Pour Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste des armes chimiques et biologiques, le régime de Bachar Al-Assad viole ses engagements à ne pas utiliser d'armes chimiques. Il nie en posséder mais des témoignages sur place évoquent des bombardements au chlore.

Bachar al-Assad le 18 décembre 2017à Damas
Bachar al-Assad le 18 décembre 2017à Damas © AFP / Ho / Sana

Ce mercredi, Damas a de nouveau nié "catégoriquement posséder des armes chimiques", ajoutant que le régime considère "l'utilisation de ces armes immorale et inacceptable, quel que soit le contexte". D'un point de vue strict, même si l'existence de bombardements au chlore était avérée, il n'a pas tout à fait tort. "Le chlore ne figure pas dans la liste de la convention d'interdiction des armes chimiques, pour la bonne et simple raison que c'est un produit industriel", explique Olivier Lepick. "S'il était sur cette liste, tous les propriétaires de piscine français qui ont quelques bidons de chlore dans leur garage se trouveraient en contravention avec cette convention."

Pourtant, le spécialiste assure qu'il n'y a "aucun débat là-dessus, il s'agit incontestablement ici d'une arme chimique [...] L'utilisation de chlore dans un cadre militaire, c'est-à-dire couplé à un système de dissémination (une bombe, un bidon cerclé d'explosifs), _c'est une violation évidente de la convention et du droit international_."

La convention sur l'interdiction des armes chimiques, entrée en vigueur en 1997, vise notamment des armes comme les gaz moutarde ou sarin. Plus largement, la convention considère que tous les agents ou substances chimiques sont considérés comme des armes chimiques, sauf s'ils sont utilisés à des fins permises (comme peut l'être le chlore).

Des frappes en cas d'attaques chimiques "létales"

Le régime avait été forcé à détruire ses armes chimiques, sous contrôle d'observateurs de l'ONU, en 2013. Depuis, Bachar al-Assad assure que son pays ne possède plus de telles armes. Mais difficile de savoir s'il inclut le chlore, qui n'est pas une arme chimique en soi, sous ce terme.

Subtilité diplomatique aussi pour la France, qui assure par la voix de Jean-Yves Le Drian que Paris procédera à des frappes militaires contre le régime syrien en cas d'utilisation d'armes chimiques de sa part, "dès lors que ces attaques présentent un caractère létal". Ce qui n'est pas forcément le cas des attaques au chlore. Mais pour Olivier Lepick, "le chlore est certes beaucoup moins toxique que les neurotoxiques organo-phosphorés (comme le sarin). Il n'en reste pas moins que contre des populations civiles, c'est une arme redoutable qui peut provoquer des blessures et même des décès."

La fameuse "ligne rouge" d'Emmanuel Macron sur l'utilisation d'armes chimiques, loin d'être une frontière claire et infranchissable, semble donc rester particulièrement floue.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.