Alors que les obsèques de George Floyd se sont transformées en tribune politique pour la fin de la discrimination et des violences faites aux Noirs, à 6 000 kilomètres de là, en Afrique, au Sénégal, un rassemblement était organisé sur le site du futur mémorial de l'esclavage

Au Sénégal, en écho au calvaire de George Floyd, Alexis Tangana, son bébé métisse dans les bras, s'agenouille sur le site du mémorial de Gorée, aux vicitimes de la traite
Au Sénégal, en écho au calvaire de George Floyd, Alexis Tangana, son bébé métisse dans les bras, s'agenouille sur le site du mémorial de Gorée, aux vicitimes de la traite © AFP / John Wessels

1. L'image

Un genou à terre, rituel désormais symbolique de l'hommage à George Floyd, mort asphyxié sous le genou d'un policier blanc, à Minneapolis. 

Un genou à terre le 9 juin 2020, jour des obsèques de George Floyd, à quelque 6 000 kilomètres de l'autre côté de l'océan, juste en face. 

Un genou à terre sous le soleil de Dakar, dans le sable de Gorée, sur la corniche, sur le lieu du futur Mémorial de l'esclavage au bord de l'Atlantique, un lieu qui sera dédié aux victimes de la traite et du commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. 

Sous un parapluie qui le protège du soleil, tête baissée en signe de recueillement, Alexis Tangana tient son bébé dans les bras. Leurs deux regards embrassés. Celui de la petite fille qui monte vers le père, comme en attente, celui du père vers son enfant qui espère pour elle un avenir sans discrimination. Un bébé à la peau claire, enfant métisse, un autre symbole. 

Un genou à terre durant 8 minutes 46, durée pendant laquelle le policier a maintenu son genou sur le cou de George Floyd.

Le message

C’est aussi pour elle, pour sa fille, qu’Alexis Tangana est là.

"Elle est issue du métissage et je pense que c’est important de lui inculquer déjà des valeurs de tolérance, d’humanisme en fait, d’humanité."

Il s'agit d'honorer la mémoire de George Floyd, mais aussi de protester contre les violences policières et la discrimination, d'appeler la justice américaine à l'exemplarité. 

Le rassemblement de quelques dizaines de défenseurs des droits humains, universitaires, religieux et responsables politiques s'est tenu "en face de l'Amérique", a tenu a souligner l'un des organisateurs. "Le temps, a-t-il ajouté, continue à être très long pour les Noirs d'Amérique." 

Ils étaient une cinquantaine rassemblés à Dakar, ce 9 juin, jour des funérailles de George Floyd, pour protester contre le racisme et la brutalité policière
Ils étaient une cinquantaine rassemblés à Dakar, ce 9 juin, jour des funérailles de George Floyd, pour protester contre le racisme et la brutalité policière © AFP / Seyllou

Il s'agit aussi, au-delà, de se souvenir. C'est de là, de Gorée, que partaient les navires de la traite négrières affrétés par les compagnies occidentales de la façade atlantique. Gorée où étaient rassemblés les esclaves venus du continent avant d'être entassés dans les cales des négriers, pour une traversée souvent meurtrière, avant d'être vendus comme esclaves dans les plantations américaines. 

Un message doit être porté ce mercredi à l'ambassade américaine de Dakar.

3. Derrière l'image

Il sont en fait une cinquantaine à avoir répondu à l'appel du collectif. C'est peu. Curieusement, le continent africain n'a pas été un lieu de manifestations massives à l'occasion de la mort de George Floyd, comme on a pu le voir aux États-Unis ou en Europe.  

Les chefs d'État africains aussi se sont montrés relativement discrets. Le message de condamnation de la mort de George Floyd et de solidarité avec les Afro-Américains adressé aux États-Unis par la majorité du président sénégalais Macky Sall est relativement isolé sur le continent noir. La coalition au pouvoir a aussi exhorté les autorités américaines "à prendre d'urgence des mesures et des réformes indispensables afin de protéger leurs populations d'Afro-descendants".

Le président du Ghana s'est aussi élevé avec force pour condamner "le meurtre d’un homme noir non armé par un policier blanc aux États-Unis." Nana Akufo-Addo appelle à "un changement durable dans la façon dont l’Amérique affronte les problèmes de la haine et du racisme".

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Ce que l'on ne voit pas non plus dans cette image, c'est le mémorial de Gorée. Et pour cause, cela fait plus de trente ans que le projet a été lancé. En Afrique aussi, la mémoire de l'esclavage est traumatique. La responsabilité des États africains dans la traite reste un sujet sensible et douloureux.  

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