Selon un rapport, publié le mercredi 22 août, si les Britanniques respectaient les limites de consommation d'alcool – fixées à 14 unités d'alcool par semaine – l'ensemble du chiffre d'affaire des entreprises qui produisent des boissons alcoolisées diminuerait de 38 %.

La campagne pour la vraie bière (CAMRA - CAMpaign for Real Ale en anglais), est la grande fête de la bière britannique au parc des expositions Olympia, Londres, le 7 août 2017.
La campagne pour la vraie bière (CAMRA - CAMpaign for Real Ale en anglais), est la grande fête de la bière britannique au parc des expositions Olympia, Londres, le 7 août 2017. © AFP / ALBERTO PEZZALI / NURPHOTO

Boddingtons, Fuller's London Pride, Indian Pale Ale, Newcastle Brown Ale… quel est le point commun entre toutes ces appellations ? Il s'agit de bières anglaises. La bière, justement, est le péché mignon de nos voisins outre-manche. Et les plus gros buveurs anglais – c'est-à-dire les personnes qui consomment plus de 14 unités d'alcool par semaine – comptent pour 68 % des revenus de l'industrie de l'alcool, alors qu'ils ne représentent que 25 % de la population anglaise.

C'est ce que révèle un rapport, publié le 22 août, réalisé par des chercheurs de l'Institut des études sur l'alcool (IAS), en partenariat avec l'université de Sheffield. Il a été publié dans le journal Addiction.

24 000 décès et plus de 1,1 million d'hospitalisations

En somme, si tous les Anglais respectaient la limite recommandée, le chiffre d'affaire de l'industrie de l'alcool chuterait de 38 %. Ce qui équivaut à une perte de 13 milliards de livres sterling. Pour compenser ces pertes, les producteurs, les brasseries et les autres pubs devraient alors augmenter le prix de leurs boissons. Selon le calcul des chercheurs, pour boire une pinte il faudrait alors payer en moyenne 2,64 livres de plus et 12,25 livres supplémentaires pour une bouteille de spiritueux. 

Aveek Bhattacharya, analyste politique et auteur de cette étude, s'en prend directement à cette industrie. "L'alcool cause 24 000 décès et plus de 1,1 million d'hospitalisations chaque année en Angleterre, pour un coût de 3,5 milliards de livres sterling pour le National Health Service [la sécu britannique, ndlr]. Pourtant, l'industrie des boissons alcoolisées a résisté à tous les égards aux politiques visant à remédier à ce danger, notamment la fixation d'un prix unitaire minimum et l'augmentation des droits sur l'alcool." 

En effet, en 2012, David Cameron, ancien Premier ministre britannique, avait annoncé son intention d'introduire un prix minimum de l'alcool. Bien que cette mesure soit déjà effective en Écosse, en Angleterre et au Pays de Galles, le plan a été suspendu l'année suivante malgré le soutien de médecins, d'associations, de la police et même des plusieurs conseillers sanitaires. De nombreuses entreprises de boissons, craignant de devoir mettre la clef sous la porte, s'y sont opposées et ont exercé un fort lobbying. 

Zéro alcool 

Les acteurs de l'industrie de l'alcool se défendent et possèdent même leurs propres organisations de "consommation responsable". John Timothy, directeur général du groupe Portam –  visant à promouvoir une consommation d'alcool responsable – argumente dans un article du Guardian : "Au cours de la dernière décennie, la consommation excessive d'alcool a diminué de près d'un quart et la violence liée à l'alcoolisme également. Les producteurs de boissons ont contribué à cette baisse en s'engageant à encourager la modération en mettant au point une vaste gamme de produits à faible teneur en alcool et sans alcool et en retirant du marché plus de 1 milliard d'unités d'alcool." 

Des bêtises selon ceux qui luttent contre la consommation d'alcool. Ian Gilmore, président de l'AHA (The Alcohol Health Alliance), dénonce : "Pendant des années, cette industrie s'est présentée comme une partie de la solution, et non du problème, en ce qui concerne l'abus d'alcool. L'étude qui vient d'être publiée montre que leur modèle économique repose essentiellement sur l'encouragement de millions de personnes à risquer leur santé en buvant au-delà des limites recommandées par le gouvernement."

D'autres chiffres, révélés en 2016 par le gouvernement britannique, vont à l'encontre des industriels. L'alcool serait, en effet, la cause principale de décès chez les Anglais âgés de 15 à 49 ans. Il serait également à l'origine de plus de 200 maladies. 

Et en parallèle, une autre étude sur la consommation d'alcool a été publiée, jeudi 23 août, par la revue médicale The Lancet. Les chercheurs y prônent le "zéro alcool", l'arrêt total de la consommation. À ce niveau, la question ne se poserait même plus. Ce ne sont pas des milliards que perdraient les industries du secteur, mais ils seraient contraints à une fermeture définitive. 

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