Chaque semaine, France Inter se penche sur les signes avant-coureurs de l'actualité internationale. Au programme ce vendredi : le Chili qui vote pour changer de Constitution, la réélection contestée d'Alpha Condé en Guinée et un président tout-puissant au Sri Lanka.

Un homme brandit un drapeau "indépendance approuvée" lors d'un rassemblement à Santiago le 22 octobre en faveur d'une nouvelle Constitution
Un homme brandit un drapeau "indépendance approuvée" lors d'un rassemblement à Santiago le 22 octobre en faveur d'une nouvelle Constitution © AFP / MARTIN BERNETTI

Apruebo (j'approuve) ou Rechazo (je rejette). Dimanche, 18 millions de Chiliens sont appelés aux urnes. Ils doivent décider si ils veulent ou non changer leur Constitution. Ce référendum avait été l'une des demandes du grand mouvement de contestation de 2019, qui avait poussé 2 millions de Chiliens dans les rues pour réclamer plus de justice sociale. Selon un sondage de l'institut chilien Cadem, 74 % de la population pourrait voter en faveur d'une nouvelle Constitution.

Deux questions vont être posées : "Pour ou contre le remplacement de la Constitution ?" Et "Si oui, comment la rédiger ?" Deux choix s'offrent aux Chiliens qui veulent un changement. Soit une "convention mixte", avec des citoyens élus dans le but de rédiger la nouvelle Constitution et des parlementaires. Soit une "convention constituante" composée uniquement citoyens élus dans le but de rédiger la nouvelle Constitution.

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La Constitution qui régit actuellement le Chili date du 11 septembre 1980, votée lors d'un référendum controversé en pleine dictature Pinochet (1973-1990). Elle a été écrite par le sénateur d'extrême-droite Jaime Guzman et a été pensée pour que les conservateurs puissent maintenir leur pouvoir, même après l'ère Pinochet. En effet, le texte fait en sorte qu'un petit groupe conservateur (même minoritaire) ait toujours la possibilité de bloquer les débats par un droit de veto. La Constitution de 1980 limite également l'action de l'État et favorise l'action privée. Elle grave le marbre les théories économiques néolibérales. C'est sur cette base qu'ont été privatisés, entièrement ou partiellement, des services publics aussi fondamentaux que l'éducation, la santé ou les retraites.

En Guinée, une réélection contestée

Le président sortant Alpha Condé est donné vendredi vainqueur de l'élection présidentielle qui se déroulait le week-end dernier. Victoire écrasante, avec la majorité absolue. Les résultats doivent encore être proclamés, notamment par la Cour constitutionnelle (acquise au président). S'ils étaient confirmés, Alpha Condé, élu pour la première fois en 2010, garderait le contrôle du pays pour les cinq années à venir.  

L'opposition et son leader Cellou Dalein Diallo conteste les résultats. Il proclame lui aussi la victoire dénonçant des "fraudes à grande échelle". Depuis un an, la Guinée vit au rythme de la contestation contre Alpha Condé et son troisième potentiel mandat. Cette contestation sanglante a fait des dizaines de morts parmi les civils. La revendication de victoire du président sortant fait craindre de nouvelles violences. Depuis le scrutin de dimanche, des affrontements ont éclaté à Conakry et dans sa banlieue. Sur place certains habitants parlent d'un "pays en guerre".

Au Sri Lanka, le président Rajapaksa s’arroge tous les pouvoirs

Le parlement sri-lankais, contrôlé aux deux tiers par la majorité présidentielle, a voté jeudi des pouvoirs accrus au dirigeant populiste, ancien militaire élu l’an dernier à la tête du pays. Dans la foulée de son élection, Gotabaya Rajapaka avait nommé son frère Mahinda Premier ministre, lui qui fut également chef de l’État de 2005 à 2015. Au Sri Lanka, le pouvoir s’exerce en famille.

Les pouvoirs accrus permettent au Président de renvoyer les ministres et de dissoudre le Parlement. Il pourra aussi nommer les hauts fonctionnaires et les juges des tribunaux supérieurs, nominations soumises auparavant au contrôle du Parlement. La population soutient majoritairement le programme du dirigeant populiste, lequel a profité d’une vague de nationalisme après les attentats de 2019 qui avaient fait 279 morts. Les frères Rajapaksa jouissent également d'une grande popularité au sein de l'ethnie cinghalaise majoritaire pour avoir mis fin en 2009 à quatre décennies de guerre civile avec la minorité tamoule. Conflit qui a fait 100 000 morts selon l’ONU. 

En bref 

Accord commercial bilatéral entre Londres et Tokyo. Le Royaume-Uni prépare l'après Brexit et a signé son premier grand traité de libre-échange avec le Japon jeudi. Londres s'est inspiré de l'accord entre le Japon et l'Union européenne et a conclu un deal concernant les nouvelles technologies, l'automobile, la finance, le textile et l'agroalimentaire.

Une loi peu écolo au Costa Rica. Alors que le Costa Rica vante sa politique de respect de l'environnement, le Parlement a approuvé jeudi un projet loi qui autorise la pêche au chalut. Une étude va d'abord réalisée pour convenir des modalités mais les écologistes costaricains parlent déjà "d'un jour triste pour le pays". La pêche au chalut n'est pas "sélective" et attrape des espèces protégées, tue des requins et des tortues, selon eux. Dans le même temps elle pourrait créer 3 000 emplois, notamment sur les côtes, les zones les plus pauvres du pays.

Une bataille perdue pour Uber et Lyft. Une cour d'appel de Californie a estimé que les deux sociétés enfreignent la loi en ne considérant pas leur chauffeurs comme "salariés" (ce qui leur garantirait de nombreuses protections sociales). Le bras de fer judiciaire entre l'Etat de Californie et les deux plateformes durent déjà depuis plusieurs mois. Tournant dans cette guerre : le 3 novembre, jour de l'élection présidentielle américaine. Les électeurs de Californie devront également se prononcer la question du statut des chauffeurs. 

Au Nigéria, la jeunesse se révolte et le président n'écoute pas. Cela fait deux semaines qu'une contestation contre le régime grandit dans le pays. Mardi, au moins 12 personnes sont morte à Lagos lors d'une sanglante répression lancée par la police et les militaires contre des manifestants pacifiques. Le président Muhammadu Buhari a pris la parole jeudi mais n'a pas mentionné ce tragique événement.