Faut-il faire table rase du passé? Le débat sur la mémoire de l'esclavage gagne l'Europe où le sort de statues liées au passé colonial divise. À Londres, la statue de Winston Churchill, maculée d'un graffiti "racist" rapidement effacé, a dû être recouverte d'un grand sarcophage.

La statue de Churchill à Londres recouverte d'un sarcophage pour la protéger d'éventuelles dégradations lors de nouvelles manifestations contre le racisme
La statue de Churchill à Londres recouverte d'un sarcophage pour la protéger d'éventuelles dégradations lors de nouvelles manifestations contre le racisme © AFP / Hasan Esen / Anadolu Agency

Chaque jour, une image forte de la crise communautaire américaine décryptée et mise en perspective par la Rédaction internationale de Radio France.

1. L'image

Un grand rectangle gris. Un sarcophage recouvre et occulte la statue du héros de la Seconde Guerre mondiale, combattant de la liberté contre le nazisme, l'ancien Premier ministre Winston Chuchill. Un effacement de l'espace public, comme on occulte la mémoire, comme on cache un symbole honteux... Deux policiers, un Noir, un Blanc, regardent, alors que des caméras de télévision se massent au pied de la statue disparue. 

La statue ainsi que le cénotaphe de Whitehall aux héros de la guerre avaient été recouverts durant la nuit. Au petit matin, il n'en restait trace. 

A Londres, des ouvriers recouvrent la statue de Winston Churchill pour la protéger d'évnetuelles dégradations lors de nouvelles manifestations contre le racisme et les discriminations
A Londres, des ouvriers recouvrent la statue de Winston Churchill pour la protéger d'évnetuelles dégradations lors de nouvelles manifestations contre le racisme et les discriminations © AFP / Hasan Esen / ANADOLU AGENCY

2. Le message

Ce carré gris qui recouvre une figure du XXème siècle, celle du résistant face au nazisme et du combattant qui a fait face à Hitler, cache Churchill mais révèle tout autant le malaise de nos sociétés face à une histoire (coloniale), un fait (le racisme) que l'on ne sait comment appréhender. Au risque de s'en prendre à une figure de la liberté comme s'il s'agissait d'un anti héros. 

La statue en bronze avait été taguée dimanche dernier de la mention "was a racist"
(était raciste) durant une manifestation pacifique en hommage à George Floyd qui avait dégénéré. Les détracteurs de Winston Churchill dénoncent certains de ses propos racistes, notamment contre les Indiens.

La statue de Winston Churchill à Londres, taguée lors de manifestations contre le racisme le 7 juin
La statue de Winston Churchill à Londres, taguée lors de manifestations contre le racisme le 7 juin © AFP / David Cliff / NurPhoto

Il s'agissait donc de la protéger des vandales mais le message n'est-il pas plus terrible ? Comme si la seule réponse était l'effacement, pour ne pas dire l'oubli. Et cette terrible ironie qui vient à cacher l'homme qui a lutté contre le nazisme et la dictature.

Le Premier ministre Boris Johnson est monté au créneau pour défendre l’œuvre de Churchill qui, écrit-il, a "sauvé ce pays - et l'Europe - d'une tyrannie fasciste et raciste".

Il a aussi dénoncé ceux qui veulent "censurer le passé".

Derrière l'image

La mort de George Floyd vient donc réveiller les fantômes européens, raviver le débat sur l'histoire et un passé douloureux sur lequel il convient de se pencher. La mémoire du colonialisme n'est pas partagée en Europe, les minorités souffrent de discriminations. Mais l'anathème ne saurait remplacer l'éducation.

Il convient aussi de préciser que d'autres statues, comme celle de Nelson Mandela, ont été protégées de la même manière à Londres.

D'autres statues au Royaume Uni sont la cible de cette chasse aux symboles représentant la domination blanche et l'esclavagisme. Il y eut bien sûr celle de l'esclavagiste Edward Colston, déboulonnée et  jetée dans le port de Bristol.

À Oxford, c'est celle de l'impérialiste Cecil Rhodes qu'un collectif antiraciste souhaiterait mettre à bas... Des statues de Robert Baden-Powell, fondateur du scoutisme sont à leur tour sur la sellette.

Mais le débat historique nécessaire est pris en otage par l'extrême droite qui monte au créneau pour défendre des figures, notamment celle de Churchill, qui en ont pourtant toujours combattu les thèses.

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