L'affaire Skripal, qui agite en ce moment les relations diplomatiques entre Londres et Moscou, rappelle immanquablement d'autres affaires survenues outre-Manche, et dont les victimes – espions, opposants politiques ou oligarques – étaient originaires de l'ancien bloc de l'Est.

C'est sur ce banc, désormais recouvert par une tente protectrice, que Sergueï Skripal et sa fille Ioulia ont été empoisonnés
C'est sur ce banc, désormais recouvert par une tente protectrice, que Sergueï Skripal et sa fille Ioulia ont été empoisonnés © Radio France / MaxPPP

L'affaire Skripal, du nom de cet espion russe empoisonné le 4 mars dernier avec sa fille dans une rue de Salisbury (sud de l'Angleterre), prend un tour international : alors que le Royaume-Uni a obtenu la tenue ce mercredi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU pour informer les pays membres du différend qui l'oppose à la Russie, l'Otan exige désormais une réponse de Moscou dans cette affaire et l'Union européenne a fait savoir par la voix de Donald Tusk qu'elle serait abordée lors du prochain sommet européen. 

Sergueï Skripal et sa fille Ioulia sont toujours hospitalisés dans un état jugé critique, après avoir été exposés à ce que le gouvernement britannique affirme être une substance appartenant au groupe des agents toxiques "Novitchok", mis au point par la Russie à l'époque soviétique.

En interne, Londres a pris ce mercredi des mesures radicales : la première ministre Theresa May, qui ne prend plus de gants pour désigner clairement la Russie comme instigatrice de cet empoisonnement, a ordonné l'expulsion de 23 des 59 diplomates russes en poste au Royaume-Uni, a annoncé le gel des relations bilatérales entre les deux pays, et a précisé, de manière plus symbolique, que son pays n'enverrait aucun représentant, diplomate ou membre de la famille royale, pour assister à la Coupe du Monde de football 2018, qui doit se tenir en Russie en juin et juillet prochains. L'ambassade de Russie à Londres a immédiatement dénoncé la réaction britannique dans un communiqué, la qualifiant d'"hostile, inacceptable et injustifiée".

Ce n'est pourtant pas la première fois que des ressortissants de pays de l'ancien bloc de l'Est sont victimes au Royaume-Uni soit d'attaques, soit de maux mystérieux dont l'origine n'a jamais pu être prouvée. Au moins cinq autres personnes, plus ou moins célèbres, en ont fait les frais.

  • L'affaire Litvinenko

C'est le cas le plus récent, et le plus emblématique : en 2006, Alexandre Litvinenko, un homme présenté comme un ancien agent des services secrets et du contre-espionnage russes, meurt dans un hôpital londonien, après trois semaines d'atroces souffrances. 

Alexandre Litvinenko avait fui la Russie pour Londres avec sa famille en octobre 2000. Il y avait rejoint le milliardaire Boris Berezovski, farouche ennemi de Vladimir Poutine, lui-même décédé dans des circonstances non élucidées en mars 2013, et il collaborait avec les services secrets britannique et enquêtait sur d'éventuels liens entre le Kremlin et des réseaux mafieux. Selon les conclusions de l'enquête menée par la justice britannique après sa mort, il avait été empoisonné au polonium, une substance hautement radioactive, alors qu'il prenait un thé avec Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun, deux ressortissants russes, présentés eux aussi comme d'anciens agents des services secrets russes.

  • Le mystère Berezovski

Boris Berezovski, un homme d'affaire très en cour au Kremlin dans la deuxième moitié des années 1990, sous la présidence de Boris Eltsine, est considéré comme celui qui a poussé Vladimir Poutine vers le pouvoir dès 1999. Tombé en disgrâce quelques mois plus tard, présenté par les médias officiels russes comme le symbole de la prédation des oligarques de la période post-URSS, cet homme d'affaires sulfureux se réfugie en 2001 à Londres avec sa famille. 

Réputé proche d'Alexandre Litvinenko, recherché par les justices russes, françaises et brésiliennes, Boris Berezovski, devenu en exil un farouche opposant à Vladimir Poutine, a été retrouvé pendu en mars 2013 dans sa résidence près de Londres, dans des circonstances restées floues. Sa mort, considérée comme "inexpliquée" par la police britannique, avait aussitôt fait naître des soupçons même si les proches du milliardaire avaient reconnu qu'il était déprimé.

  • La "mort naturelle" de Perepilitchni

Présenté par plusieurs médias comme un témoin-clé dans l'affaire Magnitski, du nom du juriste du fonds d'investissement Hermitage Capital mort dans les geôles russes en 2009 après avoir dénoncé une vaste machination qui aurait été ourdie par des fonctionnaires russes, l'homme d'affaires russe Alexandre Perepilitchni, 44 ans, avait quitté Moscou en 2009 pour se réfugier en Angleterre. Il est retrouvé mort en novembre 2012 devant sa propriété du Surrey (sud-ouest de Londres). La police avait d'abord conclu à une mort naturelle mais des analyses complémentaires, demandées par la compagnie d'assurance-vie de la victime, avaient révélé la présence dans son organisme d'une molécule associée au gelsemium, une plante toxique venue d'Asie.

  • Georgi Markov et le "parapluie bulgare"

Quarante ans après les faits, survenus en pleine Guerre froide, l'affaire n'a toujours pas été résolue. Le 7 septembre 1978,  l'écrivain dissident bulgare Georgi Markov est piqué par le parapluie qu'avait laissé tombé un homme, alors qu'il remontait le Waterloo bridge.  Pris d'une forte fièvre le soir même, Markov meurt quatre jours plus tard à l'hôpital sans avoir été interrogé par la police. Lors de l'autopsie, une capsule pleine d'un poison fort, la ricine, avait été découverte dans la jambe de la victime.  En 2002, Oleg Kalouguine, un ex-général du KGB, a affirmé que les soviétiques avaient fourni l'arme du crime sur demande du dictateur bulgare Todor Jivkov. Une enquête judiciaire ouverte en Bulgarie a été classée sans suite en 2013 en raison du délai de prescription.

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