Après des semaines de polémique, Mashrou'Leila, groupe de rock libanais, ne se produira pas lors d'un festival à Byblos, au nord de Beyrouth. Les organisateurs ont cédé sous la pression des autorités religieuses chrétiennes.

Mashrou'Leila, accusé de blasphème par les autorités chrétiennes libanaises, joue dans le monde entier. Ici à Dubaï.
Mashrou'Leila, accusé de blasphème par les autorités chrétiennes libanaises, joue dans le monde entier. Ici à Dubaï. © AFP / KARIM SAHIB

Mashrou'Leila est un groupe phare de la scène musicale libanaise. La formation, née en en 2008, se produit dans le monde entier. Son dernier passage à Paris l'a conduite sur la scène de l'Olympia et de l'Élysée Montmartre, au printemps dernier. 

Mais le quintette ne pourra pas se produire chez lui, au Liban. Après des semaines de polémique, il a été déprogrammé. Censuré disent les voix qui viennent défendre ce groupe. 

Annoncé le 9 août dans un festival de Byblos, cité portuaire au nord de Beyrouth, le concert du groupe de pop rock a été annulé sous la pression des religieux chrétiens. Les organisateurs ont écrit dans un communiqué avoir pris cette décision pour "éviter une effusion de sang et préserver la sécurité et la stabilité"

Accusé de blasphème 

À l'origine de la polémique, un photomontage publié par le chanteur du groupe sur sa page Facebook (retirée depuis). Une image pieuse où le visage de la Vierge est remplacé par celui de la chanteuse sulfureuse Madonna. 

Dans la foulée, c'est un déluge de réactions dans un climat de haine et de menaces. Le mot blasphème est lâché. Les hommes de foi y voient une attaque à la religion chrétienne. L'archevêché de Byblos (Jbeil de son nom arabe) a dénoncé "les objectifs du groupe et le contenu de leurs chansons qui portent atteinte dans leur majorité aux valeurs religieuses et humaines". 

Il y a eu ensuite le Centre catholique d'information, très écouté par les chrétiens du Liban, qui y est allé de son communiqué d'indignation, voyant un "danger pour la société"

Déjà interdit en Jordanie et Égypte 

Ce qui n'est pas écrit dans les communiqués, en revanche, mais qui a largement électrisé le contexte, c'est la personnalité du chanteur du groupe. Hamed Sinno est homosexuel, engagé dans la lutte des droits LGBT. Dans les sociétés conservatrices du monde arabe, le droit à la différence est un combat. Hamed Sinno a déjà par le passé été interdit de se produire en Jordanie pour "éviter de corrompre la jeunesse", selon l'expression d'une élue jordanienne. Le groupe est également interdit en Égypte. 

Dans un éditorial, le quotidien francophone "L'Orient Le Jour" appelle "toute personne ayant un minimum de responsabilités politiques ou religieuses à revenir à la racine de la religion : religare, c’est-à-dire relier (…) au lieu de s'employer à creuser de nauséabondes tranchées".

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