L'heure est au recueillement aux États-Unis en hommage à George Floyd. Alors que son cercueil a été présenté lundi dans sa ville natale de Houston et que ses obsèques ont lieu ce mardi, la cheffe de la Chambre des représentants et plusieurs élus démocrates lui ont rendu hommage lundi en posant un genou à terre.

A Washington, Nancy Pelosi et des élus démocrates s'agenouillent en hommage à George Floyd
A Washington, Nancy Pelosi et des élus démocrates s'agenouillent en hommage à George Floyd © AFP / Brendan Smialowski

1. L'image

Au premier plan, Nancy Pelosi, 80 ans, un genou à terre, se recueille sur le marbre du sol du Capitole à Washington. À ses cotés, plusieurs sénateurs démocrates, dont le chef du Parti démocrate au Sénat, Chuck Shumer, font de même. Ce sol est celui du Hall du Capitol Building's Emancipation, qui rend hommage aux esclaves noirs ayant participé à la construction du Capitole. Les propriétaires d'esclaves louaient les services de cette force de travail à l'État pour travailler dans la construction de bâtiments publics.

La pose de cette vingtaine d'élus du Congrès (Chambre des Représentants et Sénat) aura duré 8 minutes et 46 secondes. C'est le temps durant lequel George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, est resté bloqué ventre à terre, le cou coincé avec force par le genou du policier de Minneapolis Dereck Chauvin.

2. Le message

Poser un genou à terre, et ne plus bouger, c'est un geste lourd de sens. Le premier à l'avoir fait, c'est le joueur de football américain Colin Kaepernick. Nous étions en 2016. Il souhaitait protester contre les violences policières envers les noirs aux États-Unis. Le quarterback des 49ers de San Francisco a fait ce geste au début de la saison, avec un coéquipier Eric Reid. Dans les jours et semaines qui suivent, d’autres joueurs de football américain, la star du football féminin Megan Rapinoe, des basketteurs et basketteuses, décident de l’imiter. Mais ils sont à la marge. 

Puis Donald Trump s'en est mélé, en 2017. Lors d'un meeting, il s'en est pris à "tous ces sportifs qui ne respectent pas le drapeau américain. Ils doivent être virés de leur équipe".

Cette initiative a coûté sa carrière de footballeur professionnel à Colin Kaepernick. Plus aucune équipe ne l'a recruté. 

Nancy Pelosi et les élus démocrates agenouillés lundi poursuivent le mouvement initié par le footballeur, mouvement qui a été relancé par les manifestants dès la mort de George Floyd.

Nous sommes ici pour rendre hommage à George Floyd, a dit Nancy Pelosi avant de poser un genou à terre

Puis après 8 minutes et 46 secondes, elle s'est relevée et a ajouté : 

Maintenant, vous voyez combien c'est long d'avoir son cou bloqué pendant plus de 8 minutes.

3. Derrière l'image

Le moment n'est pas spontané. Il a été prévu, organisé, les photographes sont là. L'heure n'est pas à l'improvisation. Et une semaine après avoir vivement critiqué Donald Trump pour avoir organisé une séance photo devant l'église proche de la Maison-Blanche, bible à la main, Nancy Pelosi est à son tour critiquée et accusée par les républicains de récupération politique. 

Puis il y a cette écharpe, que l'on pourrait l'appeler "l'écharpe de la discorde". Chaque élu agenouillé porte autour du cou une écharpe très colorée aux motifs africains. Or, ce dessin est un design traditionnel du Ghana. Et la toile s'est embrasée la nuit dernière, critiquant un choix caricatural  : 

Pourquoi utilisez-vous nos traditions pour plaider votre cause ? Le kente a une signification pour nous ! dira cette internaute ghanéenne.

On pouvait lire également sur Twitter que "si George Floyd avait été mexicain, ils auraient surement porté des sombreros" ou encore qu'il s'agit d'une "appropriation de la culture africaine" :

Les démocrates de la Chambre et du Sénat veulent faire passer une loi plus contraignante envers les forces de l'ordre. Par exemple, ils militent pour un registre national des policiers ayant un passé de mauvaise conduite. La Chambre des Représentants (à majorité démocrate) compte présenter au vote son projet de loi avant la fin du mois. Pour que la loi soit adoptée, le texte devra également être approuvé au Sénat, à majorité républicaine.

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