Ce week-end encore, de nombreux rassemblements contre les violences policières et le racisme ont eu lieu un peu partout dans le monde. Dimanche, à Bristol en Angleterre, la colère des manifestants s’est exprimée avec force : ils ont déboulonné la statue d'Edward Colston, négrier et bienfaiteur de la ville.

À Bristol, au Royaume-Uni, la statue d'Edward Colston, un marchand d'esclaves du XVIIe siècle, est maculée, déboulonnée et jetée dans l'Avon par des manifestants anti-racistes.
À Bristol, au Royaume-Uni, la statue d'Edward Colston, un marchand d'esclaves du XVIIe siècle, est maculée, déboulonnée et jetée dans l'Avon par des manifestants anti-racistes. © AFP / Giulia Spadafora / NurPhoto

Chaque jour dans Snapshot, la Rédaction internationale de Radio France analyse une image forte autour de la mobilisation qui fait suite à la mort de George Floyd, aux États-Unis.

1. L'image

Tenue à bout de bras par des cordes, la statue d’Edward Colston est en train d’être jetée dans la rivière Avon. Sa tête, peinturlurée de rouge, est à une vingtaine de centimètres de l’eau. Elle ne va plus tarder à être engloutie par les flots sous les yeux de dizaines de personnes. Téléphones portables et appareils photo guettent l’instant à immortaliser, l'instant où le symbole de la traite des noirs va disparaître. Une foule impressionnante s’est pressée pour y assister, comme le montre en arrière-plan le pont qui traverse la rivière. 

Dix mille personnes se sont rassemblées ce dimanche à Bristol pour dénoncer les violences policières et demander justice pour George Floyd, homme noir de 46 ans, tué lors de son arrestation, à Minneapolis, aux États-Unis.

Quelques minutes plus tôt, dans le centre-ville, les manifestants ont déboulonné la statue d’Edward Colston, érigée pour remercier celui qui a gardé une image de bienfaiteur de Bristol pendant des décennies. L’un d’eux s’est même assis sur la nuque de la statue, mimant le geste du policier américain qui a asphyxié George Floyd.   

2. Le message 

La mort de George Floyd, le 25 mai dernier, a rendu ce symbole insupportable. Edward Colston, issu d’une famille de marchands, a construit sa richesse avec le commerce des esclaves. Il aurait vendu dans les Caraïbes et aux Amériques près de 100 000 personnes embarquées en Afrique de l’Ouest entre 1672 et 1689. Des hommes, des femmes et des enfants qui portaient le nom de sa compagnie sur leur poitrine, a rappelé le chef de l’opposition britannique travailliste Keir Stramer. 

C’est avec cette fortune qu’Edward Colston est devenu le grand donateur de Bristol, finançant les bonnes œuvres et aidant la ville à se développer. Une rue et des écoles portent  son nom. Une salle de spectacle a également arboré un temps son patronyme.

Ce symbole était sujet à polémique depuis la fin des années 1990. Mais les autorités municipales ne s’étaient jamais décidées à l’enlever du centre-ville.

3. Derrière l'image

Le déboulonnage de la statue de Colston a bien sûr suscité de l’indignation. Mais il marque aussi un tournant. Le maire de Bristol, le travailliste Marvin Rees, a dénoncé ces dégradations. Il avoue néanmoins qu’étant d’origine jamaïcaine, il n’éprouve pas de sentiment de perte pour cette statue "qu’il voyait comme un affront personnel". Selon lui, "son déboulonnage est un moment historique".

D’autres représentations de la traite négrière et de l’esclavagisme ont également été prises pour cible aux États-Unis depuis la mort de George Floyd, en particulier dans les États du Sud américain, dont la Virginie, terre des premiers colons anglais et centre de l’Amérique esclavagiste.

À Richmond (Virginie) par exemple, où était érigée la statue de Williams Carter Wickham dans le parc Monroe depuis 129 ans, le bronze du général de cavalerie confédéré a été renversé et dégradé. Celle du général Robert E. Lee, chef des armées des États esclavagistes durant la guerre de Sécession a été recouverte de graffitis.

Une page doit désormais se tourner, insiste le gouverneur de l’État de Virginie, le démocrate Ralph Northam.

"En 2020, nous ne pouvons plus honorer un système basé sur l’achat et la vente d’êtres humains."

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