Le président américain a annoncé mercredi soir qu'il reconnaissait Jérusalem comme capitale d'Israël, une décision qui inverse totalement la stratégie américaine pour trouver une issue au conflit israélo-palestinien. Et qui inquiète profondément le reste du monde.

Donald Trump devant la Maison Blanche le 4 décembre 2017
Donald Trump devant la Maison Blanche le 4 décembre 2017 © Reuters / Jonathan Ernst

Celui qui est pour

Pour Donald Trump, il s'agit simplement "de reconnaître une réalité", selon l'un des hauts responsables de son administration. "Nous prenons cette décision sur la base d'une vérité qui est indéniable. C'est un fait." L'ambassade américaine se trouve actuellement à Tel-Aviv, mais le président américain veut la déplacer à Jérusalem dans un délai compris entre trois et quatre ans.

Ceux qui sont contre

Pour une "vérité indéniable", elle est tout de même sacrément contestée.

  • En premier lieu par les Palestiniens, qui souhaitent faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur et toujours hypothétique État. Pour eux, perdre Jérusalem marquerait un coup d'arrêt définitif au dialogue déjà laborieux avec Israël. Le président palestinien Mahmoud Abbas a mis en garde par téléphone Donald Trump contre les "conséquences dangereuses d'une telle décision sur le processus de paix, la sécurité et la stabilité dans la région et dans le monde".
  • Mais aussi par l'ONU : la Bolivie, membre non permanent du Conseil de sécurité, a déjà annoncé une réunion publique urgente de cette instance si Donald Trump confirme sa décision. Plus largement, la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté d'Israël sur la totalité de la ville, qui abrite des lieux saints à la fois pour les religions juive, chrétienne et musulmane.
  • Le Royaume-Uni dit "observer avec préoccupation" les annonces américaines. "Nous pensons que Jérusalem devrait, évidemment, faire partie d'une solution définitive au conflit entre Israéliens et Palestiniens, une solution négociée", explique Londres, déjà en froid avec Washington depuis plusieurs semaines.
  • La France a réagi quelques minutes après la décision officielle de Donald Trump. Emmanuel Macron estime qu'il s'agit "d'une décision regrettable que la France n'approuve pas et qui contrevient au droit international".
  • La Chine se dit "inquiète" face à une "possible escalade des tensions" dans la région. "Toutes les parties concernées doivent avoir à l'esprit la paix et la stabilité régionales", explique le ministère chinois des Affaires étrangères.
  • La Syrie parle d'un projet "dangereux", que Damas condamne "dans les termes les plus forts".
  • Le pape François a appelé à maintenir le statu quo à Jérusalem, à faire preuve de "sagesse et de prudence", tout en rappelant "sa profonde inquiétude pour la situation qui s'est créée ces derniers jours". Il ajoute que "la Terre Sainte est par excellence, pour nous, chrétiens, la terre du dialogue entre Dieu et l'humanité. La première condition du dialogue est le respect réciproque."
  • L'Iran assure qu'il ne "tolèrera pas une violation des lieux saints musulmans", selon la formule du président Hassan Rohani. "Les musulmans doivent rester unis face à ce grand complot."
  • La Turquie s'inquiète d'un possible "incendie" dans la région, "dont personne ne sait quand il prendra fin". Le président Recep Tayyip Erdogan a d'ores et déjà annoncé un sommet d'urgence des dirigeants des principaux pays musulmans, le 13 décembre à Istanbul.
  • Le Pakistan, pourtant allié des États-Unis depuis la guerre froide, a dit "s'opposer sans équivoque" à une reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, "une claire violation du droit international et de résolutions onusiennes" selon le Premier ministre Shahid Khaqan Abbasi.
  • L'Union européenne, par la voix de la responsable de sa diplomatie Federica Mogherini, a rappelé sa "position ferme" dans ce dossier : "le statut final de Jérusalem comme future capitale d'Israël et d'un État palestinien doit être réglée à travers des négociations qui répondent aux aspirations des deux parties". Elle appelle également les Palestiniens à la "retenue" dans leurs réactions.
  • Les anciens présidents américains, de Bill Clinton à Barack Obama en passant par George W. Bush. En 1995, le Congrès américain a adopté le Jerusalem Embassy Act appelant les États-Unis à opérer le fameux déménagement de Tel-Aviv à Jérusalem, tout en laissant la possibilité au président des États-Unis de repousser son application de six mois. Et tous les six mois, depuis 22 ans, les présidents successifs ont systématiquement utilisé cette possibilité. Y compris Donald Trump en juin 2017.

Celui qui n'a pas osé en parler tout de suite

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est d'abord resté totalement silencieux sur la décision de Donald Trump, alors même qu'il prononçait mercredi un discours lors d'une conférence diplomatique, où tout le monde pensait qu'il évoquerait la question. Son ministre de la Sécurité publique a tempéré l'importance de la décision : "nous la considérons seulement comme le reflet d'une réalité sur le terrain, pas comme un bouleversement", assure-t-il. Benjamin Netanyahu a finalement salué dans une allocution "un pas important pour la paix", exprimant sa "profonde reconnaissance" envers Donald Trump. Une vision qu'ils semblent, pour l'instant, bien seuls à partager.

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