Trois soldats français ont été tués lundi par une bombe artisanale dans la zone des "Trois frontières", dans le centre du Mali, où la force antiterroriste française Barkhane concentre ses efforts depuis janvier.

Les monts Hombori au Mali, région dans laquelle s'est déployée l'opération Barkhane
Les monts Hombori au Mali, région dans laquelle s'est déployée l'opération Barkhane © AFP / Daphné Benoît

À quelques jours de la visite au Tchad du Premier ministre Jean Castex auprès des soldats français, trois militaires ont été tués ce lundi lors d’une mission de ravitaillement au sud du Mali. Leur véhicule a roulé sur un engin explosif improvisé, les tuant sur le coup.

La mission de ravitaillement n’était pas très longue, le convoi d’une bonne vingtaine de véhicules ne devait parcourir que  90 kilomètres entre les deux villes d’Hombori et de Gossi dans le sud du Mali. Mais les trois jeunes soldats n’ont malheureusement pas pu éviter l’engin explosif improvisé, déposé sur leur route, et qui a fait sauter leur véhicule blindé. Selon l’État-major des armées, l’équipe médicale qui escortait le convoi n’a rien pu faire pour sauver les trois militaires qui effectuaient pour la première fois un mandat au Sahel. 

Le brigadier-chef Tanerii Mauri et les chasseurs de 1ère classe Quentin Pauchet et Dorian Issakhanian, étaient âgés de 21 à 28 ans, et appartenaient au 1e Régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse.

Le président de la République Emmanuel Macron et la ministre des Armées Florence Parly ont aussitôt fait part de leur émotion à trois jours du voyage au Tchad du Premier ministre. Jean Castex doit justement s’entretenir avec le commandement des forces du dispositif Barkhane. 

"Pas de grands succès militaires"

Ces trois décès portent à 48 le nombre de soldats français tués au Sahel depuis 2013 dans diverses opérations, dont les missions Serval puis Barkhane. Pour le directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste du Mali, André Bourgeot, ce drame montre que depuis 2013, les différentes opérations militaires menées au Mali n'ont pas rempli leur objectif.  

"Les interventions n’ont pas été assorties de grands succès militaires, même si certains chefs djihadistes ont été tués. Globalement, les forces armées salafistes djihadistes ont continué à s’installer et à proliférer pratiquement partout au Mali et au-delà du Mali, on voit bien se qui se passe au Burkina Faso, au Niger, puisque le Niger est pratiquement encerclé par ces salafistes djihadistes, Boko Haram pour la partie orientale, par l’État islamique au dans le Grand Sahara qui marque de plus en plus de succès"

Dans un message de condoléances, le président de transition malien Bah Ndaw a exprimé de nouveau sa "gratitude à la Nation française pour l'engagement multiforme et militaire en particulier, aux côtés du Mali et ce, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme". Ces derniers mois, l'armée française - qui a déployé 5 100 hommes au Sahel - et celles des pays africains du G5 Sahel ont multiplié les offensives, en particulier dans la zone dite des "Trois frontières".  

"L'espace d'intervention de l'opération Barkhane concerne la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad", explique André Bourgeot. "Les militaires de l'opération sont environ 5 000, ce qui n'est pas tellement important par rapport à l'immensité du territoire. C'est d'ailleurs dans ce contexte que l'opération européenne Takuba est intervenue il y a quelques mois".

Le chef d'état-major des Armées françaises, le général François Lecointre, s'était d'ailleurs rendu à Hombori ainsi qu'au Niger les 10 et 11 décembre. Il avait alors salué les "nombreux succès tactiques" et "l'amélioration de la situation sécuritaire dans la zone".

Les forces armées maliennes issues du coup d'État militaire du 18 août 2020 ne semblent pas avoir amélioré les conditions sécuritaires dans le pays et André Bourgeot rappelle qu'"il y a un accroissement des attaques perpétrées par les groupes armés salafistes djihadistes qui se rapprochent de plus en plus". 

Face à la persistance des violences djihadistes, doublées de conflits intercommunautaires, les autorités de transition au Mali n'excluent pas d'engager des négociations avec des groupes armés, tout comme l'avait fait, avant elles le président Ibrahim Boubacar Keïta, emporté par un putsch en août. La France, qui affiche une position plus intransigeante, a admis toutefois ne pas s'opposer à des négociations avec certains éléments djihadistes, à l'exception fondamentale des directions d'Al-Qaïda et du groupe État islamique.