Chaque semaine, France Inter se penche sur les signes avant-coureurs de l'actualité internationale. Au programme ce vendredi : après la Biélorussie et l’Arménie, c’est l’Ukraine qui, au travers d’une visite officielle très symbolique, semble échapper à l’emprise russe.

Les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et polonais Andrzej Duda ont ouvert cette semaine une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays. Et isolé un peu plus la Russie.
Les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et polonais Andrzej Duda ont ouvert cette semaine une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays. Et isolé un peu plus la Russie. © AFP / VALENTYN OGIRENKO

En deux jours, les 11 et 12 octobre, la Pologne et l’Ukraine ont peut-être balayé des décennies de contentieux. En invitant officiellement son homologue polonais, le chef de l’État ukrainien a rouvert, au Palais présidentiel de Kiev, un dialogue poussif depuis les années 1940. Une visite qui se solde par une déclaration ambitieuse, signe d’un réchauffement inédit entre les deux pays, autour de trois dossiers : la mémoire, l'économie et la sécurité.

La Pologne de Jarosław Kaczynski n’a jamais voulu pardonner à l'Ukraine les massacres de civils polonais en Galicie et et en Volhynie, dans l’ouest du pays, dans les années 1940. Kiev a toujours objecté que des massacres de civils étaient aussi à déplorer côté polonais. En rouvrant ce dossier, Volodymir Zelensky et Andrzej Duda esquissent un préalable à des relations apaisées entre Kiev et Varsovie. 

Des relations qui passent par l'économie. Le géant du gaz naturel polonais, le groupe gazier PGNiG, va ainsi signer un accord avec l'Ukraine – et pas avec le russe Gazprom –, qui s’engage dans la privatisation de son secteur de l'énergie. Autre facteur de rapprochement entre la Pologne et l’Ukraine, lors d’un déplacement à Odessa, les chefs d’État ont renforcé la coopération entre le port ukrainien et celui de Gdańsk, ouvrant une nouvelle voie entre la mer Noire et la Baltique. Un axe qui, encore, écarte complètement la Russie.

Avec l’Ukraine, c’est un satellite de plus que Moscou voit s’éloigner dans l’orbite de l’union européenne. Face à la puissance russe, la Pologne, économiquement solide, démographiquement importante (5e en Europe), peut apporter à Kiev un appui conséquent. Plus de 1,25 million d'Ukrainiens l’ont déjà compris et travaillent en Pologne. Leurs compatriotes restés au pays, eux, n'ont désormais plus besoin de visa pour séjourner jusqu’à 90 jours dans l’Union européenne.

Plus que jamais, l’Ukraine est désormais tournée vers l’Ouest. 

Nucléaire : le désarmement attendra

Depuis 2010, le traité bilatéral New Start limitait à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1 550 le nombre de têtes nucléaires dans les arsenaux américain et russe. Mais cette semaine, ce traité semblait parti pour s’éteindre à son terme, début 2021. Moscou s’est irrité que Washington fixe des conditions, mardi, pour prolonger le traité "pendant un certain temps". Parmi elles, le "gel" des nouveaux développements, dont le président russe n’a, ce vendredi, même pas cherché à nier l’existence :

Il est clair que nous avons des nouveaux systèmes d'armement que les Américains n'ont pas, du moins, pour le moment. Mais nous nous refusons de discuter cet aspect de la question.

Vladimir Poutine a néanmoins proposé, durant une réunion de son Conseil de Sécurité ce vendredi, "de prolonger l'accord actuel sans condition pendant au moins un an afin d'avoir la possibilité de mener des négociations nourries sur tous les paramètres." 

La Russie et les États-Unis détiennent toujours, à eux deux, plus de 90 % des armes nucléaires dans le monde, selon le dernier rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

La Turquie dans le viseur de l’Union européenne

Le Conseil européen demande instamment à la Turquie d'inverser ses actions et d'œuvrer à la détente de manière cohérente et soutenue.

C’est la conclusion adoptée par les dirigeants face aux "actions et provocations unilatérales de la Turquie", selon les termes du président du Conseil européen Charles Michel, assortie d’une menace de sanctions "en fonction de l'évolution du comportement de la Turquie", a précisé le président français Emmanuel Macron.

En cause, notamment, le soutien d'Ankara à la décision des autorités de l'autoproclamée République turque de Chypre-Nord de rouvrir l'accès à la station balnéaire chypriote-grecque de Varosha, désertée depuis l'invasion du nord de l'île par Ankara il y a 46 ans. Ils ont également dénoncé le retour du navire d'exploration gazière Oruç Reis au sud de l'île grecque de Kastellorizo, proche des côtes turques, au risque de raviver les tensions avec la Grèce. Ce navire avait été retiré des eaux grecques avant le sommet européen des 1er et 2 octobre.

"Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition", avait alors averti Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

En bref

La Suède compte d’augmenter de 40 % ses dépenses militaires d'ici à 2025. Un hausse inédite de 27 milliards de couronnes (2,6 milliards d'euros), a annoncé son ministre de la Défense, "une attaque armée visant la Suède ne [pouvant] être écartée". Le besoin d'investissement militaire est le résultat de la hausse des tensions en Europe, a indiqué le gouvernement dans un communiqué, citant "l'agression russe en Géorgie et en Ukraine". En 2017, la Suède a rétabli son service militaire.

Un ancien ministre de la Défense du Mexique, accusé de trafic de drogue, a été interpellé à son arrivée aux États-Unis. Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a déploré l’arrestation de Salvador Cienfuegos, précisant qu'aucune investigation n'était en cours au Mexique sur l'ancien ministre. "Un signe sans équivoque de la décomposition du régime à cette époque, de la dégradation du fonctionnement du gouvernement dans le pays pendant la période néolibérale", a-t-il néanmoins précisé.

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