en Irak pour diriger la stabilisation en tant que Commandant Général des forces américaines. En septembre 2010, il prend en charge toutes les forces des États-Unis et de la coalition en Irak. A ce titre, il supervise la transition entre la phase de combats de l'Opération "Liberté irakienne" et la phase de stabilisation de l'Opération "Nouvelle Aube" visant à conseiller, entraîner, assister, et équiper les forces de sécurité irakiennes. Il obtient notamment des troupes supplémentaires. La présence militaire américaine sur place passe alors de 14 000 à 18 000. Il participe ensuite au retrait des troupes en décembre 2011, tout en étant contre cette décision de Barack Obama.  

Il a déjà travaillé avec Joe Biden

Joe Biden connaît l'ex-général Austin pour avoir travaillé avec lui sur le dossier irakien. Tout d'abord en 2008 lorsque Barack Obama est élu, et Joe Biden est nommé vice-président. 

En 2011, le vice-Président américain Joe Biden (au c.) aux cotés du Commandant des forces US en Irak le Général Lloyd Austin (à d.) et de l'Ambassadeur US en Irak (à g.)
En 2011, le vice-Président américain Joe Biden (au c.) aux cotés du Commandant des forces US en Irak le Général Lloyd Austin (à d.) et de l'Ambassadeur US en Irak (à g.) © AFP / AHMAD AL-RUBAYE

Puis en tant que vice-président, il a supervisé le retrait de 50 000 soldats américains d'Irak en 2011 décidé par Barack Obama.

Selon une source citée sur le site spécialisé Military.com

"Le Général Austin et le Président-élu Biden se font confiance mutuelle et se respectent depuis longtemps. Cette relation s'est créée tout au long des heures passées dans la Situation Room (la salle de crise de la Maison Blanche)... Parce que leur relation s'est forgée à travers les crises, Biden sait qu'il peut se reposer sur lui pour assurer la sécurité des Américains".

Le Président américain Barack Obama aux cotés du Commandant des forces armées américaines Lloyd Austin lors d'un briefing en septembre  2014
Le Président américain Barack Obama aux cotés du Commandant des forces armées américaines Lloyd Austin lors d'un briefing en septembre 2014 © AFP / MANDEL NGAN

Lloyd Austin est connu pour être un homme à poigne, un chef intègre et très intelligent

Il n'est pas connu du grand public, et a accordé de rares interviews, refusant le plus souvent de parler des opérations militaires. 

Retraité, il est consultant stratégique dans le privé

Lloyd Austin dirige une entreprise de consulting dans le domaine de la défense. A son départ à la retraite de l'Armée en 2016, il avait rejoint une société qui développe et fabrique des produits dans le domaine de l'aérospatiale et de la défense, désormais appelée Raytheon Technologies. Il siège au conseil d'administration. En 2017, il est nommé au comité de direction de l'entreprise Nucor, producteur d'acier. En 2018, il intègre le board de Tenet Healthcare, entreprise regroupant de nombreux services en matière de santé.

Le Congrès pourrait voter contre son arrivée

Mais ce militaire de carrière  pourrait ne pas être confirmé par le Congrès. Le Congrès américain tient en effet à tracer une ligne claire entre l'Armée et le pouvoir exécutif. La validation du choix de Lloyd Austin par le Sénat n'est donc pas sûre car son départ à la retraite n'a que quatre ans. Or, une réglementation impose à un ancien militaire d'être à la retraite depuis plus de sept ans pour pouvoir devenir ministre de la Défense. 

Les Sénateurs seraient donc contraints de lui accorder une dispense pour qu'il puisse être nommé, comme ils l'avaient fait en 2016 pour James Mattis, nommé ministre de la Défense par Donald Trump. Parmi ceux qui avaient voté contre cette dispense pour Mattis, on retrouve des démocrates comme Bernie Sanders, Elizabeth Warren et Cory Booker. Il est probable qu'ils ne votent pas non plus pour la dispense de Lloyd Austin. D'autant qu'une dispense est vue comme un mauvais message pour débuter un poste ministériel. Dans une tribune du New York Times publiée ce mardi, un ancien conseiller des vice-Présidents Mike Pence et Joe Biden affirme que le choix de Lloyd Austin n'est pas "une bonne idée" en raison de l'image que cela donnerait au grand public et au reste du monde.